L'Algérie traverse actuellement une phase critique sur le plan diplomatique dans la région du Sahel et du Sahara, après avoir été pendant des décennies un acteur central dans les équilibres géopolitiques de cette zone. Elle est désormais en conflit ouvert avec le Mali, qui l'accuse d'héberger des personnalités controversées telles que l'imam salafiste Mahmoud Dicko, ainsi que le chef du groupe « Jama'at Nusrat al-Islam wal-Muslimin », affilié à Al-Qaïda. Le différend le plus profond réside toutefois dans le soutien de l'Algérie à des mouvements séparatistes armés dans le nord du Mali, en particulier le « Mouvement national de libération de l'Azawad » (MNLA), composé principalement de Touaregs. Dans ce climat de tension, le Qatar a tenté une médiation entre les deux parties. Par ailleurs, les tensions entre l'Algérie et le Niger se sont intensifiées, notamment en raison des expulsions brutales et arbitraires de migrants nigériens, abandonnés dans des zones désertiques hostiles à la frontière. Parallèlement, l'Algérie semble incapable d'apporter des solutions efficaces à la crise multidimensionnelle qui secoue la région du Sahel. Elle s'est contentée d'appeler à l'application de l'accord de paix au Mali, issu des négociations d'Alger, sans s'attaquer aux causes profondes de la crise, notamment la situation complexe au Burkina Faso. Dans ce contexte instable, le Maroc commence à s'imposer comme une alternative diplomatique crédible et un partenaire stratégique potentiel pour les pays du Sahel. Rabat a notamment joué un rôle de médiateur dans la libération de fonctionnaires français retenus au Burkina Faso. Mais ce qui rend le Maroc particulièrement attractif pour les pays de l'Alliance des Etats du Sahel (AES), c'est son initiative de relier la région aux marchés mondiaux via les ports atlantiques, surtout dans un contexte d'isolement croissant vis-à-vis des pays d'Afrique de l'Ouest à cause des tensions avec la CEDEAO. L'offre marocaine représente une opportunité en or pour ces pays enclavés, en leur assurant un nouvel accès à la mer via l'Atlantique, alors qu'ils dépendaient traditionnellement des ports de la Méditerranée ou du golfe de Guinée.