L'officialisation de l'amazigh au Maroc est en train de revigorer le mouvement culturel amazigh nord-africain. En Algérie comme en Libye, où les militants amazighs luttent depuis des décennies pour la reconnaissance de leur langue et de leur culture, le leitmotiv est le même : ériger l'amazigh en langue officielle, à l'instar du Maroc. La reconnaissance de l'amazigh comme langue officielle au Maroc est en train de redonner des ailes aux militants amazighs maghrébins. En Algérie et en Libye, l'officialisation de l'amazigh aux côtés de l'arabe est l'une des revendications les plus importantes qui mobilisent les Amazighs. Pas seulement depuis le 1er juillet dernier, mais depuis des décennies. En Libye, l'amazigh renaît progressivement dans les zones contrôlées par les rebelles. Dans le Djebel Nefoussa, à l'ouest de Tripoli, peuplé en majorité d'Amazighs, la langue berbère est désormais enseignée dans les écoles. Une première, après plus de quarante ans d'interdiction suite à l'arrivée au pouvoir de Mouammar Kadhafi. «Avant nous étions considérés comme des citoyens de seconde zone. Nous sommes à l'origine de ce pays, nous avons maintenant le droit de marcher la tête haute», témoigne Taghrid Aboud, jeune fille au foyer de 22 ans. Elle a de quoi se réjouir, à l'instar des 300 à 550 milles autres Amazighs de Libye : en plus des cours, des chansons, radio, journaux et associations amazighs commencent à foisonner dans les régions où l'armée loyaliste ne contrôle plus la situation. Les Amazighs marocains à la rescousse... Convaincus que c'est une occasion à ne pas rater pour la reconnaissance définitive de leur identité, les Berbères du Djebel Nefoussa reprochent même au tout nouveau Conseil de transition libyen qui n'a pas prévu d'officialiser l'amazigh dans son projet de constitution. A l'instar du Maroc, la nouvelle Libye doit reconnaitre l'amazigh, argumentent les Amazighs libyens qui se battent, sur un autre plan, pour sauvegarder leur langue et leur culture. «Il est important de collecter les contes et légendes amazighs. Durant 1.400 ans, notre littérature a été orale. Nous avons besoin de la préserver pour les générations futures», indique Mazigh Buzukhar, jeune activiste. C'est dans le cadre de cette gigantesque entreprise de préservation de leur identité que les Amazighs libyens tendent la main à leurs frères du Maroc. L'Institut royal de la culture amazighe (IRCAM) a même été contacté : «Nous avons été approchés par personne interposée», confirme Ahmed Boukouss, recteur de l'institution en charge de la promotion de la culture amazighe au Maroc. «Il n'y a rien de concret pour le moment, ni de partenariat» ajoute M. Boukouss, qui n'exclut pas, dans l'avenir, une coopération entre institutions. Même son de cloche au niveau du mouvement culturel amazigh marocain (MCA) qui rêve un jour de voir l'amazigh officialisée également en Algérie. En effet, chez le voisin algérien, les Amazighs ne baissent pas les bras non plus. Dans le contexte actuel de révision constitutionnelle, le MCA local exige de son côté l'officialisation de l'amazigh et de «rendre obligatoire son enseignement dans toutes [les] écoles et universités» dans le pays où la population berbérophone est estimée à 14 millions d'individus.