Le Maroc a intégré l'approche genre : un enjeu de développement de taille. Le HCP et l'ONU Femmes mènent plusieurs initiatives dans ce sens. Ils recommandent un cadre juridique adapté, une coordination entre les producteurs de statistiques et une facilitation de l'accès aux données. L'égalité entre les sexes, un objectif crucial du millénaire, conformément à l'Agenda 2030. Ainsi, le Maroc a entrepris, dès 2001, plusieurs actions visant à intégrer l'approche genre dans le socle statistique national, notamment à travers l'introduction de nouveaux indicateurs sensibles au genre dans le cadre du suivi des OMD. Le pays a ainsi intégré l'approche genre, véritable enjeu de développement. Ce qui, selon le Haut Commissariat au Plan (HCP), explique l'intérêt des statistiques sensibles au genre. Elles permettent de mesurer le niveau de réalisation des objectifs de développement durable conformément à ses engagements en la matière d'élaborer, le suivi et l'évaluation des politiques et programmes publics visant l'égalité entre les sexes. «C'est dans ce contexte qu'a été lancé, en 2016 par l'ONU Femme, le programme d'envergure mondiale «Women Count» ou «Les Femmes comptent» qui vise à améliorer la coordination, production, diffusion ainsi que l'utilisation des statistiques ventilées par sexe. Le Maroc est depuis 2017 l'un des premiers pays pilotes de ce programme dont l'objectif vise l'adaptation des ODD aux contextes nationaux et locaux via le renforcement du suivi des dits objectifs par l'adoption d'un cadre de suivi national ainsi que la mise en place de réformes juridiques et politiques en matière de genre», explique Sophia Benamar, responsable du programme à l'ONU Femmes à Rabat. La réforme de la loi des statistiques s'impose... Et c'est dans ce cadre également qu'a été mis en place un partenariat liant l'ONU Femmes et le HCP. L'objectif global est de rendre les statistiques genre disponibles, accessibles et analysées. Ce programme «Prendre en considération chaque femme et chaque fille» s'articule, selon le HCP, autour de plusieurs axes, notamment la promotion d'un environnement institutionnel favorable à la production, la dissémination et l'utilisation des statistiques sensibles au genre, le renforcement de la qualité… Un étude a été réalisée par le HCP et les résultats qui ont été annoncés le 18 décembre dernier démontrent que près de la moitié des indicateurs sont produits à une périodicité annuelle ou biannuelle, qu'environ 98% des indicateurs sensibles au genre fournis par le système statistique national sont issus des recensements ou des enquêtes statistiques, que 90,8% des indicateurs sont jugés pertinents pour l'élaboration et le suivi-évaluation des politiques publiques et des engagements pris par le Maroc dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (ODD), la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) et le plan d'action de Beijing. Enfin, 74% des indicateurs sensibles au genre retenus pour le diagnostic, sont utilisés. Toutefois, le tiers des indicateurs utilisés est difficilement accessible. Une insuffisance qui peut être levée en agissant, selon Mme Benamar, sur trois leviers qui ont été identifiés : le renforcement de l'environnement financier et institutionnel permettant une adaptation nationale et un suivi effectif des ODD, le renforcement de la production de statistiques de genre permettant un pilotage des politiques nationales et enfin le renforcement de l'utilisation des statistiques de genre par les différents acteurs afin d'appuyer le plaidoyer, la recherche, les programmes politiques et programmes. Et en vue d'atteindre cet objectif, le Women Count s'est fixé trois priorités : un environnement favorable aussi bien politique, institutionnel que financier, renforcer la production des statistiques genre et enfin améliorer l'accessibilité des données. En ce qui concerne le premier point, il importe d'assurer la mise en place d'un cadre légal adapté. En effet, les dispositions de la loi 307-67 de 1968 relatives aux études statistiques sont aujourd'hui vétustes. Aussi, il faut souligner l'absence d'une obligation de production de statistiques genre. Il est à noter qu'un projet de réforme est en gestation depuis une dizaine d'années maintenant. Deuxièmement, le programme vise le renforcement de la capacité du système national de statistiques à produire des indicateurs relatifs au genre. Pour ce faire, le programme Women Count a permis, selon Sophia Benamar, «d'apporter un appui financier et technique à la production et l'analyse des statistiques genre. C'est ce que nous avons effectué, avec le HCP, spécifiquement dans le domaine de la violence à l'égard des femmes et filles». Pour cela, poursuit cette même source, «au niveau technique, nous avons recruté des économistes spécialisés en économétrie afin de renforcer les équipes du HCP. Ils ont suivi une formation en Irlande». Enfin, la troisième priorité du programme est l'accessibilité des données pour les divers utilisateurs au sein du gouvernement, de la société civile, le milieu universitaire et le secteur privé. Cette accessibilité, important chantier de 2020, ne peut se faire que grâce à la diffusion et au partage des bases de données des producteurs et utilisateurs des statistiques genre. Pour la concrétisation de ces objectifs, le programme Women Count ambitionne de prioriser plusieurs activités pour l'année 2020 notamment le soutien des initiatives de plaidoyers et de sensibilisation en faveur de la réforme de la loi statistique… Le programme «Women Count» est dans une phase pilote qui concerne 12 pays dont le Maroc. Une expérience que le pays pourrait capitaliser en organisant des séminaires afin d'échanger avec d'autres pays avancés. Ces échanges permettraient, selon l'ONU Femmes, de promouvoir la coopération Sud-Sud en positionnant le Maroc comme un pays leader de sa région dans la production et dissémination de statistiques et analyses genre.