Le déficit budgétaire subit un traitement conjoncturel contenu par un ralentissement de l'investissement public. Les besoins de financement de l'Etat risquent de ponctionner une partie des ressources bancaires, gênant de ce fait l'accès du secteur privé aux disponibilités des banques en termes de volume et de coût. Larabi Jaidi, économiste et professeur à l'Université Mohammed V de Rabat, revient sur les faiblesses du budget 2014 et sur l'effet d'éviction qui plane sur le secteur privé comme une épée de Damoclès. Finances News Hebdo : Quelle appréciation faites-vous du PLF 2014 ? Ne pensez-vous pas qu'il va à l'encontre des objectifs de simulation d'une croissance économique durable, de soutien de l'investissement et de la promotion de l'emploi ? Larabi Jaidi : C'est un PLF sans âme. Un budget subi plus qu'un budget maîtrisé. Mises à part les mesures ou les dispositifs fiscaux proposés pour élargir les recettes, la configuration du projet est en décalage par rapport aux exigences de réformes de structures qu'impose le contexte, l'état de l'économie et les défis de la cohésion sociale. Nous ne voyons pas se déployer à travers les choix retenus, une stratégie du gouvernement alliant assainissement budgétaire et réformes structurelles. Si le projet contient des dispositifs pour gérer les contraintes à court terme, il ne prend suffisamment pas en compte la nécessité d'un reprofilage des dépenses et d'une refondation de la fiscalité autorisant de retrouver un niveau de déficit budgétaire soutenable à moyen terme, qui permettrait une croissance inclusive et durable. F. N. H. : Jusqu'à quelle mesure répond-il au souci affiché de rétablissement des équilibres macro-économiques ? L. J. : Le projet annonce une réduction du déficit, mais on risque de s'apercevoir, en fin d'année, que celui annoncé n'est pas le déficit effectif. Il y a un traitement conjoncturel du déficit, contenu par un ralentissement de l'investissement public. Ce sont donc les dépenses d'équipement qui jouent le rôle de variable d'ajustement au détriment des besoins en développement des infrastructures économiques et sociales, lesquelles sont indispensables pour améliorer le capital physique et humain de la nation et de consolider les facteurs déterminants aujourd'hui dans la croissance. On peut déplorer aussi le manque de visibilité sur l'évolution du déficit budgétaire. Rien n'est indiqué en effet, sur le cadre de dépenses permettant une amélioration de la programmation des finances publiques sur une trajectoire pluriannuelle. F. N. H. : Est-ce que vous trouvez qu'il contient des dispositions à même de dégager une épargne et limiter l'effet d'éviction sur les ménages ? L. J. : L'épargne budgétaire est un solde, une résultante. Les grandes masses budgétaires, notamment salariales, et les dépenses communes, particulièrement celles de la compensation, témoignent de la rigidité de la dépense. S'il n'y a pas de traitement à court ou moyen terme à ces deux composantes qui absorbent la quasi-totalité des dépenses ordinaires, l'épargne budgétaire restera fortement limitée et ne pourra pas couvrir une part significative des dépenses d'investissement. Le recours à l'endettement devient l'ultime recours. Il est clair que les besoins de financement de l'Etat vont ponctionner une partie des ressources bancaires gênant, de ce fait, l'accès du secteur privé aux disponibilités des banques en termes de volume et de coût. L'intensité de l'éviction dépendra de la politique monétaire et des mécanismes de régulation utilisés par la banque centrale.