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Le Maroc frappé par des droits de douane additionnels de 10 % aux Etats-Unis en dépit d'un déficit commercial de 4,76 milliards de dollars, Ryad Mezzour muet
Depuis l'entrée en vigueur de l'accord de libre-échange maroco-américain, les exportations des Etats-Unis vers le Maroc ont crû de 487 %, alors que les ventes marocaines à destination du marché américain ont progressé à un rythme bien moindre, soit 123 %. Ce déséquilibre s'observe également dans les investissements directs étrangers (IDE) : selon le Bureau des changes, les investissements américains au Maroc représentaient en 2022 à peine 6,7 % du stock global des capitaux étrangers injectés dans le pays, bien que près de 150 entreprises américaines y opèrent. Malgré les implications considérables des droits de douane additionnels américains de 10 % pour les exportateurs marocains, le ministre de l'industrie et du commerce, Ryad Mezzour, n'a pas encore réagi publiquement. Aucun communiqué officiel n'a été émis à ce sujet alors que les milieux d'affaires expriment leur inquiétude face à cette évolution. Plusieurs opérateurs économiques s'interrogent sur d'éventuelles démarches diplomatiques pour obtenir un allègement ou une exemption de cette mesure. Engagé depuis 2006 dans un accord de libre-échange avec les Etats-Unis, le Maroc se voit néanmoins soumis à un prélèvement tarifaire sur ses exportations à destination du marché américain, en vertu d'une décision unilatérale arrêtée par le président Donald Trump. Ce surcroît de taxation, qui entrera en vigueur le 5 avril, s'applique sans distinction aux pays commerçant avec les Etats-Unis, indépendamment de la balance des échanges qui les lie à la première puissance économique mondiale. D'après les données du Bureau des changes, relevant du ministère de l'économie et des finances, les échanges commerciaux entre Rabat et Washington se sont élevés à 7,3 milliards de dollars en 2023. Toutefois, cette relation demeure structurellement déséquilibrée : le Maroc accuse un déficit de 4,76 milliards de dollars résultant d'importations en provenance des Etats-Unis atteignant 6,03 milliards de dollars, tandis que ses ventes à destination de ce marché ne dépassent guère 1,27 milliard. Depuis l'entrée en vigueur de l'accord bilatéral, les exportations américaines vers le Maroc ont connu une progression vertigineuse de 487 % tandis que les expéditions marocaines à destination du marché nord-américain n'ont enregistré qu'une hausse plus mesurée, de l'ordre de 123 %. Ce déséquilibre s'observe également dans le domaine des investissements directs étrangers (IDE) : en 2022, les capitaux américains engagés au Maroc ne représentaient que 6,7 % de l'ensemble des flux étrangers investis dans le royaume, malgré l'implantation d'un réseau d'environ 150 entreprises d'origine américaine. L'imposition de ce droit de douane additionnel, en marge des dispositions encadrant l'accord de libre-échange, ne saurait être justifiée par des considérations relevant d'un quelconque mécanisme de sauvegarde ou d'une mesure anti-dumping. Toutefois, il convient de noter que ce taux de 10 % demeure inférieur à ceux infligés à d'autres nations, ce qui pourrait, dans certaines circonstances, offrir au Maroc un avantage compétitif relatif face à des concurrents soumis à des prélèvements plus dissuasifs. Cette décision survient alors que Rabat et Washington cherchent à affermir leur coopération économique. Une délégation commerciale américaine, regroupant des représentants de quinze Etats fédérés ainsi que plusieurs agences gouvernementales, est attendue en mai au Maroc afin d'examiner les perspectives d'investissement et de commerce, notamment dans le secteur agroalimentaire et industriel. En outre, des concertations menées l'été dernier à Washington portaient sur l'approfondissement des échanges bilatéraux. Toutefois, cette entrave douanière risque de contrarier l'essor de certaines filières exportatrices marocaines sur le marché américain, au premier rang desquelles l'agro-industrie, le textile et les composants automobiles. Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) souligne que les Etats-Unis ne concluent des accords de libre-échange que dans les zones où ils peuvent s'assurer un avantage commercial décisif, tout en exerçant un contrôle scrupuleux sur leur exécution. L'inflexion protectionniste que traduit cette nouvelle taxation, imposée en dehors du cadre conventionnel liant Washington et Rabat, s'inscrit pleinement dans cette logique.