Des opérateurs structurés ont investi le marché et espèrent susciter l'intérêt des femmes et des actifs de 25 à 35 ans pour ces produits. Les compléments alimentaires pour sportifs sont aussi consommés par des jeunes de 18 à 25 ans. Le marché pèse environ 100 MDH. La fièvre californienne du culturisme et des corps travaillés à l'extrême arrive-t-elle au Maroc? En tout cas, avec la multiplication des salles de sports et leur démocratisation, un autre phénomène étroitement lié prend de l'ampleur: la consommation de compléments alimentaires pour sportifs fabriqués aux Etats-Unis. Ayant longtemps été réservées aux culturistes, les barres protéinées, aromatisées et autres créatines trouvent preneurs parmi les jeunes de 18 à 25 ans, qui sont intéressés par leur apport en termes de gain musculaire et de protection du muscle du fait que la protéine agit comme anti-catabolisme (le catabolisme étant une dégradation musculaire due à un entraînement combiné à un manque de nutrition adaptée notamment en protéines). Le marché se structure difficilement Aujourd'hui, le marché des compléments alimentaires pour sportifs pèse, d'après un important opérateur, environ 100 MDH. Nombre d'investisseurs ont donc flairé la bonne affaire. Leur mérite est de tenter de structurer le marché resté longtemps monopolisé par les opérateurs informels qui importent frauduleusement les produits des enclaves espagnoles de Sebta et Mellilia. Sport One Nutrition est une des sociétés qui ont réussi à se frayer légalement un chemin sur ce marché. L'entreprise s'est installée à Casablanca en 2012 et espère démocratiser encore plus la nutrition sportive et attirer une clientèle plus avertie. «Nous avons investi le marché il y a 4 ans pour développer le B2B qui marche bien. Nous importons directement nos produits par conteneurs des Etats-Unis sur la base des autorisations de l'ONSSA et du ministère de la santé. Nos revendeurs sont des magasins spécialisés, des parapharmacies, des coachs sportifs ou encore les sites internet comme Jumia, Hmall et GoProt (spécialisé dans la nutrition sportive)», affirme Nawfal Mrini, directeur général de Sport One Nutrition. Un autre opérateur ayant ouvert un magasin à Casablanca depuis 3 ans confirme l'embellie du marché. «Les sites de e-commerce ont en effet mieux fait connaître la nutrition sportive auprès des jeunes. En tout cas, le marché reste porteur. Nous espérons même ouvrir de nouveaux magasins», confirme cet opérateur qui importe de Belgique ses produits «constitués d'un mix européen et américain». Malgré ces velléités de structuration du marché, l'informel résiste. A en croire Nawfal Mrini, le marché parallèle aurait même grandi. «Avant la vulgarisation de la protéine sportive, les opérateurs du marché parallèle se cachaient pour vendre à l'instar des trafiquants de drogue. Aujourd'hui, ils sont plus visibles», explique le DG de Sport One Nutrition qui dit, malgré tout, réaliser une croissance de 40% de son chiffre d'affaires chaque année. Il semble même qu'il y ait de la place pour tout le monde, d'autant plus que certains segments de clientèle ne sont toujours pas investis. Nawfal Mrini évoque les femmes et les actifs de 25 à 35 ans. Les prix restent élevés A en croire les spécialistes, la nutrition sportive n'est pas dangereuse pour la santé à condition de bénéficier d'un suivi médical (voir encadré) ou de se faire assister par des conseillers compétents. Pour ce faire, les importateurs/distributeurs de ces produits organisent des séminaires pour former leurs revendeurs. Le but est de délimiter les doses selon le résultat souhaité. Pour le moment, le marché est constitué d'une clientèle issue de la catégorie aisée de la population ou des accros du culturisme prêts à tout pour ressembler à leurs idoles du sport ou du star-system. Et pour cause, le produit n'est pas donné à tout le monde. Un programme complet de protéines sur une durée de 6 mois visant la transformation du corps nécessite un budget de 2 000 DH/mois. Pour attirer le chaland, les distributeurs multiplient par conséquent les opérations marketing et les réductions de prix. Des barres protéinés se vendent à partir de 30 DH. La créatine est, elle, facturée 350 DH (500g). Ces produits deviennent plus ou moins à la portée de tous mais doivent être consommés avec modération. [tabs][tab title ="Avis d'expert : Karim Ouali, Médecin et spécialiste de la nutrition "]Le corps humain a besoin chaque jour de protéines. Pour un sportif, la finalité est différente : prise de masse, minceur, séchage et récupération musculaire sont les principaux objectifs. Dès lors, la prise de protéines doit absolument être décidée sur la base d'un conseil médicalisé (en fonction du poids de la personne, de son pourcentage de masse grasse et de sa masse musculaire). Pour une meilleure efficacité, la dose consommée est calculée selon les besoins et la masse musculaire avant les repas et/ou avant le sport pour 3 séances/semaine. Mais il faut surtout boire beaucoup d'eau, parfois plus importante que les protéines. Par ailleurs, la nutrition sportive est interdite aux personnes âgées de moins de 21 ans. En tout cas, ces produits ne peuvent remplacer une alimentation équilibrée, mais plutôt la compléter par des apports journaliers en protéines. Finalement, il faut donner au corps ce dont il a besoin. Dans le cas contraire, la nutrition sportive devient une forme de dopage. Une consommation non maîtrisée peut entraîner la fatigue rénale et donc la goutte, une forme particulière d'arthrite qui provoque des crises récurrentes de vives douleurs à une ou quelques articulations. Cette maladie se déclare souvent au niveau du gros orteil.[/tab][/tabs]