Le Parti populaire espagnol s'inquiète du transfert de la gestion de l'espace aérien du Sahara au Maroc. Dans une tentative de faire de la politique politicienne et d'embêter le parti ouvrier au pouvoir (PSOE), le parti de droite tente d'obtenir des informations sur les discussions entre l'Espagne et le Maroc. Le PP réclame aujourd'hui des détails sur les rencontres entre les représentants espagnols et marocains pour comprendre les tenants et aboutissants du transfert de gestion de l'espace aérien du Sahara. Dans une motion non législative qu'il compte présenter la semaine prochaine à la Commission des affaires étrangères du Congrès des députés, le parti de droite essaie de « faire échouer toute tentative de l'aile socialiste du gouvernement de coalition de céder l'espace aérien du Sahara occidental au Maroc », indique El Independiente qui relaie l'information. Pourtant, en février dernier, le parti EH Bildu avait présenté une motion non législative similaire qui n'avait pas été adoptée et le PP s'y était opposé, montrant une dissonance entre son discours et ses prises de positions. Le PSOE, le PP lui-même et même le parti d'extrême droite Vox avaient voté contre. Cette fois-ci, le PP estime que le transfert de l'espace aérien saharien au Maroc serait une trahison des intérêts de l'Espagne. Le Parti populaire craint surtout pour la souveraineté de l'Espagne sur ces eaux. Et pour cela, il n'hésite pas à avancer des arguments comme la supposée « violation du droit international », alors que les textes en la matière sur le sujet des frontières maritimes sont clairs. Ce n'est pas non plus logique à tous points de vue que la gestion de cet espace aérien soit confiée à l'Espagne, ancienne puissance coloniale au Sahara qui s'en est pourtant retirée en 1975 et sans que le pays ibérique n'ait aucune terre ou souveraineté à faire valoir, d'où la question de savoir pourquoi, depuis 1976, elle continue cette gestion depuis les îles Canaries. Le PP s'appuie donc sur un seul argument, qui soutient que c'est l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) qui aurait confié la gestion à l'Espagne et qu'il fallait de facto garder ce système obsolète puisque l'Espagne, ne contrôle pas le territoire du Sahara et a reconnu en 2022 que la souveraineté de ce territoire ne pouvait se faire que dans le cadre de l'initiative d'autonomie marocaine qui prévoit une autonomie élargie, sous souveraineté marocaine. En outre, l'Etat espagnol s'est engagé à discuter du transfert de la gestion de l'espace aérien au Maroc dans la feuille de route signée par les deux pays le 7 avril 2022, à l'occasion de la visite officielle du chef du gouvernement espagnol Pedro Sanchez à Rabat. Les deux pays ont convenu d'ouvrir un dialogue sur la gestion de l'espace aérien du Sahara et de créer un groupe de travail de coopération aérienne. Mais le contenu et l'avancement des réunions de dialogue entre les deux pays n'ont pas été rendus publics et c'est ce qui irrite le plus le PP qui n'a pas le pouvoir de contester ou de critiquer les accords. Cela peut se lire dans cette partie du document qui sera présenté le 10 avril prochain : « L'opacité et le manque d'explications sur les négociations bilatérales ont généré une incertitude sur la possibilité que l'Espagne cède la gestion de cet espace stratégique sans offrir de garanties de sécurité ni d'avantages pour notre pays ». Dans ce sens, il n'a pas trouvé plus d'arguments intéressants que de dire que le contrôle de l'espace aérien du Sahara aurait « contribué à assurer la sécurité, la stabilité et l'efficacité opérationnelle du trafic aérien dans la région, conformément aux réglementations internationales », comme si le Maroc, plaque tournante de l'aviation civile internationale, ne serait pas en mesure de gérer cet espace. Et de renchérir : « En matière de sécurité aérienne, le transfert de la gestion de l'espace aérien du Sahara occidental au Maroc sans garanties adéquates pourrait compromettre les opérations de navigation dans la région ». Mais en réalité, le PP cherche à « gagner en retour » de ce transfert de gestion, et voudrait que cela n'engendre pas de pertes pour l'économie espagnole, puisqu'il déplore « le manque d'information sur les termes de ces négociations, ce qui nous empêche de comprendre l'impact opérationnel, économique et stratégique qu'un éventuel transfert pourrait avoir ».