Après que le Maroc a confié l'étude de faisabilité de son gazoduc atlantique à Penspen, l'Algérie mandate à son tour la société britannique pour réévaluer son propre projet, le Gazoduc transsaharien (GTS). Ce choix illustre la rivalité énergétique qu'Alger veut installer avec Rabat, alors que le régime de Tebboune peine à imposer son tracé comme principal corridor d'exportation du gaz nigérian vers l'Europe. Derrière cette compétition technique se dessine un affrontement géopolitique où chaque détail revêt une portée stratégique. Rabat avait mandaté la société britannique Penspen pour l'étude de faisabilité du gazoduc Nigeria-Maroc (GNM), et voilà que l'Algérie choisit à son tour le même groupe pour réévaluer son propre projet de gazoduc transsaharien (GTS), également connu sous son acronyme anglais TSGP (Trans-Saharan Gas Pipeline). Alger confirme son attachement à ce tracé qui peine à progresser et sa volonté de rivaliser avec l'itinéraire atlantique promu par Rabat. Porté par la Nigerian National Petroleum Company Limited (NNPC), Sonatrach et la Société nigérienne des produits pétroliers (Sonidep), le GTS s'étirerait sur plus de 4 000 kilomètres afin de permettre l'acheminement de 30 milliards de mètres cubes de gaz par an vers la Méditerranée. En parallèle, le GNM, d'une longueur estimée à plus de 6 000 kilomètres, longerait les côtes atlantiques pour rejoindre le marché européen après avoir traversé plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest. Un choix technique qui ne masque pas un enjeu politique L'étude confiée à Penspen comprendra une évaluation des coûts, une analyse des risques, une examen des contraintes environnementales et sociales ainsi qu'une révision des cadres législatifs des pays concernés. Elle redéfinira également les bases du Front-End Engineering Design (FEED), étape clé avant toute mise en œuvre. Le développement du GTS a connu de multiples fluctuations, notamment avec l'intégration du Niger comme troisième partie prenante. Le regain d'intérêt d'Alger pour cette infrastructure coïncide avec l'ascension du GNM, projet marocain qui bénéficie d'un soutien international grandissant. Le recours au même cabinet d'étude que Rabat ne saurait être anodin : alors que Penspen est déjà impliqué dans l'examen du GNM, l'Algérie semble vouloir éviter que son projet ne soit relégué au second plan. Cette démarche illustre l'obsession d'Alger de préserver son statut de passage énergétique incontournable tandis que le Maroc entend s'imposer comme nouvel acteur du transit gazier africain. Un affrontement énergétique à forte portée géopolitique Au-delà de la dimension technique, c'est une bataille d'influence qui se joue, entretenue par l'Algérie. L'Europe, confrontée à la nécessité de diversifier ses sources d'approvisionnement, voit dans la liaison du Maroc et de ses partenaire comme une alternative pour réduire sa dépendance aux routes traditionnelles. Alger, qui dispose déjà d'infrastructures gazière de longue date, défend l'itinéraire saharien comme le plus direct. Rabat, de son côté, met en avant le caractère multilatéral et structurant du GNM, qui impliquerait plusieurs nations côtières et ouvrirait de nouvelles perspectives de coopération régionale.