Le régime algérien peut se vanter d'avoir accompli une belle œuvre : à un pays qui a besoin d'apaisement, il a donné la discorde civile. Si cette discorde n'est pas dans les faits, elle est dans les esprits et dans les consciences, ce qui ne vaut pas mieux. Ni le Maroc ni ses alliés ne sont concernés par les crises de l'Algérie. «La normalisation par le royaume chérifien de ses relations diplomatiques avec Israël en échange de la reconnaissance par les Etats-Unis de la marocanité du Sahara achève de pourrir la relation exécrable entre le Maroc et l'Algérie» écrit Médiapart dans son édition du 28 septembre. Alger dénonce des «manœuvres étrangères» visant à la «déstabiliser» et pointe du doigt Israël, après la reconnaissance par les Etats-Unis de la souveraineté du Maroc sur le Sahara, consécutive d'une reprise des relations de Rabat avec Tel-Aviv. Une information postiche reprise par plusieurs médias dont Le Monde, Médiapart, El País, qui suivent le mouvement sans examen et sans remise en cause. Tant de tapage pour rien et tant d'idées fausses ont été mises en circulation. Les faits : depuis novembre 2020, et après que le Maroc a déployé ses troupes dans la zone tampon de Guerguerat de l'extrême sud du Sahara pour y déloger des milices du Polisario qui bloquaient la seule route commerciale vers l'Afrique de l'Ouest, une Algérie perpétuellement dressée et hérissée contre le Maroc mène une propagande acharnée contre Rabat. Le développement de cet événement, qui s'est passé en dépit de l'Algérie et en dehors d'elle a été mal vécu par le régime sécuritaro-militaire. Et si Alger assure venir toujours aux négociations sur le Sahara en tant que «pays observateur» alors que Rabat considère son voisin comme «partie prenante», comment expliquer que la reprise des relations entre le Maroc et Tel-Aviv la concerne de près ? Partisan d'une solution politique «durable» marquée par un «esprit de compromis», le Maroc a assuré qu'il ne transigera pas sur son «intégrité territoriale» et sur la «marocanité du Sahara», comme l'a annoncé le roi Mohammed VI. Une autre affirmation que le régime algérien inconscient, inconsistant, défaillant et menteur peine à accepter. Un régime sans liberté, ayant installé un gouvernement en rapports équivoques avec la réalité. Un régime qui s'efforce de détourner les regards de son peuple de tant d'objets inquiétants et douloureux pour les fixer sur le Maroc. Le Maroc n'a cessé d'accabler l'Algérie en multipliant les victoires diplomatiques. Les ouvertures consulaires à Laâyoune et Dakhla, les lois établissant la compétence juridique du royaume sur les eaux allant jusqu'à Lagouira, à la frontière mauritanienne, votées à l'unanimité par les députés, visant à intégrer les eaux du Sahara à son espace maritime, les événements organisés dans les provinces du Sud; comme la CAN 2020 de futsal (sorte de football en salle), la victoire éclatante à Guerguerat, la reconnaissance américaine de la souveraineté de Rabat sur le Sahara, tous ces événements ont été le coup de grâce à une Algérie sans aucune crédibilité. Les actes les plus inattendus ne sont pas exempts d'un côté comique, et il arrive que les choses virent à la farce, à l'image de ce qui s'est passé en avril quand le Front Polisario a réclamé un « siège » à l'ONU, appuyé dans cette demande par Sabri Boukadoum, le chef de la diplomatie sacrifié par le régime algérien en raison de ses échecs. En réponse à cela, Nasser Bourita a rejeté toute négociation directe avec les séparatistes. Il s'agit de s'interroger sur le fait que des médias supposés respectueux appuient les divagations d'un régime qui s'embarrasse dans ses affirmations et ses dénégations, qui s'embrouille, se coupe, se contredit lui-même ! Que dire d'une régime qui reconnaît lui-même n'être pas concerné par le dossier du Sahara, mais prouve le contraire d'une manière si évidente ? Les décisions communiquées à l'issue des réunions du Haut Conseil de sécurité (HCS), présidées par Abdelmadjid Tebboune sont devenues de plus en plus absurdes. L'Algérie, une bombe à retardement Les autorités algériennes font face depuis 2019 à une multiplication exponentielle des conflits sociaux, alimentés par un taux de chômage élevé (15 %) et une paupérisation massive de larges franges de la société. Les tensions que traverse le pays s'ajoutent à une profonde crise économique, occasionnée par la chute de la rente pétrolière, et à l'impasse politique qui perdure depuis le soulèvement populaire antirégime du Hirak, qui s'est mue en une répression pure et dure. Sans cesse, le régime et l'armée qualifient toute crise intérieure de «complot» fomenté par «des parties hostiles à l'Algérie», une accusation récurrente contre toute voix dissidente, mais aussi le Maroc, devenu cible privilégiée de la dérive du régime. Un gouvernement dans l'embarras éprouvent toujours le besoin d'avoir un complot à poursuivre, surtout un voisin sans direction claire qui voudrait prendre une part plus ou moins active aux événements qui se déroulaient à sa portée. Quant à la détestable politique d'où sont sortis les décisions malheureuses du régime contre le Maroc, et les suites pénibles qu'ils ont eues, sont une raison de plus de la condamner. Rabat-Tel-Aviv, le duo qui dérange le régime algérien L'essentiel se perd dans toutes les analyses : Le régime algérien aujourd'hui n'est pas autre chose qu'une caste qui ne représente pas l'intérêt général, mais une certaine collection d'intérêts particuliers, choisis souvent parmi les pires. Les divagations algériennes contre Israël dans le cadre de la grave crise diplomatique entre l'Algérie et le Maroc ont été jugées infondées et sans intérêt par une source diplomatique israélienne, appelant Alger à se focaliser sur ses problèmes économiques. Yair Lapid avait exprimé ses inquiétudes au sujet du rôle joué par l'Algérie dans la région, son rapprochement avec l'Iran et la campagne qu'elle a menée contre l'admission d'Israël en tant que membre observateur de l'Union africaine, pourquoi impliquer le Maroc donc ? Aux abus d'une politique sans règle et sans frein menée par l'Algérie, le Maroc oppose une sagesse patiente. Les cercles occidentaux s'agacent de l'irritation algérienne, la déclarent fâcheuse, y voient un débris d'un autre âge en contradiction avec les principes des temps nouveaux ; — et alertent sur le régime de Tebboune qui n'a garde de traiter aujourd'hui et de trancher au pied levé des questions aussi considérables. «Souvent pour l'Algérie, décrypte un expert, la politique étrangère est la continuation de la politique intérieure par d'autres moyens» a écrit récemment le journal Le Figaro, qui assure que le pouvoir algérien chercherait ainsi à détourner l'attention de la rue qui le rejette depuis le déclenchement du Hirak, la mauvaise gestion de la pandémie de Covid et la crise des incendies de l'été dernier en Kabylie.