Bien que tous les ingrédients soient réunis (cadre réglementaire, solutions technologiques, dispositifs de paiement, appétence du marché…) pour accélérer l'inclusion financière au Maroc, force est de constater que ce chantier accuse encore du retard. Les recommandations de Digital Act. Ce retard a été récemment décrié par le Wali de Bank Al-Maghreb qui n'a pas manqué d'alerter sur les effets néfastes. Et pourtant, l'accélération de l'inclusion financière constitue un levier majeur pour le développement humain. « Les experts marocains sont unanimes : 2020 est l'année du décollage du mobile money au Maroc », lit-on dans un rapport sur l'usage des nouvelles technologies publié récemment par Digital Act, . Ce policy paper, couronnement du cycle inédit de conférences Digital Act by Inwi, réaffirme que le Maroc est encore aux balbutiements du paiement mobile, l'un des piliers de l'inclusion financière. L'une des raisons de ce constat, une crise de confiance vis-à-vis des nouvelles technologies. « Le constat fait qu'une bonne proportion de la population demeure réticente, pour des raisons culturelles, religieuses ou encore liées à la transparence vis-à-vis des agences bancaires et autres organismes financiers », précise le rapport. Rétablir la confiance en promouvant la réputation du mobile money est donc un axe prioritaire pour dynamiser ce chantier. Autre levier du mobile money est la mobilité et l'inclusion géographique. Un argument de taille qui permet un accès plus facile aux services financiers non pas sans conséquence sur le taux de pénétration qui est estimé à plus de 60% de la population adulte. « Pour l'année 2020, le principal challenge est de développer une offre viable qui permettra le retour sur investissement et surtout un modèle économique soutenable et pérenne. Le modèle économique de la banque classique, basé essentiellement sur les commissions et les marges d'intermédiation, devra continuer à exister, mais avec des relais de croissance essentiellement via le digital », précise le think tank de Digital Act. Pour se faire, il faut accélérer l'installation de synergies et des leviers de convergence entre les banques et les télécoms. Les experts alertent toutefois sur l'impératif de ne pas considérer les services financiers mobiles comme étant une menace pour la banque ou les réduire à une simple extension de l'offre des services des opérateurs télécoms. « C'est plutôt un tournant stratégique qui influencera leur croissance respective au cours des prochaines années », précise les experts de Digital Act. Un tournant qui passera par une vraie bataille contre le cash. Inutile de rappeler l'attachement des Marocains au cash qui se traduit d'ailleurs par le faible taux de bancarisation et de pénétration des services financiers. En effet, le cash fait de la résistance et reste encore bien répandu. En 2018, les échanges en monnaie fiduciaire représentaient 23% du PIB, selon Bank Al-Mahgrib. La Banque centrale s'attend à ce que la circulation fiduciaire continue d'augmenter pour les années 2020 et 2021. Autant de verrous qui entravent l'inclusion financière d'une bonne frange de la population. « La vraie bataille des services financiers mobiles n'est pas entre le secteur bancaire et les opérateurs télécoms… mais plutôt une compétition contre le cash et l'exclusion financière », précisent les experts de Digital Act. L'enjeu est de taille aussi bien pour l'Etat qui perd beaucoup d'argent avec le cash que pour les citoyens dans la mesure où ce dispositif se traduit par des créations d'entreprises et d'emplois par milliers, la redistribution des richesses, la bancarisation des exclus. Pour remporter cette bataille, il est impératif de favoriser l'arrivée de nouveaux entrants, de nouveaux types d'acteurs de paiement et d'ouvrir les portes à la concurrence ce qui permettra de stimuler la compétition au bénéfice du client. Pour cela, les experts préconisent 10 recommandations à même d'accélérer ce chantier à savoir : * Assouplir le cadre réglementaire afin de le rendre propice au développement du mobile money ; * Renforcer l'interopérabilité par la mise en place d'un mécanisme unique à tous les acteurs ; * Garantir la disponibilité technologique des services à travers le partage des infrastructures ; * Favoriser une étroite collaboration entre les différents acteurs : Banques, opérateurs télécoms, sociétés de transfert d'argent, compagnies d'assurances et organismes de crédit ; * Etendre la gamme des services à travers la promotion du mobile, en tant que canal transactionnel financier habituel et non plus marginal, tout en développant des solutions innovantes, accessibles et à forte valeur ajoutée ; * Intégrer le mobile money comme levier du développement sine qua non de la microfinance et micro-assurance ; * Améliorer la distribution en étendant les points de distribution actuels pour la souscription aux services du mobile money ; * Renforcer la communication et l'éducation financière ; * Consolider la confiance des utilisateurs en sensibilisant sur la protection des données personnelles ; * Fédérer les commerces et réseaux de distribution en leur offrant des dispositifs adaptés.