Les exportations du Maroc vers le Brésil et l'Inde ont été multipliées par deux depuis 2007. Avec la Russie et la Chine, en revanche, le déficit commercial est allé en s'accentuant. Depuis le début de l'année, les échanges commerciaux du Maroc sont marqués, mois après mois, par une baisse du déficit commercial, lequel s'établit à fin août à 131 milliards de DH, au lieu de 135,9 milliards de DH à la même période de 2012. Sachant que les avoirs extérieurs sont sous pression depuis quelque temps déjà, induisant un manque de liquidités dans le secteur bancaire, cet allègement du déficit commercial, aussi mince qu'il est, est évidemment le bienvenu. Cependant, ce résultat mérite d'être relativisé : il ne découle pas d'une hausse des exportations, mais d'un recul des importations, ce qui peut être considéré comme le reflet d'une baisse d'activité dans le secteur hors agriculture. Les indicateurs conjoncturels publiés par le Haut commissariat au plan (HCP) le montrent bien d'ailleurs : la croissance pour le premier semestre est davantage portée par l'agriculture que par les autres secteurs. C'est pourquoi, au-delà de la situation conjoncturelle que connaissent les échanges commerciaux du Maroc, ce qui est important, c'est surtout la dynamique de long terme qui caractérise ces échanges. Et cette dynamique, on peut la résumer en quelques mots : globalement, les exportations augmentent chaque année, mais le rythme est infiniment plus lent que celui des importations. Là où les exportations ont réalisé un bond significatif, en revanche, c'est dans le domaine des phosphates. Cela apparaît très nettement dans les relations commerciales qui se sont développées entre le Maroc et le groupe de pays appelés les "BRIC" (Brésil, Russie, Inde et Chine). Avec ce groupe de pays, dits émergents, les exportations marocaines ont en effet fortement augmenté, mais principalement, pour ne pas dire exclusivement, avec deux d'entre eux, le Brésil et l'Inde. Entre 2007 et 2012, en effet, les expéditions du Maroc vers ces deux pays ont été multipliées par deux. La valeur des exportations vers le Brésil est passée de 4,2 milliards de DH en 2007 à 10,9 milliards de DH en 2012. En réalité, cette croissance considérable des exportations vers le Brésil commence seulement en 2010. Cela correspond à l'implantation de l'OCP dans ce pays d'Amérique latine, avec, entre autres, la création de OCP do Brasil en 2009 à Sao polo. On peut dire autant de l'Inde, pays avec lequel l'OCP a noué des partenariats stratégiques dans le domaine des phosphates, et depuis longtemps déjà. Comme pour le Brésil, et à quelques dirhams près, la valeur totale des exportations du Maroc vers l'Inde est passée de 4,8 milliards de DH en 2007 à 10,2 milliards de DH en 2012. Sur ces 10,2 milliards de DH, 8 milliards proviennent de la vente des demi-produits, en l'occurrence des dérivés de phosphates. Idem pour le Brésil : 9,9 milliards de DH sur 10,9 milliards exportés en 2012 représentent la valeur de la vente des demi-produits. Pour le reste, les exportations sont quasiment…insignifiantes ; et ceci concerne aussi bien les produits finis de consommations (vêtements confectionnés, voitures de tourisme, etc.), les produits bruts d'origine végétale et animale (comme les produits agricoles ou les peaux et cuirs, par exemple) que les produits finis d'équipement. 70 à 80% des importations de Russie sont des produits énergétiques Mais quoi qu'il en soit, avec ces deux pays, la balance commerciale, grâce aux phosphates et à ses dérivés, est excédentaire pour le Maroc; le solde positif le plus élevé étant réalisé avec l'Inde : 10,2 milliards d'exportations pour 4,4 milliards d'importations (+5,8 milliards). Avec la Russie, par contre, les échanges commerciaux sont très nettement défavorables au Maroc en termes de solde. Si l'on observe la période 2007-2012 par exemple, on s'aperçoit en effet que la valeur des exportations marocaines vers ce pays sont quasiment en stagnation : 1,7 milliard de DH en 2007 et près de 2 milliards (1,9 exactement) en 2012. Sur ces sept dernières années, la valeur des exportations a fluctué dans une fourchette de 1,5 à 2,2 milliards de DH. Dans le même temps, les importations du Royaume depuis la fédération de Russie sont passées de 12,9 milliards de DH en 2007 à 20,3 milliards de DH en 2012 ; avec toutefois des variations selon les années, liées aux cours des produits énergétiques (pétrole brut, gasoil et fioul notamment), principales importations depuis ce pays (entre 70 et 80% des importations). Le Maroc, lui, exporte vers la Russie essentiellement des produits primaires (tomates fraîches, agrumes, poissons frais…) et des produits agroalimentaires (farine de poisson, par exemple). La même configuration des échanges est observée avec la Chine : un solde commercial très largement en défaveur du Maroc. Le Maroc, en effet, importe quasiment tout de l'Empire du Milieu (lequel est désormais, selon les années, parmi les trois ou quatre premiers fournisseurs du Royaume), à l'instar d'ailleurs, il faut bien le dire, d'un très grand nombre de pays de par le monde, dont des pays très développés. 25,6 milliards de DH, c'est la valeur totale des importations en 2012, contre 15,1 milliards en 2007. En revanche, les exportations du Maroc vers ce grand pays asiatique, globalement, n'arrivent pas à progresser de manière significative. Certes, elles connaissent une évolution relativement intéressante, en passant de 900 millions de DH en 2007 à 2,4 milliards de DH en 2012, mais ces exportations concernent surtout des engrais, des produits miniers (zinc, cuivre et plomb) et des déchets et débris métalliques (fer, acier…). On comprend mieux ainsi que si les exportations des phosphates et dérivés baissent, pour une raison ou une autre, cela déteint sur la totalité des exportations (voir encadré).