Un rapport publié par l'Institut d'études géologiques des Etats-Unis (USGS), intitulé Phosphate and Potash: Critical Minerals (mars 2025) et consulté par Barlamane.com, plaide en faveur de la reconnaissance officielle du phosphate (P) et de la potasse (K) comme minéraux critiques. Cette désignation permettrait d'assurer la sécurité économique et nationale face aux risques pesant sur leur approvisionnement. Tandis que l'Union européenne (UE) classe déjà le phosphate parmi les ressources stratégiques et que le Canada reconnaît le caractère critique de la potasse, les Etats-Unis accusent un retard dont les conséquences pourraient s'avérer préjudiciables pour le secteur agricole et l'ensemble de l'économie. Selon l'USGS, trois critères définissent un minéral critique : son importance pour l'économie et la sécurité nationale, son rôle indispensable dans les processus industriels et la vulnérabilité de sa chaîne d'approvisionnement. Or, le phosphate et la potasse remplissent pleinement ces conditions. Ils sont essentiels à la fertilisation des cultures, dont dépend la production alimentaire mondiale, mais leur approvisionnement repose sur un nombre restreint de pays producteurs, exposant les Etats-Unis à une forte dépendance aux importations et à d'éventuelles ruptures d'approvisionnement. D'après les données du rapport, 52 % de la production mondiale de phosphate est concentrée dans trois pays : la Chine, qui assure 24 % des exportations et 26 % de la production totale, la Russie, avec 14 % des exportations et 26 % de la production, et le Maroc, qui représente 13 % de l'extraction mondiale. Cette concentration rend le marché extrêmement vulnérable aux restrictions commerciales et aux tensions géopolitiques. La situation est similaire pour la potasse, dont l'approvisionnement mondial dépend principalement de trois pays : le Canada, qui contrôle 41 % des exportations mondiales et fournit 85 % des importations américaines, la Russie, qui détient 18 % des exportations, et la Biélorussie, avec 15 % des exportations. Une telle dépendance implique qu'un blocage des exportations ou une crise géopolitique pourrait provoquer une hausse brutale des prix et des pénuries. Les récentes crises ont déjà illustré cette vulnérabilité. En Chine, des restrictions à l'exportation ont réduit l'offre mondiale de phosphate, tandis que la croissance de la production européenne de batteries au phosphate accentue la demande. En Russie, l'invasion de l'Ukraine et les sanctions internationales ont perturbé les flux commerciaux, exacerbant l'instabilité des marchés des engrais. Aux Etats-Unis, plus de 50 % des livraisons de phosphate et de potasse passent par des réseaux ferroviaires et fluviaux, exposés aux grèves, aux catastrophes naturelles (ouragans, gels, inondations) et aux bouchons logistiques, compliquant encore davantage l'approvisionnement en période de forte demande agricole. L'inscription du phosphate et de la potasse parmi les minéraux critiques permettrait aux Etats-Unis de sécuriser leur approvisionnement à travers plusieurs leviers : la diversification des importations, la constitution de réserves stratégiques et le soutien à la production nationale afin de réduire la dépendance extérieure. Ces mesures garantiraient une meilleure résilience du secteur agricole, stabiliseraient les prix et préserveraient les rendements agricoles. Au-delà du secteur agricole, la disponibilité du phosphate et de la potasse a des répercussions sur l'ensemble de la chaîne agroalimentaire et industrielle. Toute perturbation impacte directement les coûts des exploitations agricoles, affecte la compétitivité américaine et pourrait menacer la sécurité alimentaire du pays. Face à ces défis, l'USGS souligne l'urgence d'agir : la reconnaissance du phosphate et de la potasse comme minéraux critiques n'est plus une option, mais une nécessité absolue.