Vieux de 7 000 ans, les génomes anciens de la période humide africaine liée au «Sahara vert» révèlent des données inédites sur l'Afrique du Nord, en croisement entre les éléments recueillis à Taforalt (Maroc) et Takarkouri (Libye). Ce dernier site renseigne davantage sur une lignée associée à l'industrie lithique ibéromaurusienne, intimement liée aux trouvailles marocaines. Selon une étude publiée le 2 avril sur la revue scientifique Nature, ces résultats constituent «une première étape importante» pour «de futures études génétiques», qui «pourraient apporter des éclairages plus précis sur les migrations humaines et les flux génétiques à travers le Sahara». Menée par un groupe de chercheurs de Libye, du Maroc, d'Afrique du Sud et de plusieurs pays d'Europe, l'étude se fonde sur des données génomiques anciennes du Sahara central, obtenues auprès de deux individus féminins du Néolithique pastoral, enterrés dans l'abri sous roche de Takarkori. «La majorité de l'ascendance des individus provient d'une lignée génétique nord-africaine jusqu'alors inconnue, qui a divergé des lignées d'Afrique subsaharienne à peu près à la même époque que les humains actuels hors d'Afrique et est restée isolée pendant la majeure partie de son existence», écrivent les auteurs. Chronologie des écozones et des stratégies de subsistance dans la région élargie du Sahara A ce titre, ils soulignent que les deux individus Takarkori sont étroitement liés à l'ascendance documentée pour la première fois chez des chasseurs-cueilleurs vieux de 15 000 ans de la grotte de Taforalt. Contrairement à ces derniers, «qui ont la moitié du mélange néandertalien des non-Africains, Takarkori présente dix fois moins d'ascendance néandertalienne que les agriculteurs levantins, mais significativement plus que les génomes subsahariens contemporains», révèlent encore les chercheurs. La société de production, facteur de néolithisation en Afrique du Nord Dans ce sens, ils suggèrent que le pastoralisme s'est propagé «par diffusion culturelle dans une lignée nord-africaine profondément divergente et isolée, probablement répandue en Afrique du Nord à la fin du Pléistocène». Ces résultats confirment également des études précédentes, selon lesquelles les premières données d'ADN ancien à l'échelle du génome nord-africain néolithique révèlent «une ascendance dérivée d'un pool génétique 'maghrébin', apparenté à des individus beaucoup plus anciens» de l'âge de pierre tardif du site de Taforalt. Après le séquençage d'un génome au Maroc, des éléments de sites en Algérie et en Tunisie ont permis ainsi de questionner les mobilités entre l'Asie, l'Europe et le Maghreb au cours du développement de la culture de production locale.