A Casablanca, les autorités locales poursuivent activement la démolition des bâtiments menaçant ruine dans l'ancienne médina, dans le cadre de la création de l'Avenue Royale, un projet initié dans les années 1980. Cette initiative, qui vise à relier la Mosquée Hassan II au centre-ville, a déclenché une vive indignation parmi les habitants. Ces derniers se considèrent victimes d'une opération menée sans concertation ni prise en compte de leurs revendications. Le recensement effectué par les autorités en début d'année 2024 a identifié plus de 1.730 habitations en ruine, situées sur le tracé de la future Avenue Royale. Cependant, la complexité du dossier et la multiplicité des intervenants ont ralenti l'évacuation des habitants, créant ainsi une situation chaotique. Les démolitions, initialement prévues pour libérer la voie à ce grand projet, ont suscité de nombreuses critiques, notamment en raison des conditions de relogement proposées. En effet, plusieurs habitants ont bénéficié d'un programme de relogement dans des quartiers périphériques, tels qu'Ennassim. Cependant, les offres proposées ne sont pas à la hauteur des attentes des habitants. Certains habitants, notamment du quartier Boutouil, se sont vu proposer des sommes dérisoires, comme 1 500 dirhams le mètre carré pour leurs anciens logements, qui en valaient bien plus dans les années 90. Cette proposition est perçue comme une injustice, compte tenu de la valeur actuelle des biens et des difficultés à trouver un logement décent à ce prix. « Ma maison n'a jamais été menacée de ruine. Je l'ai construite moi-même avec la sueur de mon front. Dans les années 98, on m'a proposé 900.000 dirhams pour mon appartement. Aujourd'hui, l'État me propose 1.500 dirhams le mètre, soit 240.000 dirhams au total. Ce n'est même pas le prix d'un logement social », s'indigne une des habitantes du quartier Boutouil, qui regardait sa maison se faire démolir dans une impuissance totale. De plus, les 9.000 dirhams d'aide au loyer proposés par les autorités ne semblent pas satisfaire les besoins des habitants, qui se plaignent de l'éloignement des nouveaux logements par rapport à la médina, un lieu chargé de mémoire et d'histoire pour eux. Les autorités affirment que les dossiers de relogement et de dédommagement sont prêts pour 80% des habitants concernés. Cependant, cette affirmation ne suffit pas à apaiser la colère des habitants, qui estiment que leurs droits ne sont pas respectés. Leurs revendications portent non seulement sur les montants de compensation jugés insuffisants, mais aussi sur l'absence d'une véritable concertation. « Les autorités doivent prendre le temps de discuter avec les habitants, de comprendre leurs revendications et de proposer des alternatives de logement décent », souligne un habitant en colère. Le projet de l'Avenue Royale, bien qu'il soit l'un des plus anciens et des plus ambitieux de Casablanca, souffre d'un manque d'organisation et de transparence. Loin d'être simplement un chantier de rénovation urbaine, il est perçu par les habitants comme une menace à leur mode de vie, déjà fragilisé par des années d'incertitude et de négligence. L'offre de 10 millions de centimes pour aider les familles à trouver un appartement à acheter n'a pas été bien accueillie par tous, de nombreux résidents refusant de quitter l'ancienne médina, où ils sont profondément enracinés. Cette opération de démolition, tout en étant nécessaire pour la sécurité publique et la réalisation du projet, se heurte à la résistance des habitants.