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Entretien : «Aucune trace d'éléments radioactifs dans les eaux marines»
Publié dans Finances news le 05 - 05 - 2011

Le CNESTEN se mobilise pour la détection de la radioactivité dans l'air après l'accident de Fukushima.
Khalid Médiouri, Directeur général du Centre national de l'énergie, des sciences et des techniques nucléaires (CNESTEN), nous dévoile les enjeux de la radioactivité.
- F.N.H. : Pouvez-vous nous éclairer sur le phénomène physique de la radioactivité?
- Khalid Médiouri: La radioactivité est un phénomène naturel dû à la désintégration des noyaux de certains atomes instables en donnant lieu à l'émission de rayonnements de types alpha, bêta ou gamma.
Ayant des énergies assez importantes, ces rayonnements peuvent traverser les objets sans être arrêtés.
Il y a plusieurs types de rayonnements ionisants qui sont utilisés dans différents secteurs, à savoir la médecine nucléaire, l'industrie, la gestion des ressources hydriques souterraines, ainsi que le secteur de l'énergie.
Ces rayonnements ionisants sont très énergétiques et peuvent avoir des effets sur la matière biologique, particulièrement sur l'ADN en induisant des modifications ou ruptures de la chaîne.
Tenant compte de la nature de ces rayonnements, les autorités internationales de santé ont mis en place des règles de radioprotection afin de sécuriser les utilisations nucléaires.
- F.N.H. : Quel est le seuil de radioactivité à partir duquel il devient nocif pour l'homme?
- K. M. : Dans le domaine de la radioprotection, pour éviter les effets nocifs de la radioactivité ou, de manière générale, l'exposition aux rayonnements ionisants, les autorités internationales de santé ont mis en place un système de limites annuelles de doses aussi bien pour la population que pour les travailleurs, et ce afin de limiter les effets des rayonnements ionisants.
Les principes fondamentaux de la radioprotection veillent à éliminer tout risque d'exposition inutile et sont basés sur :
• la justification : les sources de rayonnements ionisants ne doivent pas être utilisées s'il existe d'autres alternatives ;
• l'optimisation : c'est la recherche de l'exposition minimum nécessaire, elle correspond au principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable) ;
• la limitation : il existe des limites annuelles d'exposition à ne pas dépasser et qui sont les plus basses possibles afin d'éviter l'apparition d'effets stochastiques.
Chaque pays définit ses limites réglementaires propres. Ainsi, pour le public, la dose maximale admissible est fixée à 1 millisievert (mSv). Le Sievert, dans le système d'unité internationale, vise à mesurer l'effet des doses reçues par un organe donné. C'est, en effet, le rapport de l'énergie en Joule libérée par les radiations par unité de masse de l'organe (1 Sv = 1Joule/kg).
Pour les personnes qui travaillent sur des postes utilisant des radiations ionisantes, la limite de dose annuelle est de 20 mSv, sans dépasser 100 mSv sur cinq années consécutives.
Ainsi, à titre d'exemple, lors d'une radiographie pulmonaire, les patients reçoivent en moyenne une dose équivalente de
0,3 mSv, alors qu'en faisant un aller/retour Casablanca-Paris, les passagers reçoivent une dose équivalente de l'ordre de
0,03 mSv due essentiellement aux radiations cosmiques venant du soleil et des autres étoiles.
- F.N.H. : Quelles seraient les conséquences pour la santé des personnes ayant été en contact avec un niveau élevé de radioactivité ?
- K. M. : Il y a trois façons d'irradiation ou de contamination, à savoir le contact direct, l'ingestion ou l'inhalation de particules radioactives.
Ainsi, les conséquences des expositions aux rayonnements ionisants dépendent de l'activité des sources, du temps d'exposition et, bien sûr, de la distance séparant l'individu de la source et de l'existence d'écrans protecteurs ou non.
En se référant aux normes internationales, pour les très faibles doses, inférieures à
1 mSv, qui constitue d'ailleurs le taux annuel admis pour le public, il n'y a pas de conséquences graves sur la santé. C'est à partir des doses supérieures à 100 mSv que les risques de cancer radio-induit sont enregistrés et qu'au-delà de 5 Sv, les victimes peuvent décéder.
C'est pourquoi les principes de la radioprotection et de la sûreté nucléaire concourent à réduire au maximum les doses reçues par les travailleurs, le public et l'environnement.
- F.N.H. : Est-ce que la mission du CNESTEN se limite au contrôle du taux de la radioactivité dans l'air ?
- K. M. : Pas du tout. Le CNESTEN a des missions beaucoup plus larges. Elles portent en particulier sur le développement et la promotion des applications des techniques nucléaires dans les secteurs de la santé, l'eau, l'industrie, l'environnement et autres domaines où il a développé un savoir-faire et une expérience de niveau international.
Le CNESTEN a également une mission de préparation des bases nécessaires pour l'introduction de l'électronucléaire dans notre pays en termes de formation des ressources humaines, de recherche et de veille technologique.
Dans le domaine de la sûreté et la sécurité nucléaire et radiologique, le CNESTEN assume la mission d'appui technique à l'Etat pour le développement d'un cadre réglementaire national, la gestion des déchets radioactifs, la participation au plan national de situations d'urgence radiologique et la surveillance radiologique de l'environnement.
- F.N.H. : Vous avez déclaré à un quotidien que le CNESTEN met à la disposition des autorités des moyens pour mesurer la radioactivité. Quelles sont ces mesures et, à cet effet, avez-vous été sollicité pour analyser des échantillons d'eau de mer aux alentours des ports ?
- K. M. : Effectivement, depuis le déclenchement de l'accident de Fukushima, le CNESTEN s'est mobilisé au niveau du Centre d'Etudes Nucléaires de la Maâmora pour suivre l'évolution de la situation au Japon et voir si des traces des radiations émises sont arrivées sur l'environnement du Centre.
Vu le mode de transport et de diffusion des particules dans l'atmosphère, nous avons chargé une équipe de mesurer l'air ambiant afin de surveiller la présence de particules radioactives provenant de Fukushima.
D'un autre côté, des échantillons d'eau de pluie, de plantes, de sols et de lait sont prélevés quotidiennement pour y déceler là aussi la présence de particules suspectes.
Nous avons privilégié les mesures dans l'air et les éléments cités ci-haut parce qu'ils constituent les principales voies de transfert vers l'homme.
Les résultats que nous avons observés dans l'air montrent la présence de traces d'Iode 131 de très faible concentration, comme c'est le cas en Europe. A peine observables, ces traces d'Iode ne présentent aucun danger pour la santé publique.
Concernant les eaux marines, nous avons prélevé des échantillons de la côte atlantique et mesuré leur radioactivité intrinsèque qui n'a révélé aucune trace d'éléments radioactifs.
- F.N.H. : Quelles seraient les mesures à prendre au cas où des cargos à conteneurs présenteraient un taux de radioactivité supérieur au seuil autorisé ?
- K. M. : Dans de telles situations, le ministère de la Santé, par le biais du Centre National de la Radioprotection qui est chargé de la surveillance radiologique de l'environnement et du contrôle de la radioactivité des produits, émet les recommandations nécessaires.
Le CNESTEN, de son côté, dispose de moyens mobiles qu'il peut déplacer pour mesurer localement le niveau de radioactivité dans tous les compartiments de l'environnement (air, eau, sol et plantes).
Par ailleurs, le CNESTEN met au profit des autorités nationales chargées de la surveillance de l'environnement et des importations, tous ses moyens pour observer si les produits contiennent de la radioactivité naturelle ou artificielle et de caractériser par la suite sa nature et son niveau.
Propos recueillis par Lamiae Boumahrou


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