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Avec Marrokiat, les femmes se réapproprient l'espace public [Interview]
Publié dans Yabiladi le 09 - 03 - 2018

Elle met en image avec brio des citoyennes vraies, sans pour autant verser dans un voyeurisme primaire. Ainsi la journaliste et réalisatrice Sonia Terrab a choisi de donner la parole aux femmes, à travers la série de capsules Marrokiat (Marocaines en darija). Entretien.
La rue est un espace commun où chaque individu porte une histoire – des histoires –. Elle reflète ces singularités qui font nos fresques sociétales. Mais être femme au Maroc, c'est doubler d'effort pour s'approprier cet espace-là sans être remplie d'un sentiment d'insécurité.
Dans cet ensemble de réalités, la journaliste, écrivaine et réalisatrice Sonia Terrab, conçoit sa série de capsules Marrokiat comme une manière pour les femmes d'investir cet espace public. Elles y partagent même leurs histoires personnelles. Lancés en décembre 2017 avec l'appui de l'incubateur de talents Jawjab, ces courts épisodes montrent les différentes facettes d'une société marocaine au féminin, qui s'exprime à cœur ouvert devant la caméra. Ce projet porte lui aussi une histoire, que son auteure nous confie à travers cet entretien.
D'où vous est venu l'idée de créer Marrokiat ?
L'idée m'est venue cet été. Dans le cadre des projets de Jawjab, nous avons voulu créer le programme JawjabT pour inciter les femmes à prendre la parole et à s'exprimer sur Internet. Avec Fatine Benchekri, directrice de Jawjab, j'ai eu donc l'idée de faire parler des Marocaines dans la rue, d'autant plus que c'est un espace public qui ne nous appartient pas. Je me suis dit que je filmerai ces femmes-là sur place pour qu'elles nous racontent chacune une histoire intime, une expérience marquante. A travers cela, je fais un kaléidoscope de plusieurs genres d'histoires qui constituent ainsi le portrait d'une société et, par ailleurs, un constat général sur la condition des femmes du Maroc.
Avez-vous eu des critères pour le choix des femmes à qui vous donnez la parole ?
En fait, j'ai vécu cela comme une expérimentation. Je suis écrivain à la base et je suis passée au documentaire avec Shakespeare à Casablanca. Par la suite, j'ai eu envie de m'attaquer au web vu que c'est un véritable outil d'expression et d'émancipation à ce niveau-là, où il y a le pire et le meilleur. Ça un impact très fort. Je me suis donc demandée comment je pourrais apporter ma contribution et mon univers dans un format web. Loin de l'idée de faire un micro-trottoir, j'ai pensé à arrêter les femmes dans la rue en leur demandant de me raconter une histoire, ce qui s'est avéré être une tâche difficile. J'ai réussi à faire les quatre premiers épisodes comme ça, mais aussi avec un peu de bouche-à-oreille.
Avant de commencer la seconde étape de tournage, mon époux m'a proposé de faire une annonce sur Facebook. J'étais hésitante, mais lorsque je l'ai fait, j'ai été surprise de recevoir énormément de retours. Beaucoup de femmes ont eu envie de contribuer au projet Marrokiat et j'ai été bouleversée, car toutes ces femmes me disaient qu'elles suivaient mon travail, qu'elles avaient regardé les épisodes précédents, lu mes livres ou regardé mon film. Pour moi, c'était le plus beau des cadeaux.
A partir de là, tout s'est enchaîné très vite. J'ai tourné une dizaine d'épisodes en un jour, en rejoignant chacune des femmes là où elles sont à Casablanca. Au total, près de 25 ont été enregistrés et nous avons mis en ligne maintenant une douzaine parmi les plus forts.
Même dans le choix de cette diffusion, c'est une sorte d'enchaînement : Dans certains épisodes, les femmes se répondent par exemple. Lorsqu'ont les rassemble, c'est une sorte de web documentaire où elles s'approprient l'espace public le temps d'une prise de parole. Dans Marrokiat, il y a également un parti-pris artistique et esthétique, dans le sens où je choisis un cadre qui montre le contexte hostile et quotidien, où elles vivent à Casablanca.
Le périmètre est donc défini au niveau de Casablanca ?
C'est fait avec nos propres moyens que Jawjab prend en charge, et donc se limiter à Casablanca est une contrainte. Après, mon rêve est de faire le tour du Maroc. Aller dans des régions enclavées, des petites villes, rencontrer, écouter et faire parler des femmes qu'on n'entend pas toujours, dans plusieurs régions. L'espoir est de réaliser plusieurs saisons, afin de dresser une cartographie des femmes marocaines plus élargie, regroupant plusieurs histoires, plusieurs réalités et plusieurs vécus quotidiens. Autrement dit, une véritable mosaïque.
Comment percevez-vous l'évolution de ce projet ?
Je ne suis pas une militante et je ne suis pas une féministe. Je refuse les étiquettes, me positionner comme féministe catégorisée «contre les hommes». Au Maroc, je pense que nous sommes tous dans la même merde. Les hommes autant que les femmes souffrent. Nous sommes tous victimes d'un environnement hostile, dure et hypocrite, toujours dans la reproduction du même schéma. Le patriarcat peut être lourd à porter même par des hommes. Le manque d'éducation fait que la jeunesse est complètement paumée entre Internet, les réalités de la société, la religion et les dictats en tout genre. Je suis une humaniste avant tout.
J'ai envie de donner la parole aux femmes comme aux hommes. Aujourd'hui, mon rêve n'est pas seulement de faire le tour du Maroc pour Marrokiat, mais de faire également une série où je fais parler des hommes. J'aimerais rencontrer ceux qui m'expliquent s'ils sont frustrés sexuellement, me parlent de leur relation avec leurs mères, en les mettant dans la rue pour raconter leur misère, même s'ils sont souvent considérés comme coupables plus que victimes. Je pense que le coupable de nos situations est le manque d'éducation, l'archaïsme, les mentalités et les rapports à la religion qui doivent changer.
Au même moment où ces capsules ont commencé à être mises en lignes, le monde a assisté à l'émergence du #Metoo sur Internet. Que pensez-vous de ce mouvement ?
C'est une coïncidence formidable ! Nous n'avons pas fait exprès de concevoir Marrokiat dans ce contexte. Nous avons commencé à préparer la série avant le début de ce mouvement. Je pense que cela veut dire que quelque chose est en train de se passer et de changer dans le monde entier. Les femmes et surtout jeunes femmes ont de plus en plus conscience d'elles-mêmes. Elles veulent parler, s'exprimer, dire stop et unir leurs voix.
Ce qui est beau, c'est que le mouvement touche aussi des pays comme le Maroc. Je suis sûre qu'aujourd'hui, si je fais le tour de l'Afrique, du Maghreb ou du monde arabe, je trouverai le même genre de jeunes femmes, qui veulent dire et assumer ce qu'elles sont, ce qu'elles veulent et ce qu'elles refusent. C'est donc un mouvement transversal qui n'est pas né du jour au lendemain. C'est quelque chose qui a été complètement enterré, qui a remonté peu-à-peu en surface. Il a fallu une étincelle pour que ça s'embrase.
Je suis donc fière d'accompagner cela à partir du Maroc, un pays où l'on penserait qu'on est encore loin de ces débats-là. Un projet comme Marrokiat qui évolue dans ce contexte est donc la preuve qu'ici aussi, les jeunes femmes veulent dire stop au sexisme et aux idées reçues sur eux.


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