Le ministre de la Santé aura réussi son pari. L'évacuation des malades mentaux de Bouya Omar a été lancée. L'opération à laquelle le ministère a consacré 40 millions de dirhams devrait priver les «chorfas» qui gèrent le centre d'internement d'une manne financière importante. C'est ce jeudi 11 juin qu'a commencé l'opération «Al Karama» destinée à évacuer une centaine de personnes atteintes de déficience intellectuelle séquestrées dans des conditions inhumaines au sanctuaire Bouya Omar. Le mausolée du saint Bouya Omar, situé dans la ville Al Attaouia, s'était transformé au fil des années et avec la bénédiction des autorités locales et gouvernementales en une grande prison. 40 millions dirhams consacrés à «Al Karama» L'opération d'aujourd'hui est menée par le département de Houcine El Ouardi en coordination avec d'autres ministères et des organismes publics, indique un communiqué du ministère de la Santé parvenu à notre rédaction. Le ministre aura ainsi réussi à tenir sa promesse. Fin mai et devant les deux Chambres du parlement, il s'était engagé personnellement à vider Bouya Omar de ses «détenus». Mais alors qu'il avait estimé à l'époque le nombre de personnes concernées à 440, si l'on croit le texte du service de communication du département de la Santé, la réalité se situerait à 800. Le cout financier de l'initiative s'élève à 40 millions de dirhams. El Ouardi avait affirmé aux députés et sénateurs que son ministère s'était déjà préparé d'avance à l'arrivé des malades enfermés à Bouya Omar et ce en embauchant 34 médecins et 122 infirmiers spécialistes. Cet effort concerne également la construction de salles dans des centres hospitaliers, pouvant accueillir les patients dans de bonnes conditions. Cette mobilisation sera sans doute nécessaire pour le soin et le suivi corrects des patients. Des «chorfas» se voient priver d'importantes sommes d'argents Faisant fi des lois, des «chorfas» géraient Bouya Omar comme un centre de détention privé. Chaque famille était contrainte de débourser quotidiennement entre 200 et 400 dirhams pour son proche malade. L'affaire lucrative profitait à une minorité. Et à ces recettes fixes, s'ajoutaient annuellement, à l'occasion du Moussem du saint qui coïncide avec la fête religieuse d'Al Moualid, des centaines de milliers de dirhams générées par l'évènement. Celui-ci connaît chaque année une grande affluence de visiteurs, de commerçants et de charlatans de tous les coins du Maroc. Anticipant une réaction hostile de la part des «chorfas» à l'annonce de l'évacuation de Bouya Omar, le ministre de la Santé avait précisé au parlement qu'il n'était pas contre les descendants du saint mais seulement contre ceux qui exploitaient les malades. Reste à savoir s'il sera entendu et surtout s'il a mis en place les garde-fous nécessaires pour éviter un retour des malades à Bouya Omar ?