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La tempête du «Qatargate» ébranle le sommet de l'exécutif israélien et fragilise l'axe de médiation avec Gaza, omerta dans les milieux islamistes proches de Doha
L'arrestation spectaculaire, lundi 31 mars, de deux conseillers influents du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, dans le cadre de l'affaire désormais qualifiée de «Qatargate», secoue en profondeur la scène politique à Tel-Aviv et projette une ombre lourde sur l'architecture diplomatique fragile entourant les pourparlers entre Israël et le Hamas. Yonatan Ourikh, ancien stratège en communication du chef du gouvernement israélien et Eli Feldstein, ex-porte-parole de l'exécutif, ont été placés en résidence surveillée vendredi 4 avril à l'issue de plusieurs jours d'interrogatoires au cours desquels M. Netanyahou lui-même a été entendu comme témoin, fait rarissime qui souligne la gravité des soupçons. Selon des révélations émanant de plusieurs titres de la presse hébraïque, les deux hommes sont suspectés d'avoir œuvré — contre rétribution — à promouvoir l'image de l'émirat du Qatar dans les milieux politiques et médiatiques israéliens, tout en orchestrant une campagne de discrédit ciblée contre l'Egypte, en vue de minimiser le rôle du Caire dans les efforts de médiation avec la bande de Gaza. Ces manœuvres auraient été menées en lien avec une société de communication américaine agissant pour le compte de Doha, les transferts financiers ayant transité par l'intermédiaire du lobbyiste israélien Gil Berger. Dans son ordonnance, le juge Menahem Mizrahi évoque une entente nouée entre M. Feldstein et ladite société par le biais de M. Ourikh et d'un troisième individu dont l'identité demeure confidentielle. Les fonds versés à M. Feldstein auraient été acheminés via une structure contrôlée par M. Berger. Le Qatar, obsédé par son rôle de médiateur La police et le parquet ont également convoqué M. Gaï Footlik, fondateur de l'entreprise américaine mise en cause, lequel aurait manifesté sa disposition à coopérer avec les enquêteurs. Il est d'ores et déjà prévu que des agents israéliens se rendent aux Etats-Unis afin d'auditionner ce dernier. Par ailleurs, Israël Einhorn — ancien conseiller stratégique du Likoud —, soupçonné lui aussi d'implication dans le dossier, est actuellement localisé en Serbie où il pourrait faire l'objet d'une procédure d'extradition. Les charges retenues à l'encontre de MM. Ourikh et Feldstein sont d'une gravité exceptionnelle : réception illicite de fonds en provenance d'un agent étranger, collusion avec une puissance extérieure et divulgation de renseignements classifiés. Le retentissement de l'affaire s'étend bien au-delà de la seule sphère judiciaire : plusieurs voix se sont élevées au sein même de la coalition au pouvoir pour dénoncer l'opacité des cercles rapprochés de M. Netanyahou. L'origine du scandale remonte à la parution, en septembre 2024, dans les colonnes du quotidien allemand Bild, d'un document présenté comme une note stratégique de Yahya Sinouar, ancien chef du Hamas à Gaza, censée avoir été extraite de son ordinateur personnel. Le contenu de cette note, détaillant la tactique de négociation de l'organisation islamiste, avait conduit à l'ouverture d'une enquête sur d'éventuelles fuites orchestrées depuis le bureau du Premier ministre. Déjà à l'époque, MM. Ourikh et Feldstein figuraient parmi les personnes entendues. Dans une tentative de reprise en main, interprétée par de nombreux analystes comme un acte défensif, M. Netanyahou avait procédé, à la mi-mars, à la révocation inattendue de Ronen Bar, chef du Shabak (Service général de sécurité intérieure, ISA), se bornant à évoquer un «déficit persistant de confiance.» Cette éviction a été lue, dans les cercles informés, comme une manœuvre destinée à détourner l'attention de l'affaire en gestation. Doha, de son côté, a nié toute implication, dénonçant une «opération de diffamation purement politique.» Néanmoins, les éléments rendus publics par la presse israélienne accréditent la thèse d'une entreprise méthodique œuvrant à redéfinir les équilibres régionaux au détriment du rôle central traditionnellement tenu par l'Egypte dans les tractations relatives aux cessez-le-feu et aux échanges de prisonniers. Plusieurs éditorialistes à Tel-Aviv estiment que le Qatargate pourrait non seulement rebattre les cartes de la médiation au Proche-Orient, mais aussi précipiter le crépuscule politique de M. Netanyahou. Le quotidien Haaretz évoque, à ce propos, une «décomposition accélérée de son autorité», dont nul ne saurait prédire l'issue.