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Pour un éveil et une unité islamiques
Les formations postérieures des mouvements politico-religieux
Publié dans L'opinion le 03 - 08 - 2012

Le contenu de sa doctrine, Mohammad Ibn'Abd-Al-Wahhab est allé le demander avant tout à Ahmad Ibn Taïmiya et à son grand disciple Ibn-Al-Qaïyîm. On peut dire que toute l'œuvre d'Ibn Taïmîya, en particulier ses professions de foi, son Minhaj-Al-Sounna et, par dessus tout, sa Siyasa Sharî'â, est passée dans celle du fondateur du Wahhabisme. Ce qui n'empêche pas le Wahhabisme de s'adresser à d'autres docteurs hanbalites ou malikites de différentes époques, comme le cadi Abou Ya'la, Ibn Aqil ou Al-Houjawi – Voir – Essai, 524 (essai 643-647).
A la suite d'Ibn Taïmîya, Mohammad Ibn'Abd-Al-Wahhab et ses disciples sont partis en guerre contre les sectes musulmanes non sunnites : contre les Jahmiya et les Mou'âtazila, parce qu'ils nient l'existence en Dieu, d'une pluralité d'attributs, contre les Qadariya, qui reconnaissent en l'homme un libre arbitre, contre les Kharijismes, qui excommunient les Musulmans coupables d'une faute grave et admettent le rébellion armée contre le chef de l'Etat, contre le chiisme dont la doctrine de l'imamat ou l'hostilité aux trois premiers califes lui apparaissent comme foncièrement contraires à la lettre et à l'esprit de l'Islam.
Mais c'est à l'intérieur du sunnisme, tels que l'avaient défini des hommes comme Abou Mansour Al Baghdadi, Al Ghazali, Fakhr Al Dine Al Razi, Al Sayouti ou Ibn Hajar Al Haïtami, que le Wahhabisme est allé dénoncer ceux qu'il tenait pour de redoutables innovateurs. Il a repris contre la théorie dogmatique (Al-Kalam), l'hostilité que le sunnisme traditionaliste lui avait toujours vouée. C'est contre le Soufisme aussi, avec toutes ses confréries, qu'il s'est déchaîné, lui reprochant d'introduire, dans le dogme et la pratique de l'Islam, des innovations irrecevables. Le droit de constituer des Waqf au bénéfice des Zawiya ou des confréries a été aboli et des ouvrages de mystique, jugés dangereux, ont été parfois mis à l'index ou détruits. (On peut rattacher, cette prise de position, la longue critique de la Borda que l'on trouve dans la «Majmou'â Najdiya», II, P. 33-37 et P. 82-85 ; IV, 223-288).
Avec plus de violence peut-être encore qu'Ibn Taïmiya, le Wahhabisme est parti en guerre contre le culte de Saints, interdisant d'aller en visite sur leurs tombes, et contre toutes les superstitions qui remontaient à l'époque du paganisme (al jahiliya) et s'étaient perpétuées dans les milieux bédoins encore mal islamisés.
Champions intransigeants de l'unité divine (attawhid) – d'où le nom d'«Unitaires» sous lequel eux-mêmes se désignaient – les Wahhabiya entendaient instaurer, dans les territoires soumis à leur domination, le règne de la parole de Dieu. Cette unité ne consistait pas seulement à reconnaître l'existence d'un Dieu unique, souverain et tout puissant, mais encore à le servir, collectivement et individuellement, en le prenant pour fin et en usant des moyens que Lui-même avait prescrits. (On retrouve ici la distinction entre le taouhid Al-Roboubiya, qui consiste à reconnaître objectivement l'unité et la toute puissance divine, et le taouhid Al-Oubouhiya, qui consiste, subjectivement, à ne prendre pour maître que Dieu – Essai 532).
La conquête du Najd commença avec Mohammad Ibn Sa'oud (m. 1765), qui mit en œuvre les ressources de la diplomatie et de la guerre pour venir à bout de fortes résistances intérieures et de l'hostilité de tribus dont la «Porte» encourageait le particularisme.
Son fils Abd-Al-Aziz (m. 1803) fut le véritable fondateur du premier Etat wahhabite. Les circonstances favorisèrent son audace.
Les Ottomans étaient aux prises avec de graves difficultés intérieures. Dahir Omar, qui s'était révolté avec l'appui des chiites de Syrie et de Palestine et la complaisance des chrétiens, ne fut que péniblement vaincu, en 1775. – Les Français débarquaient en Egypte en 1798, et, sous les premiers successeurs de Nadir Shah, Kadim Khan (m. 1779) et Fath Ali Shah (m. 1834), le chiisme restait bien vivant en Perse (Iran) et en Irak. (Voir sur l'histoire de l'Etat saoudite : J.H. Mordtmann, EI II, 440-443 (Ibn Saoud), où l'on trouvera une importante bibliographie. Cf aussi les remarques de H.A.R Gibb, in EI, III (sur Mohammad Ibn Saoud).
Retardées par le particularisme des tribus, les conquêtes de Abd-Al-Aziz furent lentes et laborieuses. Mais la prise de Riyad, en 1773, constituait un succès décisif et l'unification du Najd pouvait être considérée comme terminée en 1786. Les Wahhabiya, dans les années suivantes, s'emparaient d'Al-Ahsa, des ports du Golfe Persique, menaçaient l'Irak et le Hedjaz, se heurtant ouvertement à la Porte (Al Bab) et à l'Angleterre dont la politique tendait, de plus en plus, à placer sous sa tutelle les pays musulmans du Proche-Orient. Le règne de Abd-Al-Aziz se terminait par un coup d'éclat retentissant dont le chiisme faisait les frais. Le 21 avril 1802, le jour de la commémoration de l'épisode du Ghadir Khomm, les Wahhabiya attaquaient la ville de Karbala et pillaient le mausolée de l'imam Al-Hosseïn. Cette profanation souleva l'indignation du monde chiite et Fath – Ali Shah proposa de prendre sous sa protection les sanctuaires chiites d'Irak que les gouverneurs Ottomans se montraient impuissants à protéger. Un an plus tard, le 4 novembre 1803, le roi Abd–Al–Aziz était assassiné par un chiite qui s'était fait passer pour un converti.
C'est sous Saoud Ibn Abd-Al-Aziz (1803-1814) que le royaume Wahhabite atteignit son apogée. Saoud s'emparait de Médine (Al-Madina) en 1805 et de la Mecque l'année suivante, il continuait de menacer l'Irak et cherchait à prendre pied en Syrie. Le gouvernement des Indes, pour réprimer la piraterie Wahhabite qui sévissait dans le Golfe persique, envoyait, en novembre 1809, quelques bâtiments bombardiers le repaire de Ras Al-Khaïma. Une incursion Wahhabite dans le Hauran était tentée, mais échouait, en juillet 1810.
Deux faits contribuèrent à renverser la situation. Le sultan Mahmoud II, qui montait sur le trône en juillet 1808, entendait briser, par d'énergiques mesures, les velléités d'indépendance qui menaçaient l'empire. En Egypte, Mohammad Ali, qui faisait massacrer en 1811 les derniers Mamlouks, renforçait son autorité en restant le vassal et l'allié du Sultan. L'action combinée de la Porte et de l'Egypte allait avoir raison du premier Etat wahhabite.
Quatre années de guerre, de 1811 à 1815, furent cependant nécessaires à Mohammad'Ali et l'Emir Toussoun pour reconquérir, au bénéfice de la «Porte», le Hedjaz où le Wahhabisme avait réussi à s'implanter. Le roi Saoud mourait en 1814 et, le 20 janvier 1815, les Egyptiens remportaient, à Bisel, sur les hommes du nouveau roi Abd-Allah, une victoire décisive. Non seulement les pertes furent sévères parmi les Wahhabiya, mais la communauté fut atteinte dans son moral et les derniers centres de résistance tombèrent les uns après les autres. Le traité de 1815 imposait à Abd Allah une soumission trop humiliante pour être longtemps respectée. La guerre reprit.
Une nouvelle armée égyptienne quittait Le Caire, en 1816, sous le commandement d'Ibrahim Bâcha. Partant des bases du Hedjaz, elle se donnait pour objectif d'aller frapper, au cœur de Najd, le Wahhabisme dans ses derniers repaires. L'oasis de Dar'iya fut prise en avril 1818, après une forte résistance, et en partie détruite. Le roi Abd Allah Ibn Saoud était livré aux Ottomans, promené, trois jours durant, dans les rues d'Istamboul, il fut décapité, avec ses proches collaborateurs, le 17 décembre 1818.
(A suivre)


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