Le 17 mars 2025, la Banque populaire de Chine annonçait une révolution silencieuse : son système de règlement transfrontalier en RMB numérique est désormais connecté aux pays de l'ASEAN et à six puissances du Moyen-Orient. Résultat : près de 40 % du commerce mondial échappe désormais au système SWIFT dominé par le dollar américain. Cette initiative spectaculaire, appuyée sur la blockchain et la technologie quantique, marque le basculement vers un nouvel ordre monétaire mondial, piloté par Pékin. Pendant ce temps, le Maroc avance prudemment mais sûrement. Bank Al-Maghrib étudie la faisabilité d'un dirham numérique, conçu comme une monnaie digitale souveraine, sécurisée, et accessible à tous, notamment aux populations non bancarisées. Ce projet, encore à l'état expérimental, ambitionne de moderniser les paiements, réduire les coûts, renforcer la traçabilité et lutter contre la fraude, tout en accompagnant la transition numérique de l'économie nationale.
Deux trajectoires, deux échelles, une même ambition Si la Chine agit à l'échelle planétaire, connectant son RMB numérique aux routes commerciales, aux satellites Beidou et à la communication quantique, le Maroc se concentre sur un enjeu fondamental : l'inclusion financière, à travers une solution technologique sous contrôle public. Là où la Chine cherche à redéfinir les rapports de force monétaires mondiaux, le Maroc vise une digitalisation responsable, adaptée à ses réalités socio-économiques. Pour autant, les deux approches se rejoignent sur un point essentiel : la reconstruction de la souveraineté monétaire à l'ère numérique. Dans un monde où les cryptomonnaies privées échappent au contrôle des Etats et où les paiements internationaux sont lents, opaques et coûteux, les monnaies numériques de banque centrale (MNBC) représentent une troisième voie.
Le Maroc face à un choix stratégique
Le développement du dirham numérique ne sera pas qu'une question technologique. Il exigera une vision claire, une gouvernance forte, et une coopération étroite entre acteurs publics et privés. Mais il pourrait aussi positionner le Maroc comme un leader africain dans l'innovation monétaire, offrant une alternative stable et sécurisée à des économies émergentes en quête de modernité financière. La Chine l'a compris avant les autres : dans le monde numérique, celui qui maîtrise les canaux de paiement maîtrise aussi les flux économiques, les données, et parfois même la diplomatie. Le Maroc a une carte à jouer. Il lui revient de bâtir une solution qui lui ressemble : inclusive, souveraine, et au service de son développement.
* Dr. Az-Eddine Bennani est ingénieur en informatique, titulaire d'un MBA de Chicago, docteur en sciences économiques de la Sorbonne, et expert en management stratégique, gouvernance digitale et intelligence artificielle. Avec plus de 40 ans d'expérience en France, au Maroc et à l'international, il a été ingénieur système, consultant et manager chez Hewlett-Packard en France, en Europe et au MEA, a été professeur-chercheur à La Sorbonne Universités/UTC et à NEOMA Business School, et est actuellement professeur associé à l'Université Al Akhawayn.