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Les «protégés» de Zapatero
Publié dans Les ECO le 25 - 02 - 2010

Dans 3 mois, Rachid fêtera ses 18 ans. Il sera appelé à quitter le centre de protection d'immigrés mineurs où il vit depuis son arrivée en Espagne, il y a un an. Etant un immigré illégal mineur et non accompagné, le gouvernement espagnol le place sous protection juridique jusqu'à ce qu'il atteigne ses 18 printemps. Rachid a atterri en Espagne à bord d'une patera, après une série de tentatives avortées. Originaire des environs d'Errachidia, ce jeune homme timide et discret connaît déjà son métier d'avenir. «Je serai cuisinier», dit-il avec peu d'enthousiasme mais beaucoup de pudeur. Ce n'est pas, certes pas, son métier de rêve mais cette profession lui permettra d'intégrer, rapidement, le monde du travail. Actuellement, il suit une formation dans ce sens, et d'ici peu, Rachid portera la toque. Le jeune homme n'aurait jamais pu espérer une telle opportunité, lui qui a abandonné l'école en bas âge, faute de moyens dans son hameau, et qui a jonglé entre des petits métiers au Maroc avant de décider de tenter sa chance au-delà du détroit, à ses risques et périls. Cette «second life», il la doit au centre de protection des mineurs immigrés, un établissement qui existe grâce à la loi interdisant le rapatriement de mineurs en situation illégale. Eparpillés un peu partout à travers la péninsule ibérique, l'on compte, à titre d'exemple, 23 centres dans la communauté de Madrid et 32 autres en Andalousie. Rachid fut placé dans ce centre andalou dénommé Assalama, quand la Guardia Civil espagnole l'a pincé, déambulant sans but dans les rues d'Algésiras (sud). Le phénomène des mineurs immigrés a pris de l'ampleur en 1996. C'est l'une des préoccupations majeures de la classe politique espagnole, vu la cadence effrénée à laquelle la pratique s'est développée. Combien sont-ils exactement ? On l'ignore. L'administration espagnole rechigne à livrer des statistiques à ce sujet. Mais selon des études publiées par des ONG espagnoles, 2.000 mineurs ont été recensés en 2003 contre 6.500 en 2005. Et ce chiffre ne cesse de gonfler, au grand désarroi des autorités ibères. Sans grande surprise, le Maroc reste le premier pourvoyeur de mineurs illégaux en Espagne, 75 à 92% des enfants hébergés en proviennent. D'où les vives critiques formulées par le gouvernement espagnol à l'encontre de son homologue marocain à propos de ses réelles intentions à faire face à ce problème.
Vie de famille
Une fois admis dans cet établissement, gîte et couvert sont assurés. Mieux encore. Rachid et ses 10 compagnons de route peuvent prétendre à une éducation dans le système espagnol. C'est ainsi que les résidents de moins de 16 ans ont pu reprendre le chemin de l'école. «La loi espagnole nous oblige à scolariser les enfants de moins de 16 ans», précise Isabel Fuentes, la directrice du centre Assalama. Cette Espagnole est aux commandes de cette unité d'accueil depuis un an et demi. Avant, elle occupait le poste d'éducateur. Elle fait partie du staff technique qui veille sur le respect des règles et le maintien de la discipline intra et extra-muros. À ses côtés travaillent 5 éducateurs épaulés par un psychologue. C'est en 2005 que cette maison d'accueil a ouvert ses portes à Séville. Sur le plan légal, cet établissement appartient au gouvernement autonome d'Andalousie, le tuteur légal des résidents. Laquelle instance débloque les fonds pour le maintien du centre. Le gouvernement local débourse 96 euros par jour pour chaque enfant. Un filon qui laisse, parfois, la porte grande ouverte à toutes les dérives. «Certaines associations gestionnaires de centres d'accueil mettent une bonne partie de ce pactole dans leurs proches», confie sous couvert d'anonymat un responsable associatif. Dans le cas du centre Assalama, la gestion est confiée à la fondation Sevilla Acoge, une ONG espagnole œuvrant pour la promotion des droits des immigrés. Dans d'autres lieux, ce sont les sœurs de l'église catholique qui en assurent la gestion. D'ailleurs, cette délégation de la responsabilité sociale du gouvernement à des ONG est vivement dénoncée par les défenseurs des droits humains vu que cela suppose une forte rotation du personnel, et des fois, des éducateurs peu qualifiés.
Raison de vivre
Assalama est un endroit particulier à plusieurs égards. Premièrement, par la forte concentration de mineurs marocains. Depuis son ouverture, 169 enfants ont vécu entre ses murs, dont la grande majorité est de nationalité marocaine. Située dans un quartier populaire à Séville, la maison composée de deux niveaux ne porte aucune plaque indicative. Rien ne distingue cette demeure modeste de son entourage. Dans cet établissement, la vie n'est pas si différente d'un foyer où vit une famille nombreuse. Au rez-de -chaussée, une chambre fait office de bureau du personnel technique, un séjour où trône un téléviseur, un petit espace multimédia équipé de trois ordinateurs, une salle à manger avec une dizaine de chaises et une cuisine bien équipée. Le premier étage abrite quatre chambres à coucher ayant comme unique décoration des lits superposés et des armoires. L'endroit est chichement équipé mais impeccablement propre. Fatiha, cuisinière marocaine originaire de Rabat, façonne des petits plats marocains aux résidents. Embaucher une cuisinière marocaine est un luxe que peu de centres d'accueil offrent à leurs résidents. «Nous veillons aux respects de la culture d'origine du résident. Nous considérons que c'est important pour développer son identité et sa confiance en soi», insiste Isabel.
La vie au centre suit un programme mûrement réfléchi. L'objectif est d'occuper le temps des mineurs au maximum, autant sur le plan éducatif que ludique. Le matin, réveil à 7h. Les résidents scolarisés comme Kamal, 13 ans, se rendent au collège. Les compères de Rachid qui ont franchi le seuil des 16 ans sont réticents au retour sur les bancs de l'école. Ils suivent une formation professionnelle afin de voler de leurs propres ailes une fois l'âge de la majorité frôlé. Mais si cela ne tenait qu'à eux, 16 ans et moins, tous opteraient pour une formation professionnelle afin d'accéder dare-dare, au milieu du travail. Car malgré leur jeune âge, ces enfants n'ont qu'une idée en tête, ancrée jusqu'à l'obsession : décrocher un job et envoyer de l'argent à la famille. Sur leurs frêles épaules, ils portent le fardeau de la famille laissée au Maroc. D'ailleurs, tous ont mis leur vie en danger pour ce seul et unique objectif. D'où cette impatience d'atteindre 16 ans afin de s'affranchir des études et d'entamer des formations professionnelles, tremplin vers l'indépendance. «Ces jeunes ont l'apparence d'un enfant mais les préoccupations d'un père de famille», dit non sans un rien de tristesse, Farid Boutchicha, l'un des cinq éducateurs du centre.
Une fois franchi le seuil du centre, remis aux soins des éducateurs, ces mineurs sont traumatisés en apprenant qu'ils ne peuvent pas exercer une profession dans l'immédiat. Tous rêvent de la première paie transférée au bled, pour la famille qui ne cesse de réclamer une aide matérielle à cet enfant sacrifié pour le bien du reste de la smala. Car si certains ont fugué, d'autres ont été poussés par leur propre entourage. «Nous avons constaté un certain changement dans le profil des immigrés mineurs. Avant, ils étaient tous des enfants de la rue. Aujourd'hui, ils proviennent de familles liées sur le plan affectif et ayant des attaches solides entre leurs membres. Certains parents veulent que leurs enfants jouissent d'un avenir meilleur et accèdent à des opportunités d'éducation. C'est de la sorte qu'ils permettent que leurs enfants initient ce périlleux périple», affirme sans ambages la gestionnaire du centre. La responsable assure qu'elle a eu affaire à des enfants dont le projet migratoire a été initié par les parents, lesquels n'hésitent pas à s'endetter pour pouvoir payer un voyage à bord d'une patera pour ce bouc émissaire. Cette pratique cache de hauts risques, ce qui pousse cette directrice à tirer la sonnette d'alarme. «L'âge des mineurs qui débarquent est de plus en plus jeune. On assiste à l'invasion d'une vague de mineurs d'à peine 12 ans. Ces enfants avant d'arriver en Espagne errent dans les ports de Tanger des mois et des mois en attendant l'opportunité de pouvoir immigrer. Durant ce temps, ils se convertissent en enfants de la rue et souvent, ils sont exploités par des réseaux de drogue ou de prostitution».
Echec et mat
À 14 heures, les collégiens retrouvent le chemin du centre où un plat chaud les attend. Les apprentis passeront toute la journée dans les ateliers de formation. Le soir, la maison retrouve la vie. À l'heure du goûter, tous les enfants taillent une bavette autour d'un thé à la menthe, des biscuits et des olives noires trempées dans l'huile d'olive. Originaires de Béni Mellal, Khouribga, Tanger, Meknès... les barrières linguistiques s'effacent entre eux. Une certaine complicité se dégage. Normal. Les éducateurs, les résidents, la cuisinière... représentent pour eux une famille de substitution. C'est avec ce petit monde qu'ils célèbrent leurs petites joies, partagent les fêtes religieuses, confient leurs angoisses. Une fois la table débarrassée, Farid procède à la distribution des tâches ménagères. Mehdi s'occupera de la vaisselle, Hassan et Omar passeront la serpillère, quant à Othman et Hamid, ils se chargeront de nettoyer les deux salles de bain. Les petites mains s'activent pour tirer profit du temps libre avant l'heure du dîner. Au petit salon, certains resteront enveloppés dans des couvertures pour se parer contre le froid et apprécier la rediffusion d'un match de foot. D'autres surfent sur le net. Ali se met sur son trente-et-un et s'en va faire un tour du côté d'une boutique gérée par un Marocain. Chaque semaine, les adolescents reçoivent 10 euros comme argent de poche. Même si le centre leur permet d'appeler leur famille deux fois par mois, certains utilisent une partie de cet argent pour maintenir le contact téléphonique avec les leurs, seule remède susceptible d'apaiser les feux de la nostalgie.
Si le Maroc leur manque ? «Enormément. Ma mère s'effondre à chaque fois que je l'ai au bout du fil. Je m'efforce de me retenir mais des fois je craque aussi», répond Kamal, la voix nouée. Lui veut devenir cuisinier, comme Rachid et comme le reste de ses compagnons d'infortune. Pour eux, c'est la voie express vers un avenir professionnel moins hasardeux et confortablement rémunéré. Tous ont un rêve commun : décrocher les papiers de résidence à 18 ans pour rentrer au bled des cadeaux plein les bras. Certains y sont parvenus, cahin-caha. D'autres, attirés par l'appât du gain facile, y ont laissé leur peau. L'eldorado a bel et bien changé d'adresse.
Maison des grands
Quelle vie après le centre ? À 18 ans moins un jour, le résident est sommé de vider les lieux. Il n'est plus considéré comme mineur et les lois des adultes s'appliquent à lui. Auparavant chouchouté et dorloté, à présent l'enfant est devenu un homme. Lâché dans la nature, il doit affronter le monde réel. Une situation à laquelle certains ne font pas face. Dans certains centres, le staff technique maintient le contact avec son ancien protégé. Si l'immigré a déjà un travail, ses éducateurs l'aident à louer un appartement et l'épaulent dans sa démarche.
Les moins fortunés sont placés dans des maisons de majeurs. Malheureusement, ces petits centres sont d'une capacité d'hébergement très limitée (6 personnes au grand maximum).


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