Désormais moins assujettie aux aléas du secteur agricole, l'économie nationale poursuit sa progression en dépit du recul marqué du secteur primaire. Portée par les services, la poursuite des chantiers d'infrastructure et une demande intérieure relativement solide, la croissance parvient à maintenir son élan. L'investissement brut, en hausse de 15,3 %, confirme son rôle moteur dans la dynamique actuelle. L'émancipation progressive du produit intérieur brut vis-à-vis du secteur agricole, longtemps exposé aux caprices climatiques, s'affirme désormais trimestre après trimestre. C'est l'une des principales tendances qui se dégage des comptes nationaux du quatrième trimestre 2024, publiés par le Haut-Commissariat au Plan. Ceux-ci confirment un ralentissement de la croissance, qui trouve désormais ses appuis hors du champ agricole. Pourtant, la contraction du secteur primaire s'avère particulièrement marquée. En recul de 4,7 %, sa valeur ajoutée pâtit d'un net repli de l'activité agricole, estimé à 4,9%. Seule la pêche affiche une légère embellie de 0,8%, après un effondrement de 19,2% une année auparavant. La contribution du monde rural à la dynamique globale demeure ainsi marginale, sans pour autant compromettre l'élan général. Le tertiaire à la rescousse Ce sont les activités secondaires et tertiaires qui assurent l'essentiel de la progression. L'industrie, bien qu'en phase de décélération, conserve un rythme de croissance non négligeable. Au terme du quatrième trimestre 2024, le secteur secondaire dans son ensemble progresse de 4,9%, contre 6,9% un an plus tôt. Le ralentissement est notable dans les branches extractives et manufacturières, qui enregistrent respectivement une hausse de 6,5% et 3,7%, après des hausses de 16,1% et 7,4% un an auparavant. Cette baisse de régime est compensée par une nette accélération dans les travaux publics, qui progressent de 7%, après 2,9%, tout comme les services liés à l'eau, à l'énergie et à l'assainissement, en hausse de 5,7%, après 3,6%. La poursuite des investissements dans les projets de dessalement d'eau de mer contribue à cette dynamique. Autant de signaux qui traduisent la relance des chantiers d'équipement et la stabilité de la demande en services de base. Le secteur tertiaire, quant à lui, poursuit sa montée en puissance. Sa valeur ajoutée augmente de 4,2%, après 3,3% un an plus tôt, portée par le regain d'activité de plusieurs composantes clés. L'hébergement et la restauration, stimulés par une bonne saison touristique, affichent une progression spectaculaire de 12,8%, bien au-delà des 8,2% enregistrés l'année précédente. Les services rendus par l'administration publique connaissent également un net rebond, passant de 1% à 3,9%. Le commerce et la réparation de véhicules gagnent en vigueur avec 3,1%, contre 1,8% auparavant. Les services de l'éducation, de la santé et de l'action sociale progressent à 2,7%, contre 1,5% un an plus tôt. Certains segments, toutefois, marquent le pas. Les services financiers ralentissent à 4,3%, après 5,5%, tout comme l'information et la communication, à 2%, après 4,3%, et les services immobiliers, à 1,9%, après 3,3%. Une forme d'atonie semble affecter les activités à plus forte intensité technologique ou spéculative. Ce sont donc les activités non agricoles dans leur ensemble qui soutiennent l'économie, avec une croissance de 4,4%, très légèrement supérieure aux 4,3% observés un an plus tôt. En y ajoutant la hausse de 6,7% des impôts nets de subventions sur les produits, le PIB global en volume progresse de 3,7%, ce qui témoigne d'une certaine robustesse du tissu productif. Ralentissement de la demande La demande intérieure, moteur traditionnel de la croissance, donne néanmoins des signes d'essoufflement. Sa progression en volume passe de 8,1% à 7,6%, un ralentissement modéré mais significatif. Selon les données du HCP, les dépenses de consommation finale des ménages augmentent de 4,1%, contre 5,1% un an auparavant, réduisant leur contribution à la croissance à 2,6 points, après 3,2 points. Cette évolution reflète une érosion du pouvoir d'achat, malgré un environnement de prix relativement contenu. La consommation des administrations publiques, en revanche, progresse de 4,8%, nettement au-dessus des 3% observés fin 2023, portant sa contribution à 0,9 point. Ce regain témoigne d'un soutien budgétaire actif. L'investissement brut, qui regroupe la formation brute de capital fixe, la variation des stocks et les acquisitions nettes d'objets de valeur, enregistre une hausse robuste de 15,3%, légèrement en deçà des 16,6% de l'année précédente. Sa contribution à la croissance demeure élevée, à 5,4 points, confirmant son rôle de pilier dans la dynamique actuelle. Les échanges extérieurs, en revanche, continuent de peser sur la croissance. Les importations de biens et services bondissent de 15,6%, bien au-delà des 12,5% enregistrés un an plus tôt. Cette poussée se traduit par une ponction de 9 points sur la croissance, contre 7,7 points précédemment. Les exportations progressent également, à hauteur de 9,2%, après 5,5%, et contribuent positivement à hauteur de 3,8 points. Un niveau insuffisant toutefois pour contrebalancer l'effet d'aspiration des importations. In fine, la contribution nette du commerce extérieur reste négative, à moins 5,2 points, confirmant l'aggravation du déséquilibre structurel de la balance commerciale. Tensions inflationnistes Sur le front des prix, les dernières données confirment un ralentissement de l'inflation. En valeur, le produit intérieur brut progresse de 6,2%, contre 8,4% un an auparavant. Ce ralentissement traduit une hausse modérée du niveau général des prix, limitée à 2,5%, bien en deçà des 4,2% observés à la même période en 2023. Cette décélération laisse entrevoir un retour progressif à la normale, malgré des tensions persistantes sur les coûts d'importation. Derrière ce répit conjoncturel, les fragilités structurelles demeurent. Sur le plan du financement, la dynamique reste préoccupante. Le revenu national brut disponible n'augmente que de 5,8%, un rythme jugé insuffisant au regard de l'ampleur des besoins. L'épargne nationale progresse timidement, atteignant 28,8% du PIB, tandis que l'investissement franchit un nouveau seuil, à 32%. Ce déséquilibre accentue le besoin de financement de l'économie, qui passe de 1,4% à 3,2% du PIB en l'espace d'un an. Une dérive qui, à terme, pose la question de la soutenabilité du modèle de croissance. Si l'économie nationale révèle une capacité d'adaptation certaine, cette transition s'opère toutefois au prix d'une dépendance accrue aux équilibres extérieurs. Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ECO