Pourquoi le Maroc a-t-il réussi la libéralisation de certains secteurs, alors que sur d'autres, la timidité des avancées est à la limite de l'intolérable ? Pourquoi dans le secteur des télécommunications, l'heure est plus que jamais à la concurrence, presque pure, presque parfaite et que dans celui de l'électricité, on attend toujours l'arrivée de producteurs, de transporteurs et de distributeurs, autre que l'Office national de l'électricité ? Pourquoi, le secteur de l'huile a-t-il si bien réussi la suppression de l'encadrement des prix, alors que dans la libéralisation du sucre, il est remis au lendemain ? Pourquoi enfin, le thé est plus l'objet du monopole que n'était l'Office National du thé et du sucre, et que le tabac doit attendre encore quelques années avant que les propriétaires de marques étrangères ne puissent distribuer leurs propres produits manufacturés par eux-mêmes ? Ce sont autant de questions qui se posent, mais dont la réponse est moins évidente. Certains constats fournissent des éléments d'explications, mais ils ne disent pas tout. D'abord prenons l'exemple des télécommunications qui est le symbole même de la réussite de la politique de libéralisation. Maroc Telecom, devenue société anonyme, soumise à l'obligation de résultat et face à un concurrent agressif a dû s'adapter au grand bonheur des consommateurs. Sachant que l'électricité est très comparable aux services des télécommunications, on a du mal à comprendre pourquoi si peu d'avancées ont été enregistrées vers la libéralisation. Il était question, de scinder l'ONE en deux entités, un régulateur sous forme d'agence et une société anonyme qui serait en concurrence avec d'autres producteurs privés, des transporteurs, mais également des distributeurs pour les clients industriels haut de gamme. Bien entendu, il n'a jamais été question de jeter le consommateur en pâture aux loups. Les ménages n'ayant pas de pouvoir de négociations, continueraient à avoir des concessionnaires devant respecter un cahier des charges rigoureux et si besoin, continuer à bénéficier de subventions. Pour le secteur de l'huile également, on a pu constater une véritable réussite. Au grand bonheur des consommateurs, les prix ont baissé au début, puisque les raffineurs ont pu répercuter les cours bas de l'huile brute. Cependant, beaucoup de choses ont changé depuis. Le producteur de bio-carburant a créé une tension sur l'offre, alors que l'augmentation des besoins a intensifié la demande mondiale. Du coup, certains préconisent un retour à la subvention, afin d'atténuer l'impact de la hausse vertigineuse des cours des matières premières sur les prix de vente aux consommateurs. La Cosumar qui réclamait la poursuite de la libéralisation a dû changer de fusil d'épaule, notamment, après avoir acquis une situation de monopole. On pourrait beau l'accuser de vouloir prêcher pour sa paroisse, on est forcé de reconnaître qu'avec la tournure prise par les marchés internationaux, le Maroc a bien raison de protéger les agriculteurs producteurs de betterave. Il en est de même des tabaculteurs, comme il devrait en être pour les producteurs de tournesol, et demain des biocarburants. n