Sitôt relancée, la nouvelle dynamique rectifiée de la mise en œuvre de l'INDH qui mobilise plus de 3 milliards de DH en 2008, que voici le Premier ministre s'intéresser à un autre secteur social des plus sensibles : la réorganisation et la transparence du système de santé dans le Royaume. Après avoir donné le feu vert à la stratégie 2008-2012, Abbas El Fassi ouvre le débat sur la vision 2020 en revendiquant une carte sanitaire équitable et équilibrée entre toutes les régions du pays. C'est vrai que les dysfonctionnements du système national de soins sont un secret de polichinelle pour le commun des Marocains, mais il est tout de même rassurant de constater que le chef du gouvernement en est, non seulement conscient, mais qu'il exhorte toutes ses troupes à vaincre le signe indien qui fait que toutes les réformes initiées dans ce secteur sont restées sans suite significative. En particulier, le leader istiqlalien a donné la priorité absolue à la lutte contre la mortalité maternelle et infantile dont il faudra enrayer le fléau par tous les moyens. Ce coup de maître, le chef de la primature l'a réussi en réunissant des acteurs professionnels de la santé qui ne s'étaient plus regroupés depuis belle lurette en se contentant de jouer leur rôle d'intervenants «en solo» sans coordination ni synergie d'actions complémentaires. Et ces derniers sont les premiers à le reconnaître : «cela fait bien longtemps que les Ordres de médecins et pharmaciens, les industriels du médicament, les institutionnels de la santé à tous les niveaux de la pyramide, les CHU, les cliniciens privés, les professeurs universitaires et les associations professionnelles, ne s'étaient retrouvés pour échanger ensemble sur les perspectives de l'avenir». Politique d'une santé «égalitaire» entre les régions Il ne saurait y avoir de stratégie efficiente, sans le plein exercice du droit à la santé pour tous et il ne saurait y avoir d'application de ce principe universel sans une mobilisation tous azimuts de tous les acteurs et partenaires publics, privés et associatifs, pour traduire les politiques dans les faits. C'est d'ailleurs le mot d'ordre fédérateur et mobilisateur qu'a lancé le Premier ministre au colloque national sur la stratégie de la Santé 2008-2012 : «Ensemble pour le droit à la santé». Abbas El Fassi a insisté sur deux directives gouvernementales à mettre en œuvre dans les meilleurs délais dans un souci d'efficacité et de proximité. Primo, le chef nationaliste a appelé à l'élaboration d'une «carte sanitaire nationale en mesure de réduire substantiellement les disparités entre les différentes régions en matière d'offre et de qualité de soins». Cet impératif, bien pris en charge par sa ministre Yasmina Baddou, devra se traduire par une initiative collective et participative apte à «corriger les anomalies inhérentes à l'organisation et à la coordination, en prenant en ligne de mire les besoins essentiels de chaque région du pays». Deuxio, Abbas El Fassi a incité à une «nouvelle politique nationale du médicament, claire et transparente et qui devra faire de la subvention des médicaments relatifs aux maladies de longue durée et de la distribution rationnelle, ses deux priorités». mais le souci majeur du Premier ministre est «la généralisation, dans les meilleurs délais, de la couverture médicale et sanitaire devant s'étendre à toutes les couches de la société», un objectif vers lequel tendent les nouveaux systèmes de prise en charge que sont l'AMO couvrant 30% de la population et le RAMED pour les indigents. Les valeurs fondatrices de la vision 2020 Mais il faudra encore plus, insista El Fassi qui a, notamment, préconisé de doter les établissements hospitaliers régionaux en équipements nécessaires afin de libérer les CHU de la pression croissante de la demande en soins. Sans oublier la nécessité d'une prise en charge intégrée des pathologies de longue durée et des affections graves, pour soulager le patient des franges démunies ou ceux en difficulté de ressources des coûts et des frais onéreux de traitement et d'interventions chirurgicales, de greffes et autres. C'est dans cet esprit que les responsables publics et leurs partenaires s'affairent depuis 2006 pour finaliser une stratégie à très long terme, déclinée en «Vision Santé 2020» dont les valeurs fondatrices sont portées par l'équité, la solidarité, la participation et la responsabilité. Ce processus de réflexion piloté par Yasmina Baddou a été enrichi par la contribution appréciable de grandes sommités professorales marocaines, des consultants de référence, les présidents des Ordres professionnels de santé, les doyens des facultés de médecine, de pharmacie et de soins dentaires, les ministères concernés, les dirigeants des syndicats du secteur affiliés à l'UMT, UGTM, CDT, UNMT et FDT, les responsables de l'Alliance nationale médicale, des cliniques privées et de l'industrie pharmaceutique, ainsi que des acteurs de la société civile active dans le créneau (Cancer, Sida, Croissant Rouge, Protection de l'enfance…). L'étape transitoire vers l'horizon 2020 passe par la concrétisation des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement 2015 de l'ONU) qui stipule la réduction des deux tiers des taux de mortalité infantile, la compression aux trois-quarts des décès maternels, la limitation de la propagation du VIH/SIDA et la maîtrise de la tuberculose et l'inversion de sa tendance actuelle. La vision 2020 s'attache à résoudre les problématiques du financement de la santé et de la couverture solidaire du risque maladie dans le Royaume. Les axes stratégiques de cette vision ciblent le renforcement des actions de prévention et la consolidation des programmes de lutte contre les maladies transmissibles, chroniques et dégénératives. L'amélioration de l'accès équitable aux soins et la résorption du déficit des personnels de soins, sont deux autres vecteurs à ne pas négliger. Pérenniser les acquis de la couverture médicale de base (CMB), stimuler la bonne gouvernance du secteur, garantir l'accessibilité et la disponibilité sécurisée du médicament, ainsi que l'encouragement à la recherche médicale et sanitaire, bouclent les axes de la stratégie 2020.