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Finances publiques : L'exacerbation du piège de la dette
Publié dans Finances news le 30 - 05 - 2013

Le professeur Najib Akesbi bat en brèche certaines idées reçues concernant la problématique de l'effet d'éviction provoqué par l'endettement public au Maroc. Il démontre dans le même temps l'effet mécanique du déficit budgétaire sur l'accroissement de la dette, tout en mettant en évidence les conditions de plus en plus difficiles pour l'Etat de financer cette dette.
Finances News Hebdo : On observe ces dernières années une prédominance de la dette intérieure sur la dette extérieure et un manque de liquidité bancaire criant combiné au taux de financement à l'économie qui décélère. Vu le niveau d'endettement jugé préoccupant, qu'en est-il de son impact sur l'effet d'éviction des entreprises ?
Najib Akesbi : Il faut bien savoir que la question de l'effet d'éviction est une chose très relative. Il n'y a pas d'effet d'éviction dans l'absolu. Tout dépend de la situation. Je vous donne un exemple. Il y a quelques années, il y avait une situation de surliquidité au Maroc. L'Etat s'endettait à partir du marché intérieur. Mais il y avait aussi des ressources qui venaient de l'extérieur, aussi bien sous forme de transferts des MRE, du tourisme, des IDE. De sorte que ces ressources venant de l'extérieur et converties dans l'économie intérieure créaient une situation de surliquidité. Face à une demande de crédits d'investissement du secteur privé qui était insuffisante, l'Etat pouvait s'endetter assez fortement sans pour autant provoquer un quelconque effet d'éviction. Il empruntait tout en ne créant pas pour autant une situation de pénurie de liquidité sur le marché intérieur ou d'insuffisance de ressources pouvant provoquer une hausse des taux d'intérêt. Aujourd'hui, la situation a bien changé au niveau des fondamentaux qui alimentent les liquidités. Il y a un problème de liquidité, d'abord parce qu'il y a une réduction des ressources externes en relation avec une forte pression du déficit extérieur. Le déficit de la balance commerciale atteint 200 Mds de DH en 2012, soit 23 à 24% du PIB, ce qui est considérable. A cela s'ajoute la baisse des IDE, des transferts des MRE et des recettes de tourisme. De sorte que le déficit de la balance des paiements pour sa part atteint près de 10% du PIB.
Là est le problème principal, avant qu'il ne soit question d'action de l'Etat sur le marché, dans un sens ou dans l'autre. Car, Il y a déjà un problème de liquidité avant même que l'Etat n'intervienne sur le marché. Le fait que celui-ci sollicite l'emprunt intérieur dans une telle situation aggrave, sans doute, le problème de manque de ressources, mais je ne pense pas que «l'effet d'éviction» soit d'abord lié à l'intervention de l'Etat. Autrement dit, pour autant qu'une «éviction» quelconque puisse être établie, je crois qu'elle serait d'abord liée au déficit des ressources qui ont alimenté jusqu'à présent notre marché local, et l'effet de l'intervention de l'Etat vient ensuite. Il faut savoir qu'aujourd'hui, Bank Al-Maghrib est obligée d'alimenter régulièrement le marché intérieur de dizaines de milliards de dirhams parce que le flux de ressources à même d'alimenter les rouages de l'économie est notoirement insuffisant.
C'est cette insuffisance qui rend incontournable le recours, à court et même à moyen terme, à l'endettement cette fois externe, car le besoin de ressources est en devises. L'Etat a un besoin vital de s'endetter en devises, à la fois pour redresser le niveau des reserves de change (conséquence de la dégradation de la balance des paiements) et pour alimenter l'économie en liquidités. Il faudrait faire la balance, en disposant des statistiques appropriées, entre d'une part l'Etat qui sollicite le marché intérieur pour s'endetter, et d'autre part l'Etat qui s'endette à l'extérieur pour ramener des liquidités sur le marché national. Franchement, je ne crois pas que, dans l'histoire économique du Maroc, on compte beaucoup de périodes où cet «effet d'éviction» ait joué pleinement et constitué un facteur de découragement de l'investissement privé, comme certains veulent nous le faire croire.
F. N. H. : A travers les chiffres que vous avez présentés, à savoir que l'endettement intérieur représente 80% de la dette publique, alors que la dette extérieure en représente 20%, que répondez-vous aux gens qui estiment que le Maroc a encore de la marge sur le marché extérieur pour l'endettement ?
N. A. : Là n'est pas le problème. Les capitaux existent en abondance sur les marchés internationaux. Le problème ne réside pas dans leur disponibilité, mais dans les conditions d'accès à ces capitaux. Il réside surtout au niveau des conditions dans lesquelles le pays se présente aujourd'hui sur le marché international. Est-ce que les conditions de l'économie marocaine, et plus généralement du contexte politique du pays sont ou non favorables ? N'oublions pas que les agences de notation et le FMI observent la situation du pays, dans les domaines économique, financier, social et naturellement aussi politique. Tout cela contribue à façonner une opinion que l'on se fait du pays, ce que l'on synthétise quelques fois sous l'expression de «climat d'investissement» ou «climat des affaires».
Et c'est cette appréciation globale que l'on se fait du Maroc qui va se traduire en «note», en rating... Il en découlera très concrètement, et au-delà du niveau du taux d'intérêt lui-même, une «prime de risque» plus ou moins élevée. Malheureusement, personne ne peut sérieusement considérer que ce contexte politique, économique et social est favorable, du moins assez pour l'obtention d'une faible prime de risque. Au contraire, chacun peut constater que l'évolution est plutôt défavorable actuellement et ne permet pas d'être optimiste. En définitive, force donc est de constater que l'Etat est obligé de : 1. S'endetter; 2. S'endetter sur les marchés internationaux (en devises) ; 3. S'endetter dans des conditions défavorables, ce qui ne peut qu'aggraver l'enlisement dans la spirale de l'endettement et verrouiller «le piège de la dette».
F. N. H. : Avec le déficit budgétaire qui se creuse de plus en plus, quel lien faites-vous entre celui-ci et la dette actuelle du Maroc?
N. A. : Le déficit budgétaire signifie concrètement que quand l'Etat regarde ses ressources d'un côté et ses dépenses de l'autre, il s'aperçoit de l'insuffisance des premières pour assurer le financement des secondes. Et pour pallier cette insuffisance, il se tourne alors vers l'endettement, sur le marché intérieur en émettant des bons du trésor. Ou alors il va sur le marché international ou encore auprès des organismes financiers internationaux pour se procurer les ressources dont il a manqué. Dans le cas actuel du Maroc, le déficit de ressources vient avant tout de celui des ressources fiscales qu'un système fiscal inéfficace et injuste ne permet plus de collecter correctement. Ce déficit est d'autant plus lourd de conséquences que le Maroc n'est pas un pays qui peut se targuer de disposer de ressources extra-fiscales significatives, comme cela aurait pu être le cas si nous disposions d'une «rente pétrolière», par exemple. C'est donc parce que les ressources fiscales et extra-fiscales sont de plus en plus défaillantes, et en tout état de cause s'avèrent insuffisantes, que l'Etat est acculé à solliciter l'emprunt. C'est pour cela qu'il y a une relation étroite entre la réforme fiscale et l'endettement. C'est le «défaut» de réforme fiscale qui conduit à l'excès d'endettement... C'est quand l'Etat ne «veut» ou ne «peut» réformer réellement le système fiscal lui permettant de se procurer ses ressources «propres» (ressources fiscales) qu'il est contraint de se jeter dans les bras des créanciers.
F. N. H. : On observe un consensus qui s'agrège de plus en plus au niveau national prônant le désengagement de l'Etat quant à sa garantie de la dette extérieure des établissements publics. Les tenants de cette thèse se basent sur le fait que ces établissements jouissent d'une bonne santé financière leur permettant d'emprunter sur les marchés internationaux. Quel est votre avis sur la question ?
N. A. : Cette question renvoie à la problématique de la gestion de la dette d'une part, mais d'autre part la réponse pourait être simple : ce sont les créanciers sollicités qui imposent leurs conditions. Tant qu'ils peuvent exiger de l'Etat demandeur sa garantie des dettes extérieures des établissements publics (ONE, RAM, ONCF, etc.), on ne voit pas pourquoi ils se gêneraient! Et ce, quelle que soit la solidité financière intrinsèque de ces entreprises publiques. Il s'agirait en fin de compte d'un surcroît de précautions et de gages pour les bailleurs de fonds internationaux. C'est encore une fois le rapport de force déséquilibré qui autorise de telles conditionnalités. Quand nous tendons la main, nous prenons ce qu'on veut bien nous donner, aux conditions qu'on veut bien nous imposer...


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