Malgré l'interdiction persistante de toute mobilisation publique en vigueur depuis mars 2021, plusieurs centaines de partisans de la Harakat Moudjtamaa As-Silm (HMS), principale formation islamiste d'opposition en Algérie, se sont réunis vendredi devant le siège du parti à Alger, pour dénoncer les exactions israéliennes contre la population palestinienne et pointer le mutisme des capitales arabes face à la tragédie en cours à Gaza. Encadré de manière serrée par un important dispositif sécuritaire, le rassemblement s'est déroulé dans un périmètre strictement délimité, tandis que les manifestants brandissaient des pancartes fustigeant les «massacres de masse» à Gaza et exigeaient la fermeture de l'ambassade des Etats-Unis à Alger, accusée d'alignement systématique sur la politique israélienne. Dans une allocution aux accents graves, Abdelaali Hassani Cherif, président de la HMS, a mis en garde contre les conséquences du silence régional : «L'inertie arabe et islamique face à l'agression israélienne constitue une défaillance historique, dont les répercussions ne s'arrêteront pas aux frontières de Gaza», a-t-il averti. Et d'ajouter : «Le projet sioniste poursuit son extension, du Liban à la Syrie, et pourrait à terme embraser d'autres nations. Il est urgent de se redresser avant que le désastre ne devienne irréversible.» Une frange des personnes a tenté d'initier une marche vers le centre-ville en coupant brièvement la parole au président de la HMS, mais les forces de l'ordre ont rapidement contenu cette tentative de débordement, confirmant l'application rigoureuse de la décision d'interdiction des manifestations, en place depuis l'éclipse du Hirak. Des mobilisations semblables ont eu lieu dans plusieurs wilayas du pays : à Jijel, Sétif, Oran, Constantine, Annaba, Mascara, Mostaganem, Ouargla et Oued Souf, où des militants associatifs et des citoyens ont exprimé leur solidarité avec Gaza, dans le cadre de veillées et de rassemblements coordonnés. À la veille de la fête de l'Aïd, des sources diplomatiques laissent entendre qu'Alger œuvrerait discrètement à la convocation d'une réunion arabe exceptionnelle consacrée à la situation en Palestine, sans qu'aucune annonce officielle n'ait pour l'heure été formulée. Depuis octobre 2023, une seule marche — tenue sous l'égide du Conseil national de la société civile (CNSC), instance consultative rattachée à la présidence — a été tolérée par les autorités, illustrant le verrouillage persistant de l'espace public algérien.