Certains experts rompus aux subtilités de la politique monétaire estiment que la compétitivité de l'économie nationale est tributaire de la valeur du Dirham. Toutefois, certaines interrogations relatives au taux de change persistent toujours. Au cours des dernières décennies, l'économie nationale a été marquée par une profonde libéralisation pour s'arrimer à l'évolution des économies des principaux partenaires du Royaume. Les politiques de change n'étaient évidemment pas réfractaires à cette mouvance vers plus d'ouverture. C'est dans ce contexte que les autorités monétaires ont essayé d'opérer un arbitrage entre une monnaie faiblement volatile et des mésalignements (sur/sous évaluation) limités. Le Maroc avait alors opéré le choix d'ancrer le Dirham à un panier de monnaies. Cet ancrage à des monnaies plus fortes, comme l'Euro, offre l'avantage de lutter contre l'inflation et d'éviter les risques d'une dette extérieure trop lourde, et surtout lorsque celle-ci est libellée en euros, comme c'est le cas maintenant (76% de la dette extérieure sont libellés en euros). Cette stratégie offre en outre l'avantage de limiter la volatilité des taux de change avec ses effets perturbateurs sur les flux commerciaux et sur les IDE (8 milliards de DH en 2012). L'histoire nous enseigne aussi qu'il y a controverse chaque fois qu'une monnaie s'éloigne de ce qui est perçu comme son niveau d'équilibre. Qu'en est-il du Dirham actuellement ? Problématique interpellant un intéressement croissant Nul doute que l'apathie de la croissance, couplée au déséquilibre des finances publiques, a probablement facilité la remise en selle de la problématique du taux de change. Dans ce sillage, la question que se pose le HCP est de savoir si la politique de change actuelle menée par BAM est idoine, puisque, depuis 2007, la dette publique du Royaume est très largement constituée de l'emprunt intérieur. Le jeu en vaut-il la chandelle, si nous savons que le compte courant accuse un déficit abyssal de plusieurs milliards de DH et que le taux de couverture des importations par les exportations est seulement de 48,2% en 2012 ? Certains monétaristes estiment que les objectifs que s'assigne la politique de change actuelle sont loin d'être atteints, hormis la lutte contre l'inflation. Pourtant, il est avéré qu'une mauvaise utilisation de cette politique peut conduire à des conséquences préjudiciables si elle se traduit par une surévaluation du Dirham. Car les industries locales seraient obligées de réduire leurs marges si les prix de leurs produits sont fixés au niveau mondial. Cette réduction de marges est insoutenable à long terme pour leur activité. A ce titre, le HCP suggère une dépréciation du taux de change nominal et tire la sonnette d'alarme sur le renchérissement des coûts de production des entreprises. Certaines questions, que les experts considèrent légitimes, se posent et suscitent un engouement croissant. A savoir : quelle est la pertinence du choix actuel d'ancrer le Dirham à un panier de monnaies marqué par la prééminence d'un Euro jugé trop fort ? Cette politique de change «prudente» menée jusque-là est-elle judicieuse, vu la nouvelle configuration de l'économie nationale ? Un antagonisme marqué Pour certains, le manque de compétitivité des exportations et de dynamisme de l'économie pose le problème de la valeur actuelle du Dirham et de la politique de change suivie par le pays. D'autres observateurs font souligner qu'entre 1990 et 2000 déjà, le Dirham s'était apprécié de 22,5% vis-à-vis des pays de l'UE, ce qui a impacté la compétitivité de certains secteurs exposés (textile, habillement, etc.). Les plus orthodoxes suggèrent que le manque de compétitivité des produits nationaux devait pousser les autorités monétaires à dévaluer la monnaie depuis très longtemps. Mais pour eux, la priorité est accordée à la consolidation du système financier, la lutte contre l'inflation et l'allégement du poids de la dette. Aussi anachronique que cela puisse paraître, en dépit de tous les efforts déployés, on constate que la dette publique ne cesse de poursuivre inexorablement un trend haussier (plus de 60% du PIB actuellement). Il convient de rappeler qu'en 2001, une dévaluation de 5% avait été opérée pour refléter la fixité de l'économie marocaine à la zone européenne. Il faut admettre qu'un début de consensus s'amorce quant à l'idée de dévaluer le Dirham (dévaluation compétitive) dans l'optique de rétablir l'équilibre de la balance commerciale. Car la baisse de la valeur de la monnaie nationale provoque une hausse du prix des importations et une baisse du prix des exportations. Donc, à moyen terme, la baisse des prix à l'exportation doit accroître le volume des ventes, tandis que la hausse du prix des importations doit les décourager. Ce qui devrait a priori ramener l'équilibre de la balance commerciale. De là, on s'aperçoit qu'une monnaie faible permet théoriquement de soutenir la croissance du pays grâce à un avantage compétitif sur les marchés internationaux. A contrario, vu que le pays importe beaucoup plus qu'il n'exporte (total des importations en novembre 2012 : 348 Mds de DH, dont 95 Mds de DH pour l'importation des produits énergétiques et lubrifiants. Total des exportations à la même date : 167 milliards de DH), les pourfendeurs de cette dévaluation du Dirham allèguent, pour leur part, qu'une telle action serait plus nuisible pour l'économie nationale. Ce qui semble être corroboré par le fait que certaines importations sont quasi incompressibles au Maroc, comme le pétrole par exemple. Une dévaluation entraînerait dès lors des coûts de production considérables pour les entreprises qui répercuteront cet alourdissement des intrants sur leurs prix de vente. D'où le spectre du risque inflationniste qui se profilerait. A vrai dire, il est indéniable que la monnaie est un facteur structurant qui peut accroître la compétitivité d'un pays. Ce qui est conforté par le dernier rapport de l'OMC sur les statistiques en 2012 qui nous fait observer que parmi les trois grands pays exportateurs du monde, à savoir, la Chine (1er), les USA (2ème), l'Allemagne (3ème), les deux premiers pays qui caracolent en tête du classement ont des monnaies faibles par rapport à l'Euro. Ce qui, pour certains, devrait pousser les autorités monétaires à revoir la politique de change du Maroc.