«L'ignorance est mère de tous les vices». Boujeema Razgui, un chanteur marocain vivant au Canada l'a appris à ses dépens. Alors qu'il qui devait jouer à Boston, celui-ci a vu tous ses instruments de musique détruits par les agents de contrôle de l'aéroport John Fitzgerald Kennedy. Les contrôleurs ont cru que les flûtes et kawalas de l'artiste étaient du bambou frais, un bois qui n'a pas droit de cité dans le pays de l'oncle Sam pour des raisons sanitaires. Explications. Lorsqu'il s'est posé à l'aéroport John Fitzgerald Kennedy le 22 décembre dernier, Boujeema Razgui, chanteur qui est né et qui a grandi au Maroc, était loin de s'imaginer ce qui allait arriver à ses instruments de musique. Cet homme qui vit au Canada depuis 1987 avait voyagé avec 11 flûtes et 2 kawalas, deux instruments de musique fabriqués avec du bois et couramment utilisés dans la musique marocaine et moyen-orientale. Le lendemain de son arrivée à l'aéroport JFK, le flûtiste, membre de "Layaali Arabic Music" y retourne pour récupérer son sac à bagages en provenance de Madrid pour jouer à Boston. A sa grande surprise, il ne trouve aucun instrument de musique, mais un petit bout de papier expliquant que les objets ont été détruits parce qu'il est interdit de faire rentrer du bambou frais au Etats-Unis. Sur ce coup, les agents de la douane américaine ont vraiment montré leur carence en matière de culture. Ils ignoraient totalement qu'il s'agissait de matériels de musique. Les spécialistes agricoles du l'U.S. Customs and Border Protection (CBP) ont signifié dans une note que «le bambou frais est interdit d'entrer aux Etats-Unis pour empêcher l'introduction d'agents pathogènes de plantes exotiques». «Les cannes de bambou fraîches ont été saisies et détruites conformément aux protocoles établis pour prévenir l'introduction de pathogènes de plantes aux Etats-Unis», explique le CBP. «C'est comme s'ils avaient pris une partie de mon corps…» L'artiste n'en revenait pas et s'est plaint du fait que le CBP ne la même pas prévenu avant la destruction des flûtes et kawalas. Ces instruments détruits avaient une valeur «inestimable», a-t-il expliqué au Boston Globe. «C'est comme s'ils avaient pris une partie de mon corps». «Je les ai fait avec mes propres mains et je ne peux pas vivre sans eux», a-t-il déploré. «Il n'y avait rien que je pouvais faire», a-t-il ensuite ajouté. D'après Razgui, le bambou qu'il transportait a été séché et pouvait entrer légalement aux Etats-Unis. Donc, il était impossible de confondre ces instruments avec du bambou brut. L'artiste n'a pas apprécié le comportement des agents de douane. «J'ai fait cela pendant 26 ans - voyager avec les instruments et du matériel pour les fabriquer – et cela ne s'est jamais produit». «Ils ne m'ont jamais donné l'occasion de m'expliquer», a-t-il regretté. La communauté musicale s'indigne Suite à cet incident, le CBP ne s'est pas excusé et a signifié à Razgui qu'il n'était pas présent au moment de l'inspection. Selon Norman Lebrecht, un commentateur culturel basé à Londres, la communauté musicale est «indignée» par les agissements des agents de douane. «L'indignation est grande parmi ses amis musiciens», a-t-il expliqué. «Je ne peux pas penser que cette vilaine chose est arrivée, c'est stupide pour le gouvernement américain de faire priver cet homme des outils de son art et une grosse partie de sa vie», a fustigé, de son côté, un membre de Ensemble Noor cité par Lebrecht. Selon plusieurs sources concordantes, Razgui n'est pas le premier musicien à rencontrer des problèmes pour entrer aux Etats-Unis avec des instruments de musique. Ces artistes sont confrontés à plusieurs tracasseries pour fournir des documents juridiques décrivant la provenance des instruments tels que les pianos et guitares pour éviter la destruction ou la confiscation.