Plante médicinale très ancienne, l'éphédra a été utilisée au Maroc, dans des rites funéraires des Ibéromaurusiens. Au cours de la préhistoire, ces premiers chasseurs-cueilleurs d'Afrique du Nord l'auraient même employée à des fins thérapeutiques, selon une étude récente publiée par Nature. Des restes végétaux fossilisés découverts dans la grotte des Pigeons en témoignent. Pendant la période du Pléistocène tardif, l'éphédra a été utilisée à plusieurs fins, selon l'analyse de végétaux fossilisés trouvés dans des gisements archéologiques datant d'environ 15 000 ans dans la Grotte des Pigeons, dans le nord-est du Maroc. Publiés sur la revue scientifique Nature, les résultats d'une étude à ce sujet dévoile en effet les divers usages de ces arbustes non fleuris, connus des régions arides et semi-arides, dont l'histoire géologique remonte au Crétacé inférieur (il y a environ 120 à 125 millions d'années). Grâce à ses cônes charnus, qui protègent les graines et facilitent leur dispersion, l'éphédra est en effet riche en protéines et en graisses. Certaines communautés touaregs du Sahara, ou encore mongoles, s'en servent comment aliment. La plante est connue pour produire de grandes quantités d'alcaloïdes, en particulier d'éphédrine et de pseudoéphédrine, concentrés dans les tiges vertes, les racines et les cônes. Certains de ces composantes agissent comme vasoconstricteurs et stimulants. Traditionnellement, les alcaloïdes sont extraits en broyant et en faisant bouillir l'éphédra, pour la préparation de thé. Au Maroc, en Chine et dans d'autres pays, l'éphédra est depuis longtemps utilisée comme remède contre l'asthme, la congestion nasale et la fièvre. Au début du XXe siècle, l'éphédrine a été isolée et utilisée en Occident comme bronchodilatateur. En revanche, l'utilisation prolongée de cette plante a été liée à des problèmes cardiovasculaires, ce qui a conduit à son remplacement par de nouveaux traitements. Bien que l'éphédra soit désormais interdite dans de nombreux pays, l'intérêt pour l'étude de ses propriétés phytochimiques, pharmacologiques et toxicologiques est grandissant. La grotte des Pigeons de Tafoughalt, près de Berkane, a été habitée depuis plus de 100 000 ans jusqu'à environ 12 600 ans. Elle offre des conditions exceptionnelles pour la préservation des ossements animaux et humains, ainsi que des restes végétaux carbonisés. Des traces concentrées dans les sites funéraires de la grotte Entre 23 000 et 12 600 avant J.-C. environ, le site a abrité les Ibéromaurusiens, des chasseurs-cueilleurs originaires d'Afrique du Nord-Ouest, à la fin de l'âge de pierre. Ce groupe a utilisé des outils en pierre fins, avec des habitudes symboliques et des rituels traduisant un mode de vie spécifique, notamment par l'extraction de dents et ou encore par des coutumes funéraires élaborées. Sur ce site, les fouilles menées entre 2005 et 2015 ont révélé plusieurs sépultures à noyaux emboîtés, où des adultes et des nourrissons sont placés en position assise ou couchée au fond de la grotte. Parmi celles-ci se trouve la sépulture d'un adulte, âgé de 19 à 20 ans, désigné comme l'individu 1430. Sa tombe est l'une des plus riches parmi les découvertes récentes et la plus ancienne, selon la stratigraphie. L'étude souligne l'importance des fossiles d'éphédra carbonisés dans ce contexte funéraire. Ces restes sont en effet présents en abondance, dans les dépôts funéraires. Leur présence en quantités suggère un lien avec des rites funéraires ou thérapeutiques. Ces découvertes prouvent que l'utilisation des plantes médicinales remonte à la préhistoire et confirment leurs rôles symboliques, notamment lors des funérailles, revêtant une importance particulière pour les Ibéromaurusiens d'Afrique du Nord. Les chercheurs savent également que ces groupes ont pratiqué l'extraction des incisives, probablement un marqueur sur le passage de l'enfance à l'âge adulte. Ce usage impliquant des douleurs et des saignements importants, les herbes médicinales ont éventuellement eu un rôle dans le traitement. Selon un communiqué, cette découverte a été réalisée par une équipe de chercheurs de l'Institut national d'archéologie et des sciences du patrimoine (INSAP), composée notamment d'Ismail Ziani, doctorant à l'université de Las Palmas en Espagne, et d'Abdeljalil Bouzouggar, directeur de l'institut. L'équipe inclut également Louise Humphrey, chercheuse au Natural History Museum de Londres, Nicholas Barton, professeur-chercheur à l'université d'Oxford, Jacob Morales, professeur-chercheur à l'université de Las Palmas, ainsi que Hassan Talbi, professeur-chercheur à l'université Mohammed Ier d'Oujda.