Le principe de réciprocité tarifaire, une approche chère au président américain Donald Trump, qui émane de sa conviction que les Etats-Unis subissent une grande « injustice » tarifaire par rapport à ses partenaires commerciaux, entre en vigueur en ce mercredi. La réciprocité tarifaire globale sera appliquée dès le 2 avril, "pour éviter qu'elle soit prise pour un poisson d'avril", s'est-il amusé récemment, jugeant, sur un ton plus sérieux, que "de nombreux pays ont tiré profit des Etats-Unis pendant si longtemps, et ce ne sera plus le cas". Après avoir subi l'impact des droits de douanes contre le Canada et le Mexique, des tarifs de 25% sur l'acier et l'aluminium et des taxes de 20% contre la Chine, les marchés mondiaux s'apprêtent à une nouvelle onde de choc, que le président Trump a affectueusement baptisé Jour de Libération pour la première puissance économique du monde. Lire aussi : Le président Trump annonce des droits de douanes de 25% sur les importations automobiles "Ecoutez, c'est simple: Quel que soit le montant qu'ils nous facturent, nous le leur facturons. Donc, s'ils sont à 25 %, nous sommes à 25 %. S'ils sont à 75 %, etc", avait expliqué le président Trump lors de son discours d'investiture, le 20 janvier dernier. Depuis, "l'incertitude s'est emparée des marchés financiers", résume l'agence Bloomberg dans une analyse. En effet, les économistes ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance aux Etats-Unis, aujourd'hui établies à 1,8% en 2026, contre 2,3% en 2024 et 1,9% en 2025. Plusieurs banques centrales ont également été contraintes de prendre en compte l'impact inflationniste potentiel de la hausse des coûts d'importation. Perçus par l'administration Trump comme l'un des outils essentiels dans l'agenda dit MAGA, visant à Rendre à l'Amérique sa Grandeur, les droits de douane permettront, selon les responsables US, d'attirer les investissements étrangers, de revitaliser la classe moyenne, et de générer du revenu pour compenser la baisse prévue des impôts. Cependant, l'instrument tarifaire a déjà prouvé ses limites durant le premier mandat du président Trump. Dans un éditorial au titre révélateur: "Des tarifs réciproques ne provoquent que de la douleur réciproque", le Wall Street Journal rappelle que le Conseil économique américain avait lui-même admis en 2019 l'inefficacité des droits de douane. "Plutôt que de changer ses pratiques, la Chine a annoncé des droits de douane de rétorsion sur les produits américains", tout comme le Canada, l'Union européenne, le Mexique, la Russie et la Turquie, avait écrit le Conseil lors du premier mandat du président Trump. Alors qu'aucun détail n'a été divulgué sur la portée de la nouvelle politique tant les discussions au sein de l'administration sont toujours en cours, le président Trump a promis lundi dernier qu'il pourrait éventuellement "accorder des exceptions à de nombreux pays". "Je serai probablement plutôt indulgent que réciproque, car si j'étais réciproque, ce serait très dur pour les gens", a-t-il déclaré dans une interview. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent a, lui, indiqué qu'il s'agira de 15% des partenaires commerciaux des Etats-Unis. "Cela représente 15% des pays, mais une part énorme de notre volume d'échanges », a déclaré Bessent, qui a qualifié ces pays de "Dirty 15". Selon des données officielles, les Etats-Unis ont enregistré l'année dernière leurs plus gros déficits commerciaux avec la Chine, l'Union européenne, le Mexique, le Vietnam, Taïwan, le Japon, la Corée du Sud, le Canada et l'Inde, entre autres pays. Par ailleurs, une carte élaborée par le bureau du Représentant commercial des Etats-Unis divise les partenaires commerciaux en six catégories: ceux ayant un accord de libre-échange avec Washington; ceux dont les droits de douanes sont inférieurs aux tarifs américains; et les partenaires imposant des droits deux fois, entre deux et cinq fois, entre cinq et dix fois et ceux imposant des droits plus de dix fois supérieurs aux tarifs appliqués par les Américains. Quels que soient les pourcentages imposés ou les exceptions accordées par les Etats-Unis, le recours à la réciprocité ne peut qu'exacerber la guerre commerciale déjà en cours, avec ses conséquences sur les marchés mondiaux, soulignent les économistes. "Ce sera certainement une escalade", a déclaré à ABC News Mary Lovely, chercheuse principale à l'Institut Peterson d'économie internationale, estimant qu'à termes la réciprocité risque de hausser la valeur du dollar et sanctionner au passage les exportations américaines. En interne, les économistes s'accordent que l'augmentation des tarifs douaniers se répercutera certainement en hausse sur les prix d'un large éventail de marchandises, allant des produits agricoles à l'automobile. Les tarifs réciproques risquent d'augmenter les prix des biens importés de ces pays, puisque les importateurs répercutent généralement une partie de la charge fiscale sur les consommateurs, affirme Bloomberg dans son analyse.