Si l'esprit devait évaluer l'école, l'essentiel de sa mission, le plus important à transmettre impérativement, à ses sujets, il n'hésiterait point à épeler : lecture, écriture, calcul. Ces dispositifs, incrustés dans le commun des mortels, font de la boutique pédagogique, l'instance incontournable, l'instrument nécessaire pour décoder l'architecture des choses ordinaires du quotidien, ou en décrypter des plus complexes dans la vie. Ces distributions, de savoirs et de savoir faire, que partage la pensée sociale collective, s'affichent en première ligne des ordres du jour, liés aux préoccupations scolaires, soulignent les hautes valeurs de la vitrine pédagogique. Il est question de matières qui conditionnent tout le destin intellectuel, devenues les priorités dans le monde de l'enseignement / apprentissage, des fondamentaux. Lesquels fondamentaux de nos jours font l'objet d'importantes attentions, de débats, au plus haut niveau, en l'occurrence celui des décideurs de l'éducation, en divers pays. On affirme, sur la base d'enquêtes officielles, que les enseignants consacrent plus de la moitié du temps de la classe à ces composantes. Ces commandements, en raison de leur impact, se réjouissent de ces honorables prestiges, aussi bien en milieu pédagogique qu'en environnement extrascolaire. Cependant, l'espace classe, est loin d'être réduit aux fondamentaux. L'enceinte de l'action pédagogique couve bien d'autres rudiments, auxquels on n'accorde que peu ou pas d'intérêt. Il s'agit en l'occurrence de substances tout autres que ces habituelles préoccupations. Des procédés qui contribuent à la personnalisation, au dynamisme et à l'initiative, à l'édification harmonieuse du sujet apprenant, à sa plénitude. Ces ingrédients de bien être, couramment marginalisés, méritent pourtant autant, si ce n'est davantage d'attention, ainsi qu'une plus grande considération. Ces valeurs vitaliseraient inéluctablement toutes les acquisitions scolaires. Une classe, pas un lieu de gavage Une gestion de classe qui se respecte est celle qui ne perd pas de vue certaines dimensions à forte valeur ajoutée, ressources dont un sujet, en plein essor, a aussi besoin. La vie d'une classe n'est pas seulement un lieu de gavage de recommandations, servies machinalement à un public. La salle de classe et l'arbre pédagogique institutionnel, auraient de meilleurs produits, s'ils étendaient leurs branches vers davantage d'horizons, ceux favorisant l'épanouissement, le bien être du sujet apprenant. L'art du savoir pédagogique ne consiste pas seulement à disposer de l'habileté à réguler, à rythmer le masticage des ressources ou à programmer, mais aussi à aider à l'aisance de l'être, à l'autonomie de l'imagination, à la personnalisation individuelle. Qui peut mieux que la sphère pédagogique construire la souplesse de l'expression, amener à la confection de sa propre parole ? Prêcher pour cette voie de bien être, c'est vouloir réveiller les voix qui sommeillent dans ces jeunes apprenants, n'osant pas se découvrir, ayant de la peine à expirer des sens, à fêter des idées, à hausser le volume des sensations silencieuses des profondeurs. Beaucoup de ces apprenants se tiennent sagement muets, du coup, deviennent producteurs de paix, de tranquillité pour les gérants de la classe. Situation où « présences » deviennent synonyme de l'absence. Il revient à la pédagogie de faire parler, d'éduquer le sujet apprenant à se sentir à l'aise , à oser, à vivre avec passion le langage préprogrammé de la classe, mais aussi à se délecter avec force de son propre langage, de ses propres expressions. Mais comment peut-on dépasser le rituel pour savourer les splendeurs ? Le façonnage de la parole, au profit du sujet apprenant, a toujours été une irritante problématique, souci permanent du monde pédagogique. Pour provoquer des déclenchements, faire vivre des voix, il conviendrait d'entrainer les apprenants, particulièrement ceux qui ne parlent jamais « les muets de la classe », vers des situations favorisant la production personnelle. Le travail en petit groupe, les échanges hors classe, entre enseignant et élève, sur des sujets extra pédagogiques et bien d'autres opportunités à méditer, briserait le blocage qui hante particulièrement l'expression personnelle de l'apprenant et la vie de la classe plus généralement.