Les Echos quotidien : Comment avez-vous vécu l'expérience inédite des Jeux olympiques de Vancouver ? Samir Azzimani : Beaucoup de travail et d'émotion. Quand je suis parti là-bas, je me sentais seul au début, puis j'ai découvert que certaines incompréhensions entre les institutions sportives marocaines et moi s'étaient dissoutes. Depuis, le Comité national olympique marocain (CNOM) est devenu une vraie famille pour moi, surtout les personnes qui étaient avec moi là-bas. Cela m'a fait chaud au cœur. Ils étaient heureux de ma prestation et de mes performances. Ils ont changé d'avis sur le ski. C'est vrai qu'il s'agit d'un sport relativement cher, quand on le pratique au haut niveau, mais qui doit se pratiquer davantage et qui doit se populariser. Pour cela, il faut une politique et une stratégie. Que devient aujourd'hui Samir Azzimani ? Je suis devenu président d'une association qui s'appelle ESMI (Entente sportive marocaine internationale), créée en décembre 2010 et officialisée à Monaco. Cette association a pour mission de guider les athlètes marocains du monde qui pratiquent des sports individuels. L'idée est d'essayer de donner un coup de pouce à des sportifs qui sont à la poursuite de résultats mondiaux et qui n'arrivent pas à les atteindre par manque de moyens et d'encouragements. Cela fait-il partie du programme des sportifs de haut niveau ? Nous ne voulons pas nous substituer au ministère de tutelle, mais juste venir en aide au sport marocain. Si je fais cela, c'est parce que j'ai vu qu'il y avait une vraie volonté de la part du ministère d'ancrer le sport dans la culture marocaine et qu'il ne soit plus uniquement un spectacle télévisuel qui attire les annonceurs. Je veux que les Marocains se présentent en tant que sportifs pratiquants et non plus comme sportifs téléspectateurs. Je n'ai pas l'habitude d'avoir ma langue dans ma poche. Aujourd'hui, j'ai opté pour cette démarche et je veux mettre mon expérience au service du sport, pour faire avancer les choses. Je ne veux pas être un vendeur de rêves. Je veux donner un coup de main. Le financement, nous irons le chercher dans le privé, et nous prospecterons pour avoir des dons, chez des partenaires privés, comme les Marocains du monde, par exemple. Nous pourrons aussi avoir recours à des ventes d'articles de sport, comme des T-shirts. C'est de l'argent qui servira, bien sûr, à financer ces sportifs. Une des missions de cette association est-elle de véhiculer les valeurs marocaines auprès des sportifs marocains du monde ? Tout à fait, en plus de valoriser l'image du Maroc à l'international et de faire la promotion de nos sportifs. Entente sportive marocaine internationale : l'entente, cela veut tout dire. De plus, je me suis fixé comme objectif, en 2014, de ne plus être tout seul à porter le drapeau, mais d'être entouré d'une équipe. La Fédération a su profiter de ce que j'ai fait pour capitaliser sur cette effervescence. La fédé m'a proposé d'être Directeur technique national. Ils ont proposé mon nom en tant que Marocain, je leur ai dit qu'ils pouvaient prendre aussi un Européen. Je ne sais pas si je serai à la hauteur. Aujourd'hui, les choses bougent et c'est pour cela que je veux continuer à travailler avec ma fédération. J'ai envie de travailler avec des gens motivés, pas avec des opportunistes. Justement, les membres de la Fédération sont-ils motivés ? Les dirigeants de la Fédération ont montré beaucoup de volonté. Maintenant, nous allons avancer ensemble, la main dans la main. Et c'est ce que j'ai envie de faire aujourd'hui. Je ne veux plus que les émotions prennent le dessus sur les objectifs. Moi aussi, j'étais motivé, moi aussi, j'ai fait des erreurs, mais j'ai aussi appris beaucoup de choses. Prenez l'exemple des arts martiaux : Les choses commencent à se restructurer. C'est vrai que nous manquons encore de moyens, mais par rapport à ce que j'ai fait à Vancouver, aujourd'hui, tout s'enclenche. Le CNOM, avec le ministère, attribue des bourses pour les jeunes. C'est vrai que j'ai galéré, mais eux, au moins, ne vont pas vivre la même chose. Je suis fier d'avoir fait le travail pour que cela puisse bénéficier aux autres. Par rapport à la formation, avez-vous eu une aide de la part des responsables marocains ? Il y a tellement de projets qu'on se perd quelquefois. Je vais rapporter ma lettre en mains propres au bureau du ministre, ma demande de statut de haut niveau et ma demande d'appui pour passer mon diplôme. Je veux qu'on me donne ce statut de haut niveau et je le revendique, parce que j'ai atteint mes objectifs. De toute façon, je ne m'inquiète pas. Est-ce que vous avez été retenu pour le programme des sportifs de haut niveau ? Je n'ai rien reçu. C'est à la Fédération de faire son travail. Peut-on avoir une discipline de ski développée au Maroc ? Je crois dans le développement de cette discipline par des fonds privés. Il y a tellement de choses au Maroc qu'on sous-estime. C'est vrai que le ski est quelque chose de très aléatoire, mais derrière le ski, il y a les montagnes. Personnellement, je n'ai pas encore vu de compétition internationale digne de ce nom au Maroc. C'est une question de volonté, d'organisation. Il manque les pratiquants, c'est sûr, mais pour cela, je le dis, il faut une stratégie de développement. La Fédération a une feuille de route qu'elle a envie de réaliser et je veux l'aider. Je ne suis pas un opportuniste des JO. Je suis là, j'ai fait les JO, nous y sommes allées ensemble, on m'a soutenu jusqu'au bout. D'ailleurs, j'ai écrit un livre sur mes galères. De la banlieue à Vancouver ? De la banlieue à Vancouver et surtout cette volonté sérieuse d'aller de l'avant. Une certaine reconnaissance vis à vis du ministère et du comité olympique. C'est un livre qui va parler de beaucoup de choses, de l'énergie, de la motivation, de la vie... Financièrement, j'ai formulé quelques demandes, qui ont été satisfaites. J'ai eu envie d'en demander plus, mais je n'ai pas osé... Vous vous y retrouvez aujourd'hui ? Après les JO, le courant est passé avec le CNOM et le ministère. Maintenant, avec le mouvement olympique africain, avec la CNOA, il veulent que je fasse partie du mouvement et que je fasse des projets avec l'Association mondiale des olympiens, dirigée par Dick Fosbury, celui qui a inventé le mouvement du saut en hauteur en arrière lors des JO de Mexico. Moi, j'aimerais le faire avec Hicham El Guerrouj. Pourquoi ? D'abord, parce que c'est un «Ould bladi», un Berkani. En plus, c'est une icône, je ne peux rien faire sans lui. Vous avez énormément de projets. Si vous deviez faire un choix, ce serait lequel ? Honnêtement, ma carrière professionnelle, parce qu'on ne peut pas avancer si on n'en a pas une. C'est bien de donner, mais il fait penser à soi aussi. J'ai les idées, les connexions, la certitude et les convictions, il me faut juste les moyens. S.B