Entre hausse des dissolutions d'entreprises, légère reprise des créations et accès au financement en progression, le dernier rapport de l'Observatoire marocain des TPME dresse un état des lieux contrasté du tissu entrepreneurial en 2023. Les tendances observées témoignent à la fois d'une certaine résilience et de défis structurels à relever pour consolider la dynamique économique du pays. Le paysage entrepreneurial marocain évolue sous l'effet de multiples forces, entre opportunités et fragilités. En 2023, le pays a enregistré 10.905 dissolutions d'entreprises, un chiffre en hausse de 32% par rapport à 2021, révèle le dernier rapport de l'OMTPME. Ce mouvement traduit les difficultés rencontrées par certains acteurs économiques, en particulier dans les secteurs du commerce et du BTP. Parallèlement, la dynamique de création d'entreprises marque le pas après le pic de 2021, avec 63.229 nouvelles immatriculations en 2022, confirmant une stabilisation post-covid. Cette recomposition du tissu productif s'accompagne d'une prédominance des microentreprises, qui représentent 86,7% des entités actives, soit 303.556 entreprises, indique la même source. Ce poids considérable témoigne du rôle central des TPE dans l'économie nationale, mais aussi des défis liés à leur pérennité et à leur capacité d'expansion. L'un des enjeux majeurs réside dans leur accès aux marchés et aux financements, afin qu'elles puissent se structurer et se développer de manière pérenne. Un accès au financement en progression mais inégalement réparti L'accès au crédit reste un facteur déterminant pour la consolidation des entreprises. En 2023, 148 937 entreprises ont obtenu un financement bancaire, marquant une progression de 5 % par rapport à l'année précédente. Toutefois, cette dynamique bénéficie en priorité aux entreprises les plus établies. 76,2 % des crédits bancaires sont alloués aux structures de plus de dix ans d'existence, laissant une marge de progression pour les jeunes pousses, souligne l'OMTPME. Le financement des entreprises dirigées par des femmes demeure également en retrait, malgré des avancées. En 2023, 50,6 milliards de dirhams ont été octroyés à ces entreprises, soit 11,3 % du total des crédits accordés. Cette proportion, encore faible, souligne la nécessité d'un accompagnement renforcé pour favoriser l'inclusion financière des entrepreneures. Si certaines initiatives ont vu le jour, notamment dans le cadre du programme Intelaka, il reste encore un travail important à mener pour réduire les inégalités d'accès aux ressources financières et favoriser l'émergence d'un entrepreneuriat féminin plus robuste. Des disparités sectorielles et régionales marquées Le rapport met en évidence une concentration du chiffre d'affaires dans trois secteurs clés : commerce, industrie manufacturière et BTP, qui représentent 72 % des revenus des entreprises. Ces branches demeurent les piliers de l'économie marocaine, bien que certaines évolutions, notamment dans les services et la logistique, commencent à se dessiner. Au niveau territorial, le dynamisme entrepreneurial reste polarisé. La région Casablanca-Settat concentre 38 % des entreprises actives, confirmant son statut de moteur économique national. En parallèle, la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceïma se démarque par une croissance rapide, portée par les investissements industriels et logistiques, tandis que les régions du sud affichent un développement plus timide. Cette disparité régionale soulève des questions sur la répartition des infrastructures et des incitations économiques, qui pourraient être mieux ajustées pour stimuler un essor plus équilibré. Des défis à relever pour un entrepreneuriat plus résilient Si les tendances de 2023 illustrent la résilience du tissu entrepreneurial marocain, elles mettent aussi en lumière des défis persistants. La fragilité des microentreprises, les difficultés d'accès au financement pour les jeunes structures et les écarts de dynamisme entre régions nécessitent des ajustements stratégiques. L'amélioration des dispositifs d'accompagnement, la diversification des sources de financement et l'encouragement de l'innovation apparaissent comme des leviers essentiels pour renforcer la compétitivité des entreprises marocaines dans un environnement en mutation. Dans cette perspective, le rapport souligne la nécessité de renforcer les mécanismes d'aide à la structuration des petites entreprises et de favoriser leur montée en gamme. Selon l'OMTPME, l'intégration accrue des outils numériques et de la gestion de données pourrait favoriser un meilleur suivi des performances des PME et faciliter leur accès aux financements. Le rapport met en avant l'initiative de modernisation du système d'enregistrement des entreprises, avec la mise en place d'une plateforme électronique permettant la gestion administrative en ligne. Enfin, l'enjeu de la digitalisation ne doit pas être sous-estimé. Les solutions technologiques offrent de nouvelles perspectives en matière de gestion, de financement et d'accès aux marchés. Le rapport souligne que l'Observatoire participe activement à des groupes de travail internationaux sur l'inclusion financière et l'usage des nouvelles technologies pour améliorer la compétitivité des entreprises. Une meilleure intégration du numérique dans les modèles économiques des entreprises marocaines pourrait constituer un levier déterminant pour améliorer leur compétitivité et renforcer leur résilience face aux défis économiques à venir. Faiza Rhoul / Les Inspirations ECO