Les opérateurs économiques sont sollicités en tant que force de proposition. Le ministère du Commerce, de l'Industrie et des Nouvelles technologies est en attente des suggestions des professionnels sur un sujet précis, le projet de norme internationale ISO 26000, et ce avant le 31 décembre 2009. Relative à la responsabilité sociétale, cette démarche fait partie d'une enquête publique internationale, dans la perspective de publier cette nouvelle norme d'ici fin 2010. En clair, il s'agit de définir la responsabilité d'une organisation à la lumière de l'impact de ses activités et de ses décisions sur son environnement au sens large du terme. Contribuer au bien-être de la société en prenant en compte les attentes de toutes les parties, sans pour autant se plier à la stricte logique économique. Le tissu économique marocain est-il prêt ? Coté marocain, un comité d'experts se réunit périodiquement pour débattre des suggestions et recommandations émises par différents canaux, entreprises comme associations de défense du consommateur, en passant par les syndicats. Une démarche concertée qui peine pourtant à faire l'unanimité, notamment sur le concept de sphère d'influence. Abdelmalek Chafai Elalaoui, responsable du dossier « responsabilité sociétale » au sein du ministère du Commerce, de l'Industrie et des Nouvelles technologies, nous l'explique en prenant pour exemple la chaine d'approvisionnement. « Des divergences subsistent à ce sujet. Pour certains, la dimension éthique et durable doit être étendue à l'ensemble des partenaires d'une entreprise, en premier lieu ses fournisseurs. D'autres souhaitent limiter cette responsabilité au premier fournisseur, voire uniquement à l'entreprise elle-même ». Ces désaccords ne sont pas l'apanage du Maroc, le processus de normalisation ISO 26.000 accuse du retard au niveau mondial pour les mêmes raisons, bien que ce projet ait été initié en 2001. Au niveau national, la question qui se pose a trait au tissu économique marocain est: est-il « prêt » à adopter ce genre de mesures et, surtout, est-il dans l'intérêt des entreprises marocaines de se plier à cette norme, d'autant plus qu'il s'agit d'une norme volontaire et non certifiable, suite à l'interdiction de l'OIT? « Nous n'avons pas trop le choix, soit nous jouons les spectateurs, soit nous prenons le train en marche. Dans le contexte actuel il devient impératif de réagir ». Quitte ou double... Chafai estime que les entreprises marocaines ont tout intérêt à adhérer en masse, surtout à la veille de la libéralisation des frontières, une entreprise pouvant gagner des parts de marché, car jugée «fiable et pérenne » en raison de l'intégration du développement durable par le biais de la norme ISO 26.000, ou, a contrario, se retrouver marginalisée à cause du non-respect de cette règlementation. Au centre de ce marasme, le citoyen lambda, dont les intérêts sont censés être défendus, entres autres, par les associations de défense du consommateur. Mohamed Belmahi, Président de la Ligue nationale de protection des consommateurs, déplore la faiblesse de la règlementation en vigueur. Selon lui, « il existe un lobby qui fait obstacle aux législations sur la protection du consommateur. C'est l'entreprise marocaine, par le biais de la CGEM, qui freine ces démarches ». Entre la dynamique mondiale en faveur du développement durable et la réalité de notre tissu économique, le comité d'experts du ministère du Commerce et de l'Industrie devrait tenir sa prochaine réunion, la 10ème du genre, vers la mi-janvier. L'occasion d'émettre des recommandations qui n'auront de poids que si elles découlent d'une participation substantielle des entreprises pour enrichir ce débat. Une norme facultative, mais... L'objectif premier de cette nouvelle norme est d'aboutir à un consensus sur l'épineuse question de la responsabilité sociétale des organisations. En enclenchant cette dynamique, l'ISO crée un précédent que certains ont qualifié d'historique, dans le sens ou cet organisme a pour principale activité l'élaboration de normes techniques par des professionnels. Ainsi, ce sont six catégories d'acteurs qui ont été définis pour participer à ce débat : le gouvernement, les syndicats, les ONG, les associations de consommateurs et, enfin , tout autre type d'association relevant du monde professionnel (sociétés d'audit et de conseil) ou de la société civile (essentiellement les universitaires). L'aboutissement de ce processus permettra aux sociétés de disposer de lignes directrices pour rendre opérationnelle la responsabilité sociétale, notamment par une meilleure appréhension de l'environnement des entreprises et par une politique de gestion des risques plus structurée, surtout en ce qui concerne les risques juridiques. L'adhésion à cette norme, bien que facultative, peut assurer aux entreprises un meilleur positionnement sur le marché mondial.