L'OIT dresse une liste des défis structurels pour le monde du travail dans les économies en développement. En région subsaharienne, plus de 3 travailleurs sur 4 occupent des emplois précaires, les femmes étant affectées de façon «disproportionnée» par rapport aux hommes. 200 millions de jeunes demandeurs d'emplois devraient arriver sur le marché de l'emploi dans les pays en développement. Emplois Une fois de plus, les chiffres nous ramènent à la dure réalité. L'Organisation internationale du travail vient de rendre sa copie sur le travail dans le monde, sous la thématique – qui passe plus pour un idéal qu'un sujet de débats - d'un «développement riche en emplois». Le continent n'est évidemment pas la terre la plus propice à l'emploi. En Afrique subsaharienne, «plus de trois travailleurs sur quatre occupent des emplois précaires, les femmes étant affectées de façon disproportionnée par rapport aux hommes». Le continent est pourtant dans une situation comparable à celle de certaines économies d'Asie du Sud-Est et à bien d'autres, en développement. Malgré ces tendances positives, les difficultés sociales et d'emploi demeurent criantes dans la plupart des pays émergents ou en développement. Le rapport indique que «plus de la moitié des travailleurs des pays en développement occupent un emploi vulnérable». Cela équivaut à près d'un milliard et demi de personnes. «Ces travailleurs ont moins de chance que les salariés de disposer d'un contrat de travail formel, d'être couverts par la sécurité sociale ou de percevoir des revenus réguliers. «Ils sont souvent pris dans un cercle vicieux de métiers à faible productivité, de maigres rémunérations et de capacités limitées pour investir dans la santé et l'éducation de leur famille, ce qui a pour effet de limiter leurs perspectives d'évolution et de croissance», explique-t-on dans le même rapport. Chômage La région Afrique du Nord-Moyen-Orient enregistre les taux de chômage les plus élevés du monde. En effet, «près d'un jeune sur trois en âge de travailler est incapable de trouver un emploi », révèlent les auteurs du rapport. Par sexe, «les jeunes femmes en particulier se battent pour trouver du travail dans ces régions, avec des taux de chômage qui avoisinent les 45%», selon les responsables de l'OIT. Le défi de l'emploi, dans cette région, est aussi qualitatif. Le rapport indique en effet que le niveau d'éducation s'améliore rapidement dans la plupart des pays en développement. Dès lors, un décalage grandissant s'opère entre les compétences acquises à l'école et la nature des emplois disponibles. Il faut savoir qu'au cours des cinq prochaines années, environ 213 millions de personnes devraient arriver sur le marché du travail dans le monde. Les pays en développement, notamment africains, devraient recevoir 200 millions de jeunes demandeurs d'emplois. «Actuellement, le taux de chômage des jeunes dépasse déjà les 12 pour cent dans les pays en développement — plus de trois fois le taux de chômage des adultes», peut-t-on lire dans le rapport de l'OIT. Protection sociale Selon les experts de l'OIT, la protection sociale peut stimuler la croissance économique et la création d'emplois de qualité. Cela dépend en grande partie de la réactivité de la protection sociale à l'évolution de la conjoncture économique. Les programmes contracycliques conduits en Afrique du Sud en sont d'intéressants exemples à cet égard. Dans d'autres pays africains comme l'Ethiopie et la Namibie, l'emploi est un objectif explicite des dispositifs de protection sociale. Il est en effet clairement établi que la protection sociale contribue à réduire l'incidence de la pauvreté, des inégalités et de l'emploi vulnérable. Une protection sociale adéquate améliore les capacités individuelles à accéder à de meilleurs emplois. Par exemple, la Bolsa Família au Brésil, la Loi nationale Mahatma Gandhi sur la garantie de l'emploi rural en Inde et des programmes similaires au Cap Vert ont réussi à apporter un complément de revenus aux ménages, permettant aux familles d'investir dans des activités productives, ainsi que d'améliorer leur santé et les résultats scolaires de leurs enfants. Inégalités de salaire L'étirement des écarts de salaires dans les pays africains est devenu un fait de marché consacré. Le rapport de l'OIT fait comprendre que cette tendance est associée à un changement dans la distribution des revenus au détriment du travail. Les données indiquent pourtant que les inégalités grandissantes peuvent porter préjudice à la croissance économique, dans la mesure où l'effet négatif sur la consommation, associé à des inégalités croissantes, dépasse tous les effets positifs en termes de retours sur investissement plus élevés et de meilleur rapport coût-compétitivité. Les chercheurs de l'organisme onusien pensent également que «ce résultat négatif est d'autant plus probable que les effets de compétitivité sont atténués par le fait que la part des revenus du travail recule dans de nombreux pays – conduisant à un déficit de demande globale et à un nivellement par le bas des salaires et des normes». En plus des répercussions sur l'économie, l'amplification des inégalités de revenus peut entamer la cohésion sociale et intensifier les troubles sociaux. Cela a d'ailleurs été le cas pour certaines économies arabes d'Afrique et d'Asie. L'aptitude des pays en développement à compenser la chute de la part des revenus du travail par une fiscalité progressive est plus limitée que dans les économies avancées. Il est dès lors essentiel de renforcer les institutions du marché du travail qui peuvent améliorer la répartition sur le marché des revenus entre travail et capital. Cela pourrait se faire en facilitant le dialogue entre employeurs et travailleurs, en faisant respecter les normes fondamentales du travail et en mettant en œuvre une protection sociale bien conçue afin d'assurer une répartition plus équilibrée des revenus dans les pays en développement.