L'Algérie joue des coudes pour tenter d'arracher des marchés de reconstruction et de juteux contrats commerciaux en Libye, pays dévasté par la guerre depuis 10 ans. Sans avoir fourni le moindre effort pour aider les Libyens lorsqu'ils étaient en pleine crise, aujourd'hui, Alger n'hésite pas à lorgner des opportunités pour se refaire dans le pays voisin. Détails d'une opération « sournoise » séduction de la diplomatie algérienne guidé par Abdelmadjid Tebboune. Alors que la diplomatie algérienne s'est illustrée par son absence ces dernières années face à un ancien président Abdelaziz Bouteflika impotent, suivi de deux ans du Hirak (la rébellion populaire qui ébranle le pouvoir) ces derniers mois, pendant que le dossier libyen prenait le chemin du règlement pacifique et politique sous les auspices de l'ONU, Alger s'est faite remarquer en multipliant les déclarations et les tentatives de s'infiltrer dans le processus onusien. Dans un jeu politique subtil et étudié, le président algérien, porte parole de l'institution militaire, a commencé par s'attarder sur le volet des relations internationales dans ces adresses à la nation, en abordant la Libye d'un point de vue d'abord sécuritaire. Après des années de coma diplomatique et de désintérêt pour les questions régionales (mis à part pour le Sahara marocain), le président Tebboune s'est réveillé en faisant le constat que la sécurité de son pays dépend de la sécurité et la stabilité de son voisinage, en faisant référence à la Libye (plongée depuis 10 ans dans la guerre) et le Mali, car l'actualité oblige. Tebboune s'est également interposé à la médiation onusienne en tentant de proposer une autre voie et en y faisant adhérer un autre voisin, une « solution algérienne et tunisienne ». Sa proposition a été accueillie par un silence criant des Nations Unies et même de la Tunisie, qui n'a pas fait de communication officielle à ce sujet. Ne trouvant pas d'écho positif, le président s'est incrusté avec la complicité de l'Allemagne dans la conférence de Berlin, une réunion entre plusieurs pays concernés par le dossier libyen, qui a été plusieurs fois ajournée, pour au final ne compter que l'Algérie parmi les pays du Maghreb. De retour en Algérie, il a organisé une conférence de Berlin Bis pour tenter de marquer un coup médiatique, mais la tentative s'est soldée par un échec puisqu'elle est sortie avec les mêmes conclusions que celle organisée deux semaines à l'avance. « Il y a des déclarations de Sarraj, des déclarations de la partie de Haftar (les deux hommes représentant les deux pouvoirs ennemis à l'époque, ndlr) qui ont estimé que la seule puissance à même de régler le problème, c'est l'Algérie. Nous avons leur confiance. (…) La paix en Libye est synonyme de paix chez nous », avait déclaré Tebboune, jugeant que l'Algérie est la seule détentrice de la « seule » solution pour ce conflit. Face à toutes ses initiatives infructueuses pour s'incruster dans le processus mis en place par l'ONU et continuer dans son optique de guerre d'influence contre le Maroc, le chef d'Etat algérien a changé son fusil d'épaule et a commencé à critiquer le format privilégié par les Nations Unies, un dialogue inter-libyen, qui s'est déroulé entre le Maroc, l'Egypte, et la Suisse. « Il est clair que dans le dossier libyen, neuf ans après l'effondrement de ce pays et de ses institutions, il n'y a pas encore de solution, parce que toutes les solutions proposées sont partielles », a-t-il tancé en comparant le pays a « un corps métastasé à qui on donne des calmants » et en critiquant les réunions tenues dans les pays concernés. Le président Tebboune a enchaîné en affirmant que « l'appel (de l'Algérie) commence à être entendu par les grands », mais en réalité, cet appel est resté lettre morte puisque le processus onusien a continué sur sa lancée et a permis de mettre en place les nouvelles instances du pouvoir intérimaire en vue de l'organisation d'élections générales à la fin de 2021 et mener le pays vers la transition. Dans une énième tentative de s'incruster dans le dossier et faire redorer le blason de sa diplomatie sur le dos de la Libye, Alger a poussé la candidature de son ancien ministre des Affaires Etrangères Ramtane Lamamra pour devenir le prochain émissaire de l'ONU pour la Libye après la démission de Ghassan Salamé, mais sa candidature n'a pas été retenue. Face à toutes ces manœuvres qui n'ont pas eu le résultat escompté, et face au succès de la médiation onusienne sous le format qu'elle choisi, l'Algérie s'est résolue a accepter sa défaite en se joignant aux voix internationales qui ont félicité l'élection d'une nouvelle autorité exécutive temporaire pour l'organisation d'élections générales dans le pays, et le nouveau Premier ministre Abdelhamid Dbeibah. Mais toujours dans son élégance habituelle, Abdelmadjid Tebboune, n'a pas manqué de s'en attribuer le succès. « Hamdoulilah (merci Dieu), nos efforts n'ont pas été vains », dans ce dossier en ajoutant: « On avait dit que le problème était libyo-libyen », a-t-il affirmé en tapant du poing, tentant de reprendre à son compte le récentes avancées sur le dossier libyen pendant qu'il était en Allemagne atteint du covid-19. « Nous ressentons une sorte de satisfaction parce que depuis que nous avons traité (de dossiers internationaux), depuis que la voix de l'Algérie s'est faite entendre de nouveau dans les forums internationaux et diplomatiques, elle (la diplomatie algérienne) est devenue plus active », s'est-il borné à se féliciter. Aujourd'hui, l'Algérie continue son jeu pour s'attirer les faveurs de Tripoli sans avoir fait aucun réel effort pour aider le pays lorsqu'il était dans le chaos et dans l'abime. En voyant plusieurs chefs de la diplomatie de plusieurs pays poids lourds défiler en Libye, la diplomatie algérienne cherche elle aussi à tirer son épingle du jeu en tentant de pousser ses pions pour gagner quelques marchés de reconstruction dans ce pays dévasté par la guerre depuis 2011. Lundi, le ministre des Affaires étrangères algérien, Sabri Boukadoum était attendu en Libye accompagné du ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire, Kamel Beldjoud, pour « une visite de travail » qui entre dans le cadre de « la promotion des relations bilatérales et du soutien des parties libyennes face aux défis actuels », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères, relayé par l'agence algérienne officielle APS. « Le ministre des Affaires étrangères effectue, aujourd'hui, une visite de travail en Libye, pays frère, en compagnie du ministre de l'Intérieur, des Collectivités locales et de l'Aménagement du territoire, M. Kamel Beldjoud, en compagnie d'une délégation de haut niveau », qui doit rencontrer de hauts responsables pour « examiner les relations bilatérales sur tous les plans et les perspectives du processus de règlement politique de la crise libyenne », indique la même source. Début avril, l'agence officielle annonçait une prochaine rencontre entre des opérateurs économiques algériens et libyens qui aura pour objectif de « consolider davantage les échanges commerciaux entre les deux pays », citant l'ambassadeur et conseiller au ministère des Affaires Etrangères (MAE), Smaïn Benamara, ajoutant que l'organisation de cette rencontre vise le renforcement des échanges commerciaux entre les deux pays, d'autant que, a-t-il ajouté, « il y a une très forte demande exprimée par le consommateur libyen ».