Le code de la presse qui est en cours d'élaboration met en perspective une réforme majeure qui est celle de l'élimination des peines privatives de liberté pour les journalistes. A cela s'ajoutent, les enjeux liés à la censure et à l'indépendance de la presse. La rencontre, organisée par la Fondation diplomatique, le 15 mai 2013 à Rabat, a permis au ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi, de faire de la pédagogie autour du futur code de la presse, mais aussi pour dresser le tableau de la situation de l'audiovisuel dans le sillage de la réforme à venir où les droits de l'Homme sont mis en avant sur l'échiquier national. Devant l'auditoire composé de plus de quarante ambassadeurs et chefs de missions diplomatiques, le ministre de la Communication a abordé deux thèmes centraux. Le premier ayant trait au droit de l'information et à la réforme des secteurs audiovisuels et le second concernait principalement les enjeux du code de la presse qui mettent en évidence les conditions permettant de garantir la liberté d'expression. Une réforme suscitant beaucoup d'espoir Un effort de communication parfaitement perceptible est déployé par les autorités publiques pour montrer l'importance des enjeux du projet de loi en cours concernant l'audiovisuel et la presse nationale. Ce dernier aiguise de plus en plus les attentes de l'opinion publique en termes d'amélioration qualitative du paysage audiovisuel marocain. A ce titre, il est nettement établi que parfois la qualité de l'audiovisuel en termes d'offre de contenu ou de langue est corrélative au degré de liberté, voire d'indépendance. Cet enjeu a permis de mettre sur la table ces derniers temps, l'éventualité de la privatisation des chaînes de télévision dans l'optique de provoquer une émulation de bonne guerre entre les secteurs public et privé. Cependant, la thématique, qui semblait être la plus importante aux yeux de plusieurs membres du corps diplomatique accrédité à Rabat, est celle de la garantie de la liberté d'expression. A ce propos, la plupart des questions que les ambassadeurs adressaient au ministre étaient liées à la liberté d'expression des journalistes au Maroc et sur le fait de savoir, comment un journaliste au Maroc pourrait exercer son métier dans l'avenir, sans pression, et surtout sans intimidation. Le ministre a souvent martelé lors de cette rencontre que : « la liberté d'expression est totalement garantie au Maroc et qu'elle était un principe fondamental consacré dans la nouvelle Constitution de 2011». D'autres intervenants ont tenté de justifier ce point de vue en faisant souligner :«Il suffit de faire un tour dans les kiosques de presse pour constater que le nombre important de journaux en vente au Maroc corrobore que la liberté d'expression est totale dans le pays». D'autres ont rappelé que la garantie de la liberté de la presse est une condition sine qua non pour un Maroc qui est en train de s'inscrire dans un processus de modernité irréversible. Cette liberté est fondamentale, si l'on sait que la presse a un rôle de veille, de régulateur et d'aiguillon pour toute société moderne. Toutefois, certains diplomates ont mis l'index sur la nécessité d'établir des garde-fous qui encadrent la liberté de la presse. Ils soulignent que, parfois, cette liberté dérive et tombe dans les travers de la diffamation et du manque d'objectivité. Se pose alors la question de la formation (éthique, déontologie, professionnalisme) et du cursus des journalistes qui a refait surface dans le cadre de cette réforme d'envergure. La question de l'indépendance financière de la presse a requis l'attention de la plupart des diplomates lors des échanges avec le ministre. Car certains d'entre eux jugent que le premier prérequis de l'indépendance de la presse est l'autonomie, voire l'aisance financière des organes de presse, afin qu'ils puissent exercer sans pression leur noble métier qui est celui d'informer le citoyen. La question de la censure lors des débats n'était pas en reste, du fait qu'elle peut être un indicateur de premier choix pour apprécier le degré de liberté du paysage audiovisuel. Le débat a aussi concerné certaines interrogations sur la pertinence des pouvoirs conférés à la HACA dans le domaine de la censure. Dans cette dynamique du projet de loi concernant la presse et le paysage audiovisuel national, il convient de souligner un avancement majeur salué par la plupart des observateurs. Il s'agit de l'élimination des peines privatives de liberté dans le projet de code de la presse et, surtout, la mise en place d'une instance indépendante d'autorégulation, le Conseil national de la presse (CNP). Espérons, enfin, que le projet de loi et les réformes en cours seront à la hauteur des attentes suscitées.