■ Les résultats semestriels confirment la résilience de l'économie marocaine à la crise des pays partenaires. ■ L'évolution de la place casablancaise reste conditionnée par le retour de la confiance et de la visibilité pour les investisseurs. ■ Hassan El Hajjaji, gestionnaire de portefeuille à MSIN, société de Bourse, lève le voile sur les difficultés du marché financier et sur ses perspectives d'évolution. ✔ Finances News Hebdo : Quels effets ont eu les résultats du premier semestre de l'année en cours sur le marché boursier ? ✔ Hassan El Hajjaji : Reflétant l'évolution de l'économie marocaine, les résultats semestriels des sociétés cotées à la Bourse de Casablanca confirment la résilience de notre économie face à la crise qui sévit dans les pays partenaires du Maroc, puisque ses réalisations commerciales ressortent globalement positives. Ainsi, 49 sociétés cotées sont parvenues à accroître leurs revenus au titre de ce semestre et le chiffre d'affaire consolidé de la cote s'affermit de 9,8% pour s'établir à 109,8 Mds de DH. Moins dynamique, la capacité bénéficiaire limite sa progression à 4,15%, se fixant à 15,2 Mds de DH. Toutefois, celle-ci est inférieure aux estimations annuelles initiales qui s'élevaient à 9%. Malgré ces performances appréciables, le marché boursier reste fidèle à son canal baissier entamé depuis le 13 janvier de l'année en cours. Ainsi, le Morocan All Index clôture le mois d'octobre sur une contre-performance annuelle de -10 % à 11.400 points, tandis que l'indice des blues chips fixe la sienne à 9,28% ✔ F.N.H. : Comment expliquez-vous la différence d'évolution entre le chiffre d'affaires et la capacité bénéficiaire de l'ensemble de la place ? ✔ H. E. H. : La justification de cette différence existant entre la croissance des chiffres d'affaires et la capacité bénéficiaire diffère d'une société à une autre. Globalement, on peut déterminer trois facteurs majeurs explicatifs de ce constat. La baisse des prix à cause de l'intensification de la concurrence dans des sociétés comme Maroc Télécom qui représente historiquement près du tiers du bénéfice consolidé de la cote; le renchérissement du prix des intrants des valeurs industrielles, l'énergie notamment; et l'alourdissement du coût du risque pour les établissements de crédit. ✔ F.N.H. : Pour quelles raisons le marché ne réagit-il pas à la hausse avec la publication de résultats favorables ? ✔ H. E. H. : En effet, un résultat positif d'une société cotée ne se répercute nécessairement pas sur l'évolution du cours, car le marché l'anticipe à l'avance et donc la hausse est intégrée dans le cours de la valeur bien avant l'annonce. En outre, nous opérons dans un marché baissier et généralement une bonne information adossée à cette conjoncture se répercute par une consolidation du cours. Par contre, une mauvaise information intensifie la baisse du cours. ✔ F.N.H. : Comment la crise de l'Europe affecte-t-elle la Bourse de Casablanca. Existe-t-il un lien direct avec les places européennes ? ✔ H. E. H. : Il existe des canaux de transmission indirects entre la crise de la dette souveraine européenne et la place casablancaise à travers l'économie réelle. Sachant que l'Europe est le premier partenaire commercial du Maroc, la récession économique européenne affectera l'économie marocaine. Ainsi, la baisse des exportations conjuguée à la baisse des investissements étrangers directs et au ralentissement du tourisme, affecte directement la croissance de notre économie et, par conséquent, les revenus des sociétés cotées à la place casablancaise. En outre, les Bourses européennes poursuivant leur chute suscitée par la crise budgétaire au sein de la zone Euro, influence directement la psychologie et le comportement des intervenants dans la place casablancaise et amplifie par conséquent la morosité du marché. ✔ F.N.H. : Quel impact a le resserrement de la liquidité sur le marché boursier marocain ? ✔ H. E. H. : L'assèchement des liquidités bancaires est devenu une réalité à laquelle non seulement les banques sont confrontées, mais l'économie nationale en général. Il se traduit par la baisse des disponibilités monétaires de l'ensemble des intervenants locaux dans le marché boursier, ce qui s'est répercuté, entre autres, sur le volume échangé sur la place casablancaise qui a fondu de 39% sur les neuf premiers mois de l'année 2011 par rapport à l'année dernière. En effet, les évolutions récentes de la situation de liquidité du système bancaire ont été marquées par la poursuite du déficit de liquidité sous l'effet de la contraction des avoirs extérieurs nets d'une part, induite par la hausse des importations des produits pétroliers et des céréales, ainsi que le paiement des dividendes en faveur des actionnaires étrangers (9 Mds de DH), et l'augmentation de la circulation de la monnaie fiduciaire à l'occasion de la période estivale, d'autre part. A noter que l'insuffisance des trésoreries bancaires s'est creusée de 4,9 Mds de DH. En vue de combler cette insuffisance qui a atteint en moyenne 30 Mds de DH au cours de ce trimestre (contre 20,6 Mds de DH au deuxième trimestre), Bank Al-Maghrib est intervenue au moyen des opérations d'avances à 7 jours pour un montant quotidien moyen de 28,5 Mds de DH au cours du troisième trimestre, contre 18 Mds de DH le trimestre précédent. Lors de l'appel d'offres pour les avances à 7 jours du 26 octobre 2011 (date de valeur le 27 octobre 2011), Bank Al-Maghrib a accordé 31 Mds de DH au taux de 3,25%, sur un montant de 38,9 Mds de DH demandé par les banques. ✔ F.N.H. : Quelles perspectives pour le marché financier marocain pour 2011 ? ✔ H. E. H. : Dans un contexte difficile marqué par l'incertitude économique, lié à la dégradation notable de la notation de la dette souveraine des pays européens, et la persistance des tensions politiques à l'aube des élections législatives, l'évolution de la place casablancaise reste conditionnée par le retour de la confiance et de la visibilité pour les investisseurs. Ce qui implique une amélioration de la conjoncture économique internationale (notamment l'Europe et les Etats-Unis) et par la stabilité politique dans la région MENA . Nous relevons, lors de l'analyse de l'évolution du marché boursier, que ce sont les secteurs bancaire, minier et énergétique qui ont le plus contribué à la croissance des bénéfices, ce qui laisse présager l'émergence de nouveaux relais de croissance pour le marché marocain. A contrario, les principaux moteurs historiques de croissance bénéficiaire du marché tels les télécom, les cimenteries et l'agroalimentaire, sont aujourd'hui en perte de vitesse, pénalisés à la fois par la conjoncture internationale et par l'intensification de la concurrence. ■ Propos recueillis par I.Benchanna