L'annonce de la suspension de l'aide financière des Etats-Unis au Maroc met en péril des projets cruciaux en matière de santé, d'éducation et de migration. En particulier, les financements octroyés par l'Agence américaine pour le développement international (USAID) et la Société du défi du millénaire (MCC) – principaux vecteurs de l'aide bilatérale – sont interrompus, entraînant des répercussions immédiates sur les ONG locales et les agences onusiennes opérant dans le pays. Santé : une vulnérabilité accrue aux épidémies L'USAID était un acteur clé du financement des campagnes de prévention contre le VIH/sida, la tuberculose et le paludisme. La suspension de ces fonds affecte directement les structures de santé communautaires qui dépendent de subventions externes pour assurer la distribution d'antirétroviraux et la prise en charge des populations vulnérables. L'ONUSIDA et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme s'inquiètent d'un effondrement des capacités locales en matière de surveillance épidémiologique. L'arrêt des subventions destinés aux systèmes de biosurveillance et d'alerte précoce pourrait compromettre la détection des pathogènes émergents dans un contexte où les zoonoses et les pandémies constituent des menaces globales. Par ailleurs, la couverture vaccinale contre certaines maladies endémiques risque de fléchir, alors que les programmes d'approvisionnement en vaccins reposent en partie sur les infrastructures de distribution financées par l'aide américaine. Le ministère de la santé, privé de ce soutien, devra revoir ses priorités budgétaires pour éviter un retour en force de maladies évitables. Migrants et réfugiés : un soutien humanitaire menacé La décision de Washington affecte également les dispositifs d'assistance aux migrants et aux réfugiés, majoritairement financés par l'USAID et mis en œuvre par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). L'arrêt des programmes de régularisation et d'intégration pourrait accentuer la précarité des populations migrantes en transit au Maroc, un pays devenu un point de fixation des flux migratoires vers l'Europe. Le gel des 2,5 millions de dollars destinés aux actions contre la traite des êtres humains met en péril les centres d'accueil et de prise en charge des victimes. Faute de moyens, ces structures risquent de fermer leurs portes, laissant des milliers de personnes sans protection. Les formations des forces de l'ordre et des magistrats sur l'identification des réseaux criminels et le traitement judiciaire des affaires de traite sont également suspendues. Relèvement post-séisme : une reconstruction compromise Le séisme de septembre 2023 avait provoqué une crise humanitaire nécessitant un plan de relèvement à long terme. Parmi les financements désormais gelés, ceux de l'Unicef et de l'USAID soutenaient la reconstruction des infrastructures de base, notamment les écoles et les centres de soins dans les zones rurales touchées. La disparition soudaine de ces fonds bloque les projets d'insertion économique des populations affectées. Les initiatives visant à autonomiser les femmes et les jeunes, via des formations professionnelles et la création de coopératives, se retrouvent privées de financement, compromettant leur viabilité. Education et développement rural : un risque de régression Le gel de l'aide américaine impacte aussi directement l'éducation, notamment les programmes d'alphabétisation des femmes et les dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire. Des centres éducatifs, en particulier dans les zones rurales, voient leurs budgets drastiquement réduits, menaçant l'accès à l'éducation pour des milliers d'enfants. Les petites entreprises sociales et les coopératives féminines, souvent créées avec l'appui financier de l'USAID, enregistrent déjà une chute brutale de leurs commandes. Certaines, spécialisées dans l'artisanat et l'agriculture biologique, comptaient sur ces aides pour assurer leur pérennité et leur intégration dans les circuits de commerce équitable. L'arrêt des financements met donc en péril plusieurs milliers d'emplois. Dans certaines provinces montagneuses de l'Atlas, des projets d'adduction d'eau potable, qui reposaient en partie sur des subventions américaines, sont suspendus. Sans ces infrastructures, des villages entiers risquent de se retrouver confrontés à une pénurie d'eau, aggravant les difficultés socio-économiques de ces régions enclavées. Un déficit financier et politique à combler Face à cette situation critique, les ONG et institutions privées de financements américains cherchent de nouveaux partenaires internationaux. L'Union européenne et certaines organisations du Golfe pourraient jouer un rôle de substitution, mais la mise en place de nouveaux mécanismes de financement est un processus long et complexe. Le gouvernement marocain, de son côté, n'a pas encore annoncé de plan d'urgence pour combler ce vide budgétaire. Des discussions seraient en cours avec des bailleurs de fonds alternatifs mais aucune mesure concrète n'a été dévoilée. À court terme, l'arrêt de l'aide américaine pourrait avoir des conséquences socio-économiques majeures : augmentation de la précarité, fermeture d'associations de soutien aux populations vulnérables et détérioration des conditions sanitaires. La dépendance de certains secteurs aux financements étrangers se révèle, une fois de plus, comme un facteur de fragilité structurelle pour le Maroc.