Les incidents de Mellilia ne sont plus qu'un nuage d'été dans la bonne relation entre le Maroc et l'Espagne. La visite du ministre de l'Intérieur espagnol a permis de confirmer la qualité stratégique des rapports entre les deux pays. Les résultats de ses entretiens avec son homologue marocain et l'audience que SM le Roi Mohammed VI lui a accordée témoignent de la solidité des liens et des énormes intérêts que les deux pays ont en commun. L'Espagne et le Maroc sont conscients de la valeur de leur relation et des défis communs qui se posent aux deux pays. Certes, des incompréhensions interviennent même au sein d'une famille bien soudée. C'était le cas des incidents de Mellilia qui auraient pu être vite dépassés si cette question, liée à la dignité humaine, avait été traitée d'une manière sérieuse. Il est vrai que tant dans la ville occupée qu'outre Méditerranée, bien des clichés et des états de fait persistent et compliquent toute approche sereine en matière de traitement des Marocains et des subsahariens. Mais cela ne justifie pas le long silence observé par Madrid, qui a attendu la réaction des rois d'Espagne et du Maroc pour réagir et prôner la sérénité. L'interférence du Parti Popular, notamment par la visite d'Aznar à Mellilia, était destinée à faire monter la tension d'un cran. Le gouvernement espagnol et son homologue marocain étaient conscients des enjeux de cette provocation, sachant que le PP espagnol, à défaut d'arguments politiques, confirme sa tendance à vouloir utiliser la carte anti-marocaine dans l'espoir de reconquérir le pouvoir exécutif. Aujourd'hui, la visite de Alfredo Perez Rubalcaba a tiré au clair cette affaire, tout en anticipant sur les mesures préventives à prendre pour parer à tout malentendu ou imprévu. Car la relation entre l'Espagne et le Maroc sont hautement stratégiques, tant pour les deux pays que pour l'Union européenne, dont l'Espagne représente le flanc sud. Les deux ministres et le communiqué commun l'ont confirmé. Les entretiens se sont déroulés «dans un climat cordial et serein». La tension était déjà désamorcée et il fallait se mettre d'accord sur certains aspects qui aident à éviter les dérapages constatés durant cet été. Le communiqué commun publié à l'issue des entretiens entre les deux ministres exprime «leur détermination à continuer la coordination et la concertation, à travers les contacts permanents et réguliers». Les deux ministres ont décidé de «rehausser» le niveau de coopération entre leurs départements respectifs en «réactivant les rencontres périodiques du groupe mixte de sécurité», et «la mise en place de commissariats conjoints». Ils se sont félicités de la «qualité exceptionnelle» de leur coopération en matière d'immigration clandestine et de la lutte contre le trafic de drogue et «la menace terroriste». Sur ce dernier registre, ils ont réaffirmé «leur engagement à coordonner et renforcer leur action commune afin de faire face aux défis que représente le terrorisme dans la région sahélo-saharienne», a-t-on ajouté. Les deux parties ont aussi convenu de «réactiver» le groupe mixte anti-drogue. Ce groupe est appelé «dans les meilleurs délais», à établir «une stratégie d'action commune, visant la lutte contre les nouvelles formes de trafic particulièrement celles qui concernent les drogues dures» en provenance de l'Amérique latine via l'Afrique. Retenons enfin cette phrase d'Alfredo Perez Rubalcaba pour résumer l'état de la relation avec le Maroc qui demeure un «allié stratégique, crédible et responsable» de l'Espagne.