La grande muette française a toujours choisi des noms de rapaces, de poissons carnivores et autres prédateurs pour « codifier » chacune de ses nombreuses interventions musclées en Afrique depuis le début des années 60. S'il est certain que la majorité de ces interventions (Barracuda, Epervier, Licorne, Léopard, Lamentin, Bison...) s'est faite sous le sceau de la seule défense des intérêts néocoloniaux de l'ancienne puissance dominatrice, il n'en est pas totalement de même pour la dernière d'entre elles au Mali, à savoir l'opération Serval (du nom d'un renard du désert). Il est certainement indéniable que cette opération militaire vise aussi à sécuriser les intérêts de Paris dans cette vaste région désertique, actuellement riche en uranium (Niger), en pétrole et gaz (Algérie, Libye), en fer (Mauritanie)... et dont les prospections minières et pétrolières d'avenir sont qualifiées de prometteuses. Une région, qui plus est, constitue un hinterland de la rive sud méditerranéenne faisant directement face à l'Europe. Or ce sont justement toutes ces richesses, actuelles et futures, qui sont prises en otage par des bandes terroristes qui ne cessaient de grossir et se démultiplier, au point de menacer la stabilité de tous les Etats du Sahel, à commencer par le Mali dont elles occupaient depuis une année plus de 70% du territoire. Même l'Algérie qui s'entêtait, depuis plusieurs années, à mettre en garde contre toute intervention «néocoloniale» en préconisant de laisser ce boulot aux «pays du champ», c'est-à-dire à elle et ses voisins du sud qui s'érigeaient en pourtant en simples spectateurs, a fini par être la première à applaudir l'intervention française au Mali. Le fait que François Hollande ait consacré sa première visite maghrébine à Alger, et non à Rabat (comme cela était de coutume chez tous ses prédécesseurs) n'avait d'autre but que de faire avaler aux Algériens sa détermination d'aller au charbon au Mali, coûte que coûte. Chose promise, chose faite, puisque 30 jours chrono après sa visite à Alger, Hollande a lancé l'opération Serval au Mali et, en moins de trois semaines, ses soldats ont chassé les bandes islamistes des principales villes du pays qu'elles terrorisaient depuis plusieurs mois. Mais la principale réussite de cette opération réside dans l'accueil populaire qu'elle a eu au sein des populations locales. Pour s'en convaincre, il suffit de voir l'ampleur de l'enthousiasme avec lequel le peuple malien a accueilli, en sauveur, le président français François Hollande la semaine dernière. Et avant lui les troupes françaises venues porter main forte à ce qui reste de l'armée malienne pour l'épauler dans sa mission de libérer son territoire des bandes terroristes. Mais pour que cette victoire au Mali soit totale, et non pas une victoire à la Pyrrhus, il ne suffira pas seulement de nettoyer le Mali du dernier de ses terroristes. La France doit aussi et surtout profiter de l'enthousiasme qui règne actuellement chez ce peuple qu'elle vient de libérer, et l'inciter à organiser des pourparlers entre toutes ses composantes et à aller en rangs serrés vers des élections démocratiques générales. C'est à ce prix seulement que l'opération Serval aurait été véritablement une opération de libération d'une nation et non pas une énième opération néocoloniale.