Les critiques de l'Université Al Azhar concernant la date de l'Aid Al Adha au Maroc sont-elles justifiées ? Si ses oulémas égyptiens ont estimé que le Maroc a commis un acte illicite en le célébrant dimanche, ils ont oublié de mentionner les autres pays musulmans comme l'Inde, le Pakistan qui, eux, l'ont fêté lundi, soit deux jours après l'Arabie saoudite. Explications. Les autorités religieuses d'Al Azhar auraient-elles une dent contre le Maroc ? Il semblerait que oui. Tout a commencé lundi avec des déclarations du secrétaire général de la fatwa de l'université égyptienne, Youssef Aïd, qui a assuré que la date de l'Aïd el Adha au royaume n'était pas valable. Dans un entretien accordé à un média local, celui-ci a, en effet, estimé que le Maroc a commis un pêché en le célébrant dimanche 5 octobre, au lieu du samedi, comme «dicté» par l'Arabie saoudite. L'«expert» a également affirmé que la prière de l'aïd et le jeûne de Arafat, la veille, étaient par conséquent invalides en islam. Youssef Aïd accuse aussi le Maroc de briser ainsi l'unanimité (Ijmaâ) des musulmans. Des propos confortés également par un certain Mohamed Echahat El Joundi, membre de l'Académie des recherches islamiques en Egypte, ayant estimé que la célébration de l'aïd au Maroc était «illicite» et ne s'appuyait sur «aucun fondement théologique». De son coté, Ilham Chahine, enseignante de la religion et la philosophie à l'université Al Azhar, attribuait cette «exception marocaine» à la «laïcité prônée» par le pays, ajoutant que tous les Etats musulmans devraient plutôt suivre l'Arabie saoudite. Qu'en est-il alors des autres pays ? Les oulémas d'Al Azhar, l'une des plus anciennes universités dédiées à l'étude de l'islam au monde, ont, cependant, omis de mentionner que le Maroc n'était pas le seul pays musulman à avoir célébré l'aïd dimanche. La Mauritanie, qui s'appuie sur la décision de sa Commission centrale chargée de l'observation du croissant lunaire pour déterminer la date de la fin de Dhu al qiida, a elle aussi célébré la fête du sacrifice le même jour que le Maroc. D'autres pays musulmans comme le Pakistan, l'Inde ou encore le Bangladesh l'ont célébrée lundi, soit 48 heures après l'Arabie saoudite. Pourquoi donc les deux membres d'Al Azhar, en plus du dit-expert de l'Académie égyptienne des recherches islamiques, se sont concentrés uniquement sur le Maroc qui n'était pourtant pas le seul à ne pas s'aligner sur la position de la péninsule ? Autre incohérence dans leur discours, les oulémas égyptiens assurent vouloir préserver l'unité des musulmans. Pourtant, depuis des siècles, chaque pays dit-musulman observe la lune, à chaque fin de mois lunaire, de son coté. D'autres préfèrent plutôt se fier au calcul astronomique pour déterminer à l'avance tout le calendrier lunaire ou encore pour savoir si le croissant sera observable à telle ou telle date. Suivant sa logique, l'Université d'Al Azhar aurait donc dû prôner l'unification par un seul et même calendrier musulman pour tous les pays au lieu de se fixer sur le Maroc. Le Maroc réagit Alertée par les critiques des «spécialistes» égyptiens, l'ambassade du Maroc au Caire a réagi. Celle-ci a souligné que le Maroc disposait d'une commission spéciale chargée de l'observation lunaire et de la détermination donc du premier jour de Dhu al Hijja. Celle-ci a également rappelé que l'année dernière, la date de l'Aïd el Kébir au Maroc coïncidait avec celle fixée par l'Arabie saoudite. Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita Mohammadia des oulémas au Maroc, a lui estimé que les déclarations égyptiennes n'avaient «aucun fondement» scientifique ou religieux. Interrogé par le journal en ligne Alyaoum24, celui-ci a également estimé que les déclarations de Youssef Aïd n'avaient rien d'une fatwa. «Il y a un seul et unique mufti à l'université d'Al Azhar, le docteur Shawki Allam, avec qui le Maroc entretient des liens d'affection et de respect», a déclaré le responsable marocain, ajoutant que la position de Youssef Aïd ne représentait que «lui-même».