L'audition des mis en cause dans le procès Gdim Izik se poursuit dans un climat de tension entre les prévenus et la cour militaire. Une juridiction appelée à connaître des changements, le CNDH prépare, en ce sens, un mémorandum qui devra répondre, notamment, à une demande du Comité de l'ONU contre la torture. Le procès des sahraouis de Gdim Izik s'est poursuivi, lundi, pour la quatrième journée d'affilée, au tribunal militaire de Rabat. Hier, la cour a continué l'audition des 23 sahraouis mis en cause dans cette affaire, dont un en liberté provisoire alors que le 24ème est, toujours, en fuite. Une opération qui ne se déroule pas comme l'auraient souhaité les juges, les prévenus au lieu de répondre aux questions, scandent des slogans en faveur du Front Polisario en s'adressant directement aux observateurs et non à la cour, une juridiction dont il ne reconnait aucune légitimité. Des détenus politiques ou de droit commun ? L'audition du lundi a connu, selon des sources présentes au procès, des moments de tension entre le juge et un détenu sahraoui. Ce dernier a refusé de reconnaître ses aveux exprimés lors de son interrogatoire, arguant qu'il les a faits sous la torture au cours de sa détention préventive. Cet incident est tout sauf un cas isolé, il s'est répété avec d'autres mis en cause. C'est leur manière de politiser le procès. C'est une carte à jouer. La présence des observateurs internationaux et des médias dans la salle les encouragent à continuer sur cette voie, sachant qu'ils se considèrent comme des détenus politiques et non de droit commun. Une version que conteste, bien entendu, le parquet. Le CNDH repense le tribunal militaire Est-ce une simple coïncidence ou serait-ce la conséquence du procès Gdim Izik? Dans tous les cas, le CNDH, comme l'ont révélé certains supports de la presse, serait en train de préparer un mémorandum visant à réduire le champ d'intervention du tribunal militaire ou dans les meilleurs des cas vers sa disparition totale du payasage judiciaire marocain. L'avis du CNDH ne sera que consultatif. C'est au gouvernement Benkirane que revient la mission d'exécution d'un tel projet. Pour mémoire, dans son dernier rapport, le Comité de l'ONU contre la torture avait demandé au Maroc de «modifier sa législation afin que toutes les personnes civiles soient jugées exclusivement par des juridictions civiles». Aujourd'hui, une nouvelle séance du procès des sahraouis de Gdim Izik a eu lieu. Au menu : la comparution de six prévenus et des témoins. Une fois cette phase accomplie, commencera alors les plaidoiries de la défense. Dans cette affaire, les 24 sahraouis sont poursuivis notamment pour «constitution d'une bande criminelle visant à exercer la violence contre les hommes de la force publique pendant leur service» et «participation à la violence contre les hommes de la force publique dans l'exercice de leurs fonctions, allant jusqu'au meurtre». Le démantèlement, en novembre 2010, du camp de fortune Gdim Izik avait entrainé l'assassinat de onze membres des forces de la sécurité.