Samedi 3 septembre était jour de grand-messe pour le RNI qui, réuni au grand complet, cadres, dirigeants, candidats et candidates, présentait ses têtes de listes aux élections du 7 octobre. L'ambiance des grands jours était présente aussi, et on a senti à certains petits détails que l'alliance gouvernementale a volé en éclats, la solidarité du même nom aussi. C'est devant une salle comble de 400 personnes à Rabat, au son strident de la chanson « hard as a rock » (dur comme un rocher) du groupe AC/DC, tout un programme, lequel programme RNI allait être présenté immédiatement après. Le bal a été ouvert par le ministre des MRE Anis Birou qui est venu au pupitre présenter le bilan des ministres RNI, et non du gouvernement. L'orateur a déroulé les chiffres, bien qu'il se soit initialement demandé s'il fallait vraiment présenter le bilan détaillé ; il faut croire que oui, puisqu'il l'a fait. Reprenant la fameuse phrase du roi Hassan II, il a mentionné qu'à l'arrivée du RNI en octobre 2013, le pays était « au bord de la crise cardiaque », ce qui est quelque part vrai, puisque le déficit budgétaire était, quand même, de 7% en 2012. Ce chiffre a été ramené à 3,4% en 2015, de même que l'endettement public qui a reculé, et a été semble-t-il maîtrisé, à 63,4%. Et même la grande question de la Caisse de compensation a été évoquée, puisque Birou a indiqué qu'une grande partie des fonds gagnés sur les subventions a été engagée dans des dépenses sociales. Autant de gagné sur le PJD qui en fera son cheval de bataille. Pour les Affaires étrangères, que son collègue Mohamed Abbou lui a demandé de commenter, Birou, prudent comme un sioux, a affirmé : « Non, pas les Affaires étrangères, je n'en parlerai pas, que leurs titulaires le fassent ! »… Au RNI, on ne badine pas avec le domaine réservé du roi. Puis arrive le morne Talbi Alami, président de la Chambre des représentants, qui, perfide, envoie des piques bien senties au PJD, futur ex-allié du RNI. Il explique que tout au long de cette législature, les députés RNIstes se sont bien conduits – ce qui est exact – ne versant pas dans les querelles intestines, les débats stériles et les attaques ad hominem. Il a même lancé à la salle, un peu endormie par son allocution, que les « oulad nass » du RNI au parlement ne distinguent pas les gens entre mécréants et fidèles, campagnards et urbains, bref, entre gens bien et ceux qui ne le sont pas. Puisqu'il le dit, croyons-le sur parole… Mohamed Abbou, ministre du Commerce extérieur, a été plus incisif, affirmant sur un ton intime que « le parti dérange » (en français dans le micro). Il est revenu sur les différentes attaques dont a fait l'objet le président (manifestement apprécié) Salaheddine Mezouar, et a affirmé, réaffirmé et confirmé que ledit président bénéficiait de la solidarité de toutes et de tous. Applaudissements nourris dans la salle, et même standing ovation réclamée par un homme au premier rang, visiblement habité par l'esprit RNI. « Quand on attaque la tête, c'est tout le corps qui est frappé », comprendre que quand on s'attaque à Mezouar, c'est tout le RNI qui tressaille. Puis, Abbou, en sa qualité de président « normal », quiet et serein de la commission d'investiture, annonce que sur les 92 circonscriptions locales, 88 ont désormais leur tête de liste, adressant ses traditionnels remerciements à celles et ceux qui n'ont pas été retenus en pole position, mais à qui on demande pourtant de mouiller le chemine. Et il achève son allocution par un « j'espère que nous serons à la hauteur des espérances de Sidna ». Pourquoi cette remarque incongrue ? Seul Abbou le sait. Et arrive Mezouar, toujours chaleureux, un sourire à chacun, un grand geste pour tous, et il commence… « Espérant que cette législature naissante – à partir du 7 octobre – sera celle de la maturité politique ». Une phrase lourde de sens pour celui qui, allié au PJD, aura très souvent fait l'objet d'attaques incessantes très vraisemblablement téléguidées par le même PJD (selon le principe du à qui profite le crime). « Depuis notre entrée au gouvernement, les choses ont changé. La politique stérile et les propos creux, c'est fini maintenant. On a eu le dessus », martèle Mezouar. Et, de fait, si on revient à la période 2012-2013, quand le PJD gouvernait avec l'Istiqlal, on aurait du mal à trouver une quelconque grande décision prise, pas par manque de domaines où il en aurait fallu, mais par manque d'expérience et de compétence. « Nous avons stabilisé le gouvernement et nous avons travaillé dans tous les secteurs », poursuit l'orateur, ce qui est vrai, tout étant bien évidemment perfectible. Et les traits empoisonnés… « Nous ne donnons de leçons à personne, nous ne disons pas qu'en dehors de nous, il n'y a personne ! ». Benkirane et ses frères apprécieront. « Bien que nous ayons encore le grave problème de la répartition équitable des richesses, nous voulons distiller l'optimisme et non le pessimisme », lance Mezouar à ses colombes (symbole du RNI) que, dans une prouesse zoo-sémantique, il compare à des lions. Et encore une flèche acérée: « Le plus important n'est pas d'être le premier ou le second, mais de respecter la volonté du peuple ». Cela aussi, c'est pour le PJD qui s'apprête déjà à contester les résultats d'une élection où il ne serait pas premier ! Et de répondre aux incessantes attaques : « Moi, avant de faire de la politique, j'étais sportif, et j'ai pris l'habitude de recevoir des coups et d'encaisser, mais vous, ne répondez pas à ces agressions qui, comme pour moi, vous renforceront ». Cela étant, et bien qu'il n'ait esté qu'une seule fois contre un journaliste, et qu'il ait gagné son procès, Mezouar a affirmé qu'il allait encore porter plainte contre un (supposé) confrère qui l'a attaqué, lui et sa famille. « Je ne peux garder le silence contre des gens qui attaquent et accusent, calomnient et diffament sans preuve ; alors je vais demander à la justice de leur en demander, des preuves ». Le RNI démarre donc sa campagne sur les chapeaux de roues, et on aura remarqué cette journée-là que le parti de Mezouar est apparu soudé (l'ancien président Mansouri n'ayant pas quitté une seule seconde son successeur Mezouar, alors que les deux hommes ne s'apprécient pas beaucoup). Le RNI a également semblé très confiant en lui-même après un passage remarqué cette fois au gouvernement où de grandes choses ont été faites, même dans la discrétion, une attitude qui fait partie des gènes des Bleus. On aura cependant remarqué l'absence du ministre Moulay Hafid Elalamy, très certainement appelé à l'étranger pour « servir le pays », comme il se plaît à le dire, mais pourquoi alors n'a-t-il pas été cité par les orateurs, ou très brièvement, très sommairement ?