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YANDOUZ, IN MEMORIAM/ Sérénité et mélancolie

L'artiste peintre Yandouz est mort, il y'a quelques semaines dans sa ville natale, Taza. Artiste d'un grand talent bien inspiré, sa vie ne fut que souffrance (mais aussi de sérénité, comme il disait) due à la maladie, qui, longtemps le harcela, mais aussi de l'exploitation inhumaine dont il fut l'objet par certains prédateurs. Voici un dernier hommage à ce créateur parti dans le dénuement et l'anonymat...
On devait donner des grades aux peintres... je veux dire, moi, des galons qu'on porterait sur la manche. Comme cela, on verrait tout de suite à qui l'on à affaire dans la rue... », disait Maurice Utrillo au critique Gustave Coquiot, alors qu'il traversait une période des plus rudes de sa vie.
L'humour sombre caché sous cette boutade me fait penser aux aphorismes de Yandouz, qui, comme son grand devancier n'a pas besoin de porter de marques distinctives pour être repéré par les passants ! Tout comme Utrillo, d'ailleurs, ce peintre reste inclassable dans la mesure où il s'isole aussi lui-même facilement avec ses problèmes et son génie. On cherche en vain en scrutant son œuvre un qualificatif plus adapté à son personnage, un qualificatif qui ne serait pas usé, éculé et trop usagé, car il mérite un mot spécial.
Y a-t-il artifice chez cet artiste ?
Est-ce une sincérité sans ombre qui dirige sa main ?
Le but atteint dans ces deux cas est fort différent et à le regarder œuvrer on se pose la question de savoir si c'est une œuvre volontaire, poussée par l'artiste jusqu'à son point de satisfaction.
D'un coté, on est dans le monde de l'expression et de l'autre dans le monde de l'art.
Entendons bien, ils ne sont pas non plus exclusifs l'un de l'autre, tout ce qu'il produit n'est pas dénué de valeur proprement plastique et l'on se défend d'y voir un caractère occasionnel ou secondaire.
Cet homme a un besoin innée et puissant d'expression et, du besoin d'expression à l'expression, se dessine une relation qui échappe à une stricte causalité et de l'expression de l'art une frange d'obscurité dont on ne peut s'approcher qu'instinctivement ; expression en deçà, art au-delà.
C'est une frontière qui ne se laisse pas aisément franchir.
C'est que Yandouz vit de crises d'angoisses en crises d'agitations qu'il cherche à atténuer par de puissants médicaments dont il devient dépendant. Il découvre bientôt ce qu'il y a d'irréel dans la vie et se laisse glisser lentement et irrémédiablement sous ces cieux plus artificiels. Ses dessins sont alors sujets aux souvenirs, aux visions fugitives d'instants passés hors du commun. Comme nous sommes loin des méthodes logiques, voire scientifiques d'un certain art contemporain !
Libéré de toutes contingences, Yandouz recrée le processus mental que prônèrent, en leur temps, les surréalistes. Condamnant la pensée analytique, ils ventent les facultés créatrices de l'enfant, veulent descendre dans l'intimité de l'Etre et saisir ainsi le « jeu de forces nouvelles ». Et Yandouz a cette même attitude lyrique, attentive à la puissance des symboles, des mythes et des analogies comme à la dimension réductible de l'individu à travers les menus faits de la vie courante : son imagination débridée peut recréer un monde(...)
Tout être sensible ne peut que subir le temps il devient un écorché vif. Yandouz est un écorché vif !
J'ai sous les yeux ses carnets de notes. Ils datent pour certains de la période pendant laquelle il se trouvait en France, parachevant de solides études artistiques ou plus près de nous des dix dernières années. Ce sont des pages et des pages couvertes de notes prises au hasard de la journée ou écrites le soir après mure réflexion.
Ecriture rapide, nerveuse, posée, des citations, quelques ratures, des dates, des croquis, des dessins, des réflexions...
Comme celle-ci par exemple :
« Signification des expressions. Un bébé rit aux éclats quant on essaie de lui faire peur avec des grimaces voulant signifier la colère ou la terreur. L'expression effectuée est un langage qu'on apprend, elle fonctionne comme un moyen de communication. Le schizophrène devient étranger à son groupe parce qu'il a perdu l'usage moral de ce langage. Sa mimique ne correspond plus aux sentiments exprimés (il rit à propos d'évènements tristes) et le vocabulaire qu'il utilise, trop riche de néologismes, nous devient incompréhensible ».
Et cette autre qui le définit :
« Dans mon conscient, il y a deux frères jumeaux : Sérénité et mélancolie. On dit que c'est le miroir qui reflète les individus, sociétés, les civilisations. »
Ces carnets comportent aussi un grand nombre d'autoportraits d'un trait précis, pertinent ; attitude du moment.
On y trouve des citations d'Höderlin, de Rouault, de Platon mélangées à des adresses de médecins, des rendez-vous d'hôpitaux qui introduisent toujours une réflexion savante ou philosophique.
Qu'ils sont bons à lire ces carnets, qu'ils sont agréables à regarder ces croquis qui dénotent une main sûre d'elle et un œil d'une acuité hors du commun, Croquis pris sur le vif au crayon, à l'encre, dessins au trait ou lavée à l'aquarelle, toujours ressemblant.
Cette maitrise, on la retrouve dans ses œuvres plus récentes brossées à la va-vite avec du café sur un mauvais papier posé sur la table d'un bistrot ou exécutées dans une chambre d'hôpital.
Les tenanciers de Taza ont raison de les lui acheter, ce sont de bonnes œuvres.
Ce sont pour la plupart des visages aux yeux profonds comme des cavernes, interrogateurs et inquiétants réalisées avec un minimum de matière, voire ce qui lui tombe sous la main lorsqu'il n'a rien ou est démuni, ce qui lui arrive souvent. Heureusement, d'autres peintres sont là pour l'aider et lui apportent des tubes de couleurs, des pinceaux, de l'encre de chine, du papier, des crayons, comme le fait Housseine Maouhoub, ou des vêtements décents comme A. Zabadi et bien d'autres qui apprécient son art, sa culture et sa démarche, regrettant de voir ainsi un grand artiste se marginaliser.
Un jour, dans une crise d'agitation plus violente que d'habitude, il se taillada les oreilles. Rien de négatif dans ce geste, n'y a-t-il pas des mutilations valorisantes, gratifiantes ?
On relate que dans l'Antiquité un général grec conduisant 200 hommes se trouva soudain en face d'une troupe de 1 000 ennemis. Il dit alors à ses hommes « coupez-moi l'avant bras et vous verrez que nous les bâterons quand même » ce qui se réalisa. Ce général fut deux fois vainqueur puisque sa mutilation le rendait plus inférieur encore.
Il en est de même de Yandouz qui affronte la vie démuni, pauvre et mutilé, mais qui possédant un métier sans faille et un art enviable.
N'a-t-il pas écrit dans un de ses carnets :
« Mon désir est d'être, de vouloir être humaniste... Ce n'est pas la mode. Ils pensent que je suis un arriéré, un malade, au fond des choses je suis plus sur de moi, je sais ce que je veux ; exploiter un univers nouveau et qui est là ».
Ultrillo lui s'avouait sans ambages dominé par sa propre impulsion « je suis un peintre instinctif... petit à petit mon art s'est formé, consolidé... » c'est vrai qu'il n'avait pas reçu les bases solides acquises par Yandouz.
Bien rares sont les connaisseurs qui savent, à travers la gangue du nouvel art marocain les précieuses qualités de certains artistes, quant à ceux qui apprécient Yandouz on peut aisément les compter sur les doigts d'une seule main. Cela va changer.
Comme l'écrivain Francis Carco qui écrivit« J'en conviens sans fausse honte, ma joie la plus sereine demeure d'avoir écrit le premier grand article sur Modigliani et la première plaquette sur Utrillo » et bien moi je suis ravi d'avoir écrit le premier grand article sur la personnalité et l'œuvre de ce grand artiste que fut Yandouz.


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