Présidente de l'Association des Professionnelles Africaines de la Communication (APAC-Section Guinéenne), Première Vice Présidente du Conseil d'Administration de la Maison de la Presse de Guinée, Chevalier dans l'Ordre National du Mérite Français, Hawa Camille CAMARA-BARRY, Directrice Générale de Radio Rurale de Guinée, est le pur produit de la coopération exemplaire entre Rabat et Conakry. Diplômée de l'Institut Supérieur de Journal (actuel ISIC). De passage au Maroc, elle s'est confiée à L'Opinion. Sa devise « Pour une Radio Rurale plus interactive, ouverte aux NTIC, et gérée avec transparence » en dit long sur son engagement. L'Opinion : Le Maroc et la Guinée entretiennent d'excellentes relations de coopération sur le plan diplomatique. Qu'en est-il du volet de la communication et de l'information ? Mme Hawa Camille Camara-Barry : En effet et c'est indéniable, le Maroc et la Guinée entretiennent des relations de coopération séculaires, notamment sur le plan diplomatique et récemment sur le plan économique après la visite qu'a effectuée en Guinée, au mois de mars 2014, Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans le cadre de sa tournée continentale. Une visite qualifiée d'historique car c'était la première fois qu'un Roi Chérifien se rende dans notre pays. Ce fut un grand honneur pour l'ensemble du peuple de Guinée. Résultat : au cours de ce périple royal en Afrique Subsaharienne, le Souverain marocain et le Pr Alpha Condé, chef de l'Etat et Président de la République, ont posé de nouveaux jalons pour consolider et raffermir le partenariat exemplaire entre les deux Etats. Sur le plan éducation, le Maroc a toujours contribué au rayonnement du savoir en Guinée. D'ailleurs, nombreux sont les étudiants guinéens en formation dans les universités, instituts, écoles, facultés et autres centres d'enseignement marocains. Pour ce qui est du volet de la communication et de l'information, les relations sont timides. Ce secteur reste encore absent dans les échanges bilatéraux malgré des opportunités réelles. J'espère que cela pourrait s'améliorer, par exemple, par l'organisation de voyages d'études pour les lauréats de l'ISIC de Guinée. Ces derniers pourraient venir au Maroc pour s'inspirer des avancées technologiques en matière de communication et d'information ; ou par l'organisation de stages dans les organes de presse marocains, qui j'en suis certaine, sont très en avance par rapport à ceux de la Guinée. A cela, on peut parler de matériel et d'équipements pour l'amélioration de la qualité des services et pourquoi pas des correspondants de la MAP en Guinée et de l'AGP à Rabat, compte tenu de la dimension économique très importante que prend ce partenariat maroco-guinéen. D'ailleurs, le forum économique Maroc-Guinée, organisé mardi 9 septembre par la CGEM à Casablanca, vient renforcer cette conviction. L'Opinion : Sur le professionnel, il est de notoriété de dire que la difficulté dans la collecte des informations sur le monde rural est un vrai handicap. Qu'en pensez-vous ? Autrement dit, comment se porte la Radio Rurale en Guinée ? Mme Hawa Camille Camara-Barry : La Radio Rurale de Guinée que je dirige est un réseau de 23 radios rurales et communautaires disséminées à travers tout le pays. Ces radios ont leur propre programme, spécifique à chaque localité, des grilles de programmes saisonnières qui répondent aux besoins et préoccupations de chaque communauté. Les informations sont collectées, traitées et diffusées sur place selon des horaires adaptés à chaque cible. Les animateurs de ces radios sont recrutés et formés sur place, ce qui est un atout de la Radio Rurale de Guinée, puisque toutes les émissions sont produites et diffusées en langue du terroir. C'est cette rapproche qui fait de la radio un outil de développement des communautés. Elles se retrouvent et se reconnaissent dans les programmes. Aussi, toutes les grilles de programmes sont conçues sur la base de la MARP (Méthode Accélérée de Recherche Participative). Aujourd'hui, dans notre pays, la Radio Rurale de Guinée est et demeure le moyen de communication le plus efficient et le plus efficace, c'est le medium de proximité par excellence. La Radio Rurale de Guinée occupe une place importante dans le paysage médiatique guinéen, puisque plus de 80 % de la population guinéenne est analphabète. Pour ce qui est de la difficulté, si difficulté il y a, dans la collecte des informations, je ne pense pas qu'elle soit propre à la Guinée sur le continent. Mais dans notre cas, cette difficulté est très infime pour ne pas dire inexistante car nos journalistes sont formés pour cela. D'ailleurs, le succès de la Radio rurale de Guinée auprès des populations dans les campagnes en dit long sur cette réalité. L'Opinion : Sur un autre plan, vous venez d'avoir une distinction pour la promotion du monde rural dans votre pays. De quoi s'agit-il exactement ? Mme Hawa Camille Camara-Barry : Je vous remercie de me donner l'occasion de m'exprimer, sur ce sujet, dans votre journal. En effet, j'ai reçu le 14 Juillet 2014, à Conakry, la distinction de Chevalier dans l'Ordre National du Mérite Français en marge de la célébration de la fête nationale de la France. Je suis infiniment reconnaissante à la France pour ce mérite, parce que cette décoration n'est pas uniquement la reconnaissance des actions menées dans ma carrière de journaliste professionnelle, mais elle est surtout pour moi une incitation à poursuivre mes activités pour le renforcement de la liberté d'expression, notamment en faveur des sans-voix, les populations rurales, que je sers avec abnégation. C'est la reconnaissance de 22 ans de dur labeur aux côtes des communautés, particulièrement des couches vulnérables que sont les femmes et les enfants. Je parcours tout le pays en supervision des activités menées au sein de ces radios et pour m'enquérir de leur fonctionnement, avec, à leurs côtés, des Comites locaux de développement qui cogèrent ces radios. Je suis également dans le mouvement associatif en tant que Présidente de l'association des Professionnelles Africaines de la Communication/Section guinéenne. L'Opinion : Enfin, vous êtes lauréate de l'ISJ (actuel ISIC) de Rabat, quel souvenir gardez-vous du Maroc ? Mme Hawa Camille Camara-Barry : Un merveilleux souvenir ! Je dis toujours que le Maroc est ma seconde patrie, c'est le Maroc qui ma moulée et fait de moi ce que je suis aujourd'hui ; j'en suis très fière. Jai passé de bons moments à l'Institut Supérieur de Journalisme à l'époque, avec des professeurs compétents, attentifs et disponibles. Je peux citer à l'occasion Messieurs Ahmed Archichine et Naji, à qui j'adresse toute ma reconnaissance. Dans ma contrée, le maître, l'enseignant, celui qui m'a donné le savoir, est sacré et respecté. Aussi, je continue à entretenir une amitié sincère et profonde avec des camarades de promotion, que j'ai retrouvés avec beaucoup d'émotion et de bonheur. Jai beaucoup apprécié l'hospitalité marocaine surtout dans ma famille d'adoption, la famille Salhi que je remercie au passage pour m'avoir permis d'apprécier davantage le Maroc. Je garde toujours en mémoire les agréables moments passés dans cette famille autour des mets succulents marocains, comme les tagines et le thé a la menthe. L'Ambassadeur de Sa Majesté le Roi Mohammed VI était présent à cette cérémonie du 14 Juillet 2014 à la résidence de l'Ambassadeur de France en Guinée, au cours de laquelle fête, j'ai reçu la distinction de Chevalier dans l'Ordre National du Mérite Français, il m'a félicitée et je lui ai répondu que tout cela c'est grâce à la formation que j'ai reçu au Maroc. Enfin, j'ai dédié cette distinction à toutes les femmes de la Guinée, notamment celles des medias qui se battent au quotidien pour émerger dans un métier qui est quasi masculin. Choukrane !