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Les biocarburants, au détriment de l'agriculture de subsistance
Publié dans L'observateur du Maroc le 05 - 05 - 2008

La demande croissante à l'échelle mondiale de biocarburants, associée au besoin accrue en terres, pourrait mettre sous pression les terres marginales qui assurent des fonctions de subsistance fondamentales pour les ruraux pauvres et sont fréquemment exploitées par des femmes, indique un rapport de la FAO.
L'intensification de la production de biocarburants dans les pays en développement pourrait exacerber la marginalisation des femmes dans les zones rurales menaçant ainsi leurs moyens d'existence, selon un nouveau rapport de la FAO.
La FAO préconise des mesures écologiquement durables et en faveur des pauvres
Le rapport fait remarquer que les grandes plantations destinées à la production de biocarburants, comme le bioéthanol et le biodiesel, requièrent une utilisation intensive de ressources et d'intrants dont l'accès est généralement limité aux petits agriculteurs, et en particulier aux femmes. En tête de ces intrants figurent la terre et l'eau, les engrais chimiques et les pesticides.
“Si les pays en développement n'adoptent pas des politiques propres à renforcer la participation des petits agriculteurs, en particulier les femmes, à la production de biocarburants - en augmentant leur accès à la terre, au capital et aux technologies -, les inégalités entre sexes seront plus marquées et la vulnérabilité des femmes à la faim et à la pauvreté a de fortes probabilités de s'aggraver”, selon Yianna Lambrou.
Mme Lambrou est co-auteur du document Gender and Equity Issues in Liquid Biofuels Production - Minimizing the Risks to Maximize the Opportunities.
“La production de biocarburants offre sans aucun doute de nouveaux débouchés pour les agriculteurs, mais ceux-ci ne se répercuteront au niveau des exploitations et des femmes que si des politiques en faveur des pauvres sont mises en place pour donner aux femmes les moyens d'agir.”
Fortes pressions
La demande croissante à l'échelle mondiale de biocarburants, associée au besoin accrue en terres, pourrait mettre sous pression les terres marginales qui assurent des fonctions de subsistance fondamentales pour les ruraux pauvres et sont fréquemment exploitées par des femmes, indique le rapport de la FAO.
La conversion de ces terres en plantations pour la production de biocarburants “pourrait entraîner le déplacement partiel ou total des activités agricoles des femmes vers des terres de plus en plus marginales”, avec des répercussions négatives sur leur capacité de cultiver et produire de la nourriture.
Toujours selon le rapport, l'appauvrissement potentiel ou la dégradation des ressources naturelles du fait des grandes plantations destinées à la production de biocarburants pourrait imposer une charge supplémentaire aux agriculteurs, et en particulier aux agricultrices, en se répercutant sur leur travail et leur santé.
Si la production de biocarburants rivalise, de façon directe ou indirecte, avec l'approvisionnement en eau et en bois de feu, elle pourrait limiter la disponibilité de ces ressources pour les ménages.
Cela contraindrait les femmes, généralement responsables de la collecte de l'eau et du bois dans la plupart des pays en développement, à parcourir de plus longues distances, réduisant d'autant le temps dont elles disposent pour se procurer des revenus d'autres sources.
Le rapport lance une autre mise en garde : la substitution des cultures locales par des monocultures énergétiques pourrait menacer la biodiversité agricole, ainsi que les vastes connaissances et les compétences traditionnelles des petits agriculteurs en matière de gestion, sélection et stockage des cultures locales, activités habituellement réservées aux femmes.
Inégalité des opportunités d'emploi
La création de plantations pour la production de biocarburants est susceptible de créer de nouveaux emplois dans les zones rurales, essentiellement pour les travailleurs agricoles peu qualifiés, de plus en plus employés à titre saisonnier ou journalier.
Toutefois, un nombre grandissant de ces travailleurs sont des femmes (environ 40 pour cent en Amérique latine et aux Caraïbes) qui, en raison des inégalités sociales, sont particulièrement défavorisées en termes de salaires, de conditions de travail et d'allocations, de formation et d'exposition aux risques professionnels ou sanitaires.
Le rapport insiste sur la nécessité d'approfondir les recherches et les données sur les effets socio-économiques de la production de biocarburants liquides sur les hommes et les femmes.
Le rapport préconise une stratégie de développement des biocarburants écologiquement durable et en faveur des pauvres, en intégrant les plantations énergétiques dans les systèmes agroalimentaires locaux existants, et ce, afin de préserver les activités agricoles traditionnelles des petits exploitants, leurs compétences et leurs savoirs spécialisés, cruciaux pour la sécurité alimentaire et la résilience à long terme des communautés rurales.
Des mesures doivent être prises pour garantir aux femmes et aux ménages dirigés par des femmes les mêmes opportunités qu'aux hommes pour prendre part à la production durable de biocarburants liquides et en tirer profit. C'est d'autant plus important que le nombre de femmes chefs de famille ne cesse d'augmenter (environ 40 pour cent en Afrique australe et 35 pour cent aux Caraïbes).


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