La sacralité du roi a été retirée de la nouvelle Constitution. Pourtant, le rituel caractérisant le plus cette sacralité, à savoir le baisemain, semble se perpétuer, y compris auprès du prince héritier. Ce qui n'a pas manqué de susciter la polémique, au Maroc et ailleurs… Moulay El Hassan salué (par un baisemain) par le chef d'un détachement militaire passé en revue par le prince héritier. En direct dans l'émission Al Qahira Al youm, regardée par des millions de téléspectateurs égyptiens, sont diffusées les images des officiels marocains, civils et militaires, baisant la main du prince héritier Moulay El Hassan lorsque celui-ci inaugurait, il y a juste quelques mois, le nouveau parc zoologique de Rabat. Le présentateur de l'émission Amr Adib, autrefois fidèle soutien du dictateur Moubarak, s'en est pris à cœur joie à commenter la scène du baisemain, finissant son commentaire par « ce sont les peuples qui font leurs dirigeants, qui font leurs dictateurs », devant des millions de téléspectateurs égyptiens en heure de grande écoute. Un autre média égyptien est allé plus loin dans sa critique. Le journal libéral Al Wafd a titré, dans un article commentant la scène du zoo de Rabat : « Voilà comment les arabes construisent leur divinités ». Les Egyptiens ne sont pas les seuls à commenter ce rituel, ces images avaient suscité la polémique auprès des Marocains. Ces derniers avaient largement commenté, sur les réseaux sociaux, ces images ayant fait le tour du monde, et plus récemment, celles de la nomination des walis et gouverneurs par le roi, dont le protocole était qualifié, par bien des Marocains, de dégradant et moyenâgeux. Plus récemment, croyant que la télévision publique marocaine avait reçu comme ordre de retirer les images montrant des scènes de baisemain fait au jeune prince, des journaux se sont empressés de relayer l'information en croyant à la fin du rituel. Ce qui se révéla faux, puisque le journal télévisé du soir du 15 mai, Al Aoula avait diffusé les images montrant un certain nombre de hauts responsables se courber pour embrasse la main du petit prince. Une volonté politique Contactée par Le Soir échos, la présidente de l'Association marocaine des droits de l'Homme qualifie la pratique du baisemain de « symbole de soumission, de répression », ajoutant qu'elle fait partie de la tradition politique du Maroc. Pourtant, la sacralité du roi n'est plus de mise dans la nouvelle Constitution, et le roi a lui-même répété qu'il était avant tout un « roi citoyen ». Mais pour Riyadi, « il y a une volonté de maintenir le rituel », car selon elle, « ce n'est pas seulement symbolique, c'est une relation politique entre le Makhzen et le peuple ». Pour un membre influent du parti socialiste, « le baisemain est une vieille tradition qui a un caractère patriarcal qui incarne la soumission », ajoutant que cette pratique n'a pas grand chose à voir avec l'islam, puisqu'à l'époque des premiers empires musulmans, « la bay'â se faisait en serrant la main du souverain ». Devant la rapidité avec laquelle les images du baisemain « princier » ont fait le tour du monde, ainsi que tous les commentaires qui s'en étaient suivis, Khadija Riyadi juge « ce rituel dégradant pour l'image du Maroc dans le monde ». Pour la présidente de l'AMDH, « c'est un rituel qui devait être banni depuis très longtemps. » Alors pourquoi se perpétue-t-il ? La droit-de-l'hommiste déclare que « les relations makhzéniennes sont très profondes dans la société. Pour que la tradition du baisemain s'arrête, il faut une volonté politique au plus haut niveau ». Pas seulement, juge le responsable Usfpéiste, « il faut également que les mœurs changent, et l'exemple doit être donné par les politiques. Ce qu'on voit malheureusement, c'est que Benkirane et ses apôtres perpétuent cette tradition de soumission, alors que le roi semble se moquer de cette tradition », déplore-t-il. Respect plutôt que soumission Bien avant le gouvernement Benkirane, la majorité des ministres précédents se pliaient à la règle du baisemain, y compris les ministres USFP. « l'USFP est comme tous les partis, il y en a des makhzéniens et des modernistes, des islamistes et des laïcs, comme dans la plupart des autres partis. », regrette ce socialiste, ajoutant que « tant que le baisemain a pour sens la soumission, il doit être aboli de notre protocole, car il ne peut pas acquérir le sens du respect ». Entre respect et soumission, la frontière paraît des plus floues chez les Marocains, mais jusqu'à quand ? * Tweet * * *