Le secteur du textile marocain est sous le feu des critiques des ONG espagnoles. L'antenne catalane de SETEM, une fédération de dix ONG, vient de rendre public un rapport où elle pointe du doigt ce qu'elles qualifient de «mauvaises conditions de travail des ouvrières du textile au Maroc». Intitulé «Made in Morocco», le rapport, d'une quarantaine de pages, financé par l'UE, passe au peigne fin la situation des cols bleus dans 26 ateliers de confection basés à Tanger. L'ONG s'est intéressée à ces confectionneurs en particulier, vu qu'ils sont des fournisseurs de l'administration publique catalane. En effet, les uniformes officiels de plusieurs agents de police et pompiers, tout comme les tenues de travail des auxiliaires du nettoyage et de gardiennage sont sous-traités au royaume et façonnés par des petites mains marocaines à Tanger. Le rapport de SETEM annonce le ton dès les premières lignes. Les auteurs du rapport estiment qu'il est «extrêmement préoccupant que les acheteurs publics, qui se procurent des vêtements confectionnés au Maroc, soient incapables d'exiger la traçabilité totale des conditions de travail». De plus, ils condamnent le fait que les clients, tels que l'administration publique catalane, n'exercent aucun contrôle sur la provenance des commandes. La conséquence de cette négligence est que «les deniers publics sont destinés à l'achat de marchandises produites dans des conditions d'exploitation», estiment les rédacteurs du document. Certes, on ne peut pas mettre dans le même sac tous les ateliers. Cependant, les investigateurs ont constaté un laisser-aller général, attribué à l'absence de rigoureux moyens d'inspection. De la sorte, sur les 26 ateliers épluchés, seuls cinq disposent d'un code de conduite et trois seulement soumettent leur chaîne d'approvisionnement à un contrôle externe, précise le rapport. De plus, l'équipe de SETEM a mené une enquête approfondie dans quatre ateliers de confection à Tanger, appartenant à des Espagnols, ainsi qu'à des fournisseurs marocains. Par le biais d'entretiens avec les ouvrières, les investigateurs ont pu savoir qu'il n'y a eu aucune infraction systématique de la législation marocaine du travail auprès des confectionneurs ibères. Néanmoins, les petites mains se plaignent de vivre des périodes de surexploitation où elles sont appelées à faire des heures supplémentaires sans avis préalable. De même, toujours dans les ateliers dans le giron des Espagnols, les travailleuses reçoivent un salaire de 11DH par heure, ce qui est considéré comme un avantage en faveur des Espagnols. Cependant, ces derniers font fi, quelques fois, des législations en vigueur, comme l'attestent les témoignages recueillis. Ainsi, il arrive que le temps de travail hebdomadaire dépasse 60 heures par semaine dans ces ateliers de confection. Du moins, les ouvrières œuvrant dans les usines ibères sont mieux loties que leurs consœurs des ateliers marocains, lesquelles totalisent une durée hebdomadaire de labeur de 72 heures. Et abattre du travail un dimanche ou les jours fériés est monnaie courante dans ces manufactures. Selon le témoignage de la syndicaliste Fatima Lmalah, la durée du travail réglementaire est de huit heures par jour, mais les ateliers où les femmes travaillent durant 15 heures sont légion. Côté salaire, la rétribution oscille entre 8 et 10 DH de l'heure, «au-dessous du salaire minimum garanti», considèrent les investigateurs. Plusieurs témoignages s'accordent sur l'absence des droits les plus rudimentaires, comme l'affiliation à la Caisse sociale, au moment où les patrons recourent à des rétentions sur les salaires des ouvrières sans pour autant en reverser un centime à l'Etat. Ponctués de témoignages touchants, le rapport dresse un tableau peu reluisant des différentes formes de harcèlement verbal dont font l'objet ces travailleuses. Saïda, une jeune ouvrière, raconte comment son patron les harcèle, à coups d'injures et de menaces, afin qu'elle produise davantage, faute de quoi, prétend-il, il serait contraint de mettre la clé sous le paillasson. Ces menaces font leur effet, puisque les ouvrières, de crainte de perdre leur gagne-pain, préfèrent se tuer à la tâche, sans contester. Les rédacteurs du rapport estiment que le gouvernement marocain est impuissant devant ces pratiques, vu que ses propres fonctionnaires reconnaissent l'existence d'abus mais préfèrent se murer dans le silence.