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Entretien : «Nous voulons renforcer le rôle de la femme dans le développement économique et financier»
Publié dans Finances news le 25 - 09 - 2009

* Le Maroc accueille le premier Congrès international des Femmes Investisseurs Arabes du 26 au 30 octobre 2009, à Skhirat.
* Asmaa Mouhib, présidente de la Représentation de l’Union au Maroc, fait le point sur un événement de haute importance.
- Finances News Hebdo : Sur quoi porteront les actes de ce premier congrès ?
- Asmaa Mouhib : Le congrès aura à examiner la situation économique dans le monde arabe, à la lumière de la conjoncture économique et financière mondiale particulièrement perturbée en ce moment ; ceci est nécessaire puisque tout le monde, aujourd’hui, est préoccupé et s’interroge sur les perspectives et les alternatives possibles, non seulement au niveau des Etats et diverses organisations internationales, mais aussi de la part des femmes investisseurs et hommes d'affaires.
Le congrès aspire à l’élaboration de plans assurant le renforcement de l'investissement au féminin abordé comme facteur porteur pour surmonter les difficultés de la conjoncture.
Le congrès devrait présenter des perspectives aptes à attirer de nouveaux capitaux dans la région, et de réinstaller dans le monde arabe ceux qui ont fui dans le cadre du contexte international difficile. Les échanges, au cours du congrès, vont permettre de bénéficier des expériences réussies dans le cadre de l’investissement au féminin et d'examiner les obstacles pour les identifier et y apporter des solutions. Le congrès doit élaborer des mécanismes permettant de créer et relier les réseaux de solidarité, de coordination, d’échanges professionnels et d’expériences en matière d’entreprises. Le congrès devrait stimuler les acteurs économiques et financiers, à l'échelle nationale, régionale et internationale, pour prendre des mesures spéciales en faveur du développement et de l’encouragement de l’entrepreneuriat et de l’investissement féminins.
- F. N. H. : Comment est venu le choix du Maroc comme pays hôte ?
- A. S. : L'Union des femmes investisseurs arabes m’a confié la tâche de préparer ce congrès et m’a désignée présidente de la Représentation de l’Union au Maroc, laquelle structure a été créée l'an dernier lors du Congrès de l’Union au Caire(2008). Mais en fait c’est sur ma proposition que le choix du Maroc comme pays hôte a été retenu. Jusqu’à ce jour, les congrès de l’Union se tenaient au pays du siège et on invitait au congrès ceux qui avaient une relation avec nous, pas les autres ; tout cela était compréhensible dans le cadre d’une structure encore jeune qui construisait les premiers jalons de son édifice. L’Union n’a que 5 ans d’existence à ce jour. Mais à partir de 2008, elle réalise le besoin d’aller au-delà pour imaginer des congrès pouvant apporter une valeur ajoutée en matière de réflexion, de conception, de stratégie et d’être un lieu d’échanges et de mise en relation à caractère concret et opérationnel aujourd’hui. Pour mille raisons, le Maroc est objectivement le lieu le plus indiqué sur la place arabe pour ce genre de forum. Bien entendu, lorsque j’ai fait la proposition de choisir le Maroc pour accueillir le congrès, celle-ci a été unanimement retenue. Nous sommes une structure devenue adulte et mature et les organisateurs visent, par ce congrès de Skhirat, à élargir la participation des femmes investisseurs arabes et des femmes de différents pays et de disciplines et d’expériences diversifiées dans le domaine du développement économique et financier, à l’élaboration d’une stratégie capable de booster l’action des femmes investisseurs arabes.
- F. N. H. : Quelle évaluation faites-vous de l’acte d’investir féminin dans le monde arabe ? Les conditions sont-elles aujourd’hui favorables à l’émergence de la femme arabe investisseur ?
- A. S. : L'entrepreneuriat féminin varie considérablement à travers le monde arabe, les situations diffèrent entre les régions et les pays; c’est prévisible à cause de la diversité des contextes culturels et politiques mais les paradoxes de l’investissement féminin ne sont pas uniquement le lot des pays arabes. Savez-vous que les pays en développement en Europe de l'Est ont des taux d’entrepreneuriat féminin pareils à celui de leurs voisins européens hautement développés mais qui restent fortement dominés par l’investissement masculin, tandis que les pays d'Amérique latine et les Caraïbes ont des taux d'entrepreneuriat féminin deux et trois fois plus élevé.
- F. N. H. : Quels sont les principaux secteurs vers lesquels se tournent les femmes pour investir ?
- A. S. : Selon les récentes études réalisées au profit des institutions internationales, les activités des entreprises de femmes, d'extraction, de transformation, des services aux entreprises et produits adaptés aux consommateurs, diffèrent quelque peu de celles de leurs homologues masculins, avec un pourcentage significativement plus élevé d'entreprises de femmes dans le secteur orienté vers le consommateur. Par exemple, l’Amérique latine et les pays des Caraïbes présentent la plus forte proportion de femmes dans l'industrie de consommation. D’ailleurs au Maroc, nous penchons vers ce modèle latino-américain. Les activités de l’investissement féminin formel et moderne se situent dans les secteurs du commerce et des services tournés vers la consommation. Viennent ensuite les activités industrielles surtout dominées par la confection, le textile et le cuir. Les conditions sont de plus en plus favorables à l’investissement féminin au Maroc, mais ce n’est pas uniquement un choix, c’est une nécessité par rapport aux paramètres démographiques, économiques et sociaux. Même par rapport au monde rural et agricole au Maroc, l’investissement féminin est un facteur décisif dans le développement. De l’avis des experts de la Banque mondiale, la croissance agricole et l’augmentation du revenu des femmes sont deux composantes du développement économique dont l’impact sur la pauvreté s’est avéré exceptionnellement élevé. C’est pourquoi les politiques et programmes qui visent à accroître la productivité et le revenu des agricultrices ont la capacité d’entraîner une convergence de forces antipauvreté particulièrement puissantes dans les économies à faible revenu reposant sur l’agriculture. Dans le monde arabe, cette dimension est présente dans les pays à faible revenu; elle l’est beaucoup moins dans les pays à revenu élevé.
- F. N. H. : Vous avez été désignée en avril 2008 présidente de la Représentation de l’Union au Maroc. A ce jour, quelles sont les principales actions qui ont été menées par cette représentation ?
- A. S. : Un an c’est peu, cependant nous avons mené une réflexion qui a conduit à un plan d’action en trois phases : promouvoir et développer l’Union, préparer le congrès international de l’Union, décliner des recommandations pragmatiques, faciles à mettre en œuvre et inscrire l’Union dans le concert mondial des organisations travaillant pour le développement durable. Ce congrès est un moment important pour notre pays et pour l’ensemble du monde arabe. Nous sommes encore en phase d’installation, nous vous donnons rendez-vous après le congrès pour évoquer nos actions futures.
- F. N. H. : Enfin, quel rapport entretenez-vous avec d’autres organisations comme l’AFEM ?
- A. S. : Nous sommes parfaitement en symbiose avec toutes les organisations féminines professionnelles, et nous apprécions le travail fait par l’AFEM, avec laquelle nous espérons coordonner notre action et nous espérons lui apporter de par notre position, l’appui nécessaire au succès de ses missions. Mais nous, en tant que structure du Conseil économique arabe, nous sommes une structure diplomatique internationale, et non pas une association professionnelle ou une ONG, ni nationale, ou internationale.


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